Festivals - Cannes 2026 : Sanguine transforme la Croisette en un cauchemar viscéral mêlant horreur corporelle et angoisse sociale

Par Mulder, Cannes, Palais des Festivals et des Congrès de Cannes, 14 mai 2026

Le mercredi 14 mai 2026, le tapis rouge du Festival de Cannes 2026 était imprégné d’un étrange mélange d’élégance, de tension et d’excitation nerveuse autour de Sanguine, le premier long métrage de Marion Le Corroller, présenté dans la prestigieuse section des Rencontres de minuit. Dès les premiers instants où l’équipe est arrivée devant le Palais des Festivals, quelque chose d’inhabituel flottait dans l’air à Cannes. Alors que certaines arrivées sur le tapis rouge peuvent parfois ressembler à des cérémonies hautement scénarisées, celle de Sanguine dégageait une énergie plus organique, presque imprévisible, comme si le film contaminait déjà son environnement avant même sa projection. Sous les flashs des photographes, Marion Le Corroller, entourée de Mara Taquin, Kim Higelin, Sami Outalbali, Sonia Faïdi et de la productrice Carole Lambert, a avancé avec ce mélange d’excitation nerveuse et de soulagement caractéristique des premiers films arrivant à Cannes avec une véritable vision cinématographique. Très vite, les discussions sur la Croisette se sont concentrées autour d’un seul mot : transformation. Car derrière son titre sanglant et son esthétique de thriller organique, Sanguine se distingue avant tout comme l’une des œuvres de genre françaises les plus ambitieuses vues cette année sur la Croisette.

Depuis plusieurs saisons déjà, le cinéma de genre français connaît une transformation fascinante, portée notamment par une nouvelle génération de réalisatrices capables d’utiliser l’horreur corporelle pour aborder la réalité avec une rare franchise. Impossible de ne pas penser à la voie ouverte par Julia Ducournau ou Coralie Fargeat, mais Sanguine refuse de tomber dans l’imitation facile. Le film de Marion Le Corroller développe une identité propre, façonnée par son expérience personnelle dans le monde de la finance avant qu’elle ne passe derrière la caméra. Dans sa déclaration de réalisatrice, la cinéaste aborde directement son rapport au travail contemporain, décrivant des corps maltraités par le monde du travail, des individus contraints de se transformer pour survivre à des exigences de plus en plus déshumanisantes. Cette réflexion devient le cœur même du film, qui imagine une jeunesse littéralement en mutation face à la violence du système professionnel. Une idée particulièrement forte dans le contexte actuel, alors que les débats autour de la Génération Z, du burn-out et du sens du travail occupent désormais une place centrale dans le discours public tant français qu’international.

Le choix de situer l’intrigue dans un service d’urgence hospitalier confère au film une qualité presque documentaire malgré son cadre fantastique. Le synopsis suit Margot, une jeune interne incarnée par Mara Taquin, alors qu’elle rencontre des patients de son âge souffrant de symptômes inexpliqués, tandis que son propre corps commence lui aussi à subir des transformations inquiétantes. Cette idée de contamination progressive imprègne l’ensemble du long métrage. Lors de conversations informelles autour du Palais après la projection, plusieurs festivaliers ont fait remarquer que le film était capable de transformer les angoisses contemporaines en quelque chose de véritablement viscéral. Le travail du maquilleur Pierre-Olivier Persin, qui s’était déjà fait remarquer pour The Substance de Coralie Fargeat, joue un rôle majeur dans la création de ce sentiment de malaise viscéral. Associé à la photographie de Guillaume Schiffman, le film développe une esthétique clinique et poisseuse qui rappelle parfois les grands films d’horreur corporelle des années 1980 tout en restant profondément ancré dans des problématiques ultra-contemporaines.

Sur le tapis rouge, la présence de Kim Higelin et Sami Outalbali a également beaucoup attiré l’attention, les deux acteurs incarnant cette nouvelle génération du cinéma français capable de naviguer entre cinéma d’auteur, séries populaires et projets plus radicaux. Les discussions autour de l’événement sur le tapis rouge ont largement tourné autour de la dimension générationnelle du projet. Plusieurs jeunes festivaliers venus assister à la projection de minuit ont expliqué qu’ils attendaient enfin « un film d’horreur français qui parle vraiment à leur époque ». Cet accueil immédiat est loin d’être anodin. Alors que certains films de genre français récents misaient principalement sur le choc visuel, Sanguine semble vouloir provoquer une réaction plus existentielle. Marion Le Corroller pose d’emblée une question simple mais brutale : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour transformer nos corps et nos identités afin de nous adapter au monde du travail ?

Ce qui est particulièrement impressionnant dans Sanguine, c’est aussi la cohérence du parcours artistique de sa réalisatrice. Avant ce premier long métrage, Marion Le Corroller avait déjà exploré les métamorphoses corporelles dans ses courts métrages Poupée fondue et Dieu n’est plus médecin. Ce dernier suivait déjà une jeune stagiaire dont le corps commençait à « transpirer du sang de manière incontrôlable », préfigurant clairement l’univers de Sanguine. Cette continuité thématique donne désormais l’impression d’assister à l’émergence d’une véritable cinéaste de genre. Et Cannes adore précisément ce genre de parcours : des cinéastes qui arrivent avec un univers clair et identifiable, suffisamment radical pour susciter des débats passionnés dès leur toute première projection officielle.

La projection de minuit elle-même a suscité des réactions extrêmement vives à la sortie du Palais. Certains spectateurs l’ont décrit comme un film physiquement éprouvant, d’autres comme une satire terrifiante du capitalisme moderne. Plusieurs journalistes étrangers présents sur la Croisette comparaient déjà le film à certaines œuvres du cinéma coréen contemporain pour sa capacité à mêler critique sociale, thriller paranoïaque et horreur viscérale. Cet accueil international pourrait, en effet, devenir un facteur clé dans la trajectoire future du film. Produit notamment par Carole Lambert, Alain Attal, Gaëtan David et André Logie, et distribué en France par ARP Sélection, Sanguine semble parfaitement en mesure de dépasser largement les frontières françaises, en particulier dans les festivals spécialisés et sur les marchés internationaux avides de nouveaux visages dans le cinéma de genre européen.

Dans les couloirs du Palais des Festivals, plusieurs conversations sont également revenues sur le titre original du projet, Species, qui a été abandonné avant sa sélection à Cannes. Ce changement pour Sanguine semble finalement bien plus approprié, compte tenu de l’obsession profonde du film pour la matière corporelle – le sang comme symbole vital, mais aussi comme symptôme d’un système malade. Même la mise en scène de Marion Le Corroller semble constamment tiraillée entre l’élan de vie et la décomposition progressive. Ce contraste était également palpable dans l’atmosphère sur le tapis rouge : d’un côté, une élégance glamour ; de l’autre, un film profondément angoissant sur l’état physique et mental de toute une génération.

Avec une durée de 99 minutes et une sortie française prévue le 28 octobre 2026, Sanguine pourrait bien devenir l’un des principaux sujets de discussion du cinéma de genre français dans les mois à venir. À Cannes, le film a avant tout confirmé une chose essentielle : Marion Le Corroller n’est pas venue sur la Croisette simplement pour reproduire des clichés à la mode. Elle utilise l’horreur corporelle comme une lentille politique et émotionnelle, transformant les angoisses liées au travail, à la performance et à l’épuisement collectif en une expérience cinématographique profondément sensorielle. Et lors d’un Festival de Cannes 2026 parfois dominé par des œuvres plus conventionnelles, cette projection de minuit a rappelé avec force que le cinéma de genre reste souvent l’un des meilleurs moyens de saisir les peurs les plus intimes de notre époque.

Synopsis :
Margot commence son internat aux urgences, où elle a du mal à s’adapter. Très vite, elle se retrouve à soigner des patients de son âge présentant des symptômes inexpliqués. La fréquence de ces cas inhabituels soulève des questions chez elle, d’autant plus qu’elle commence à remarquer des symptômes de plus en plus alarmants dans son propre corps

Sanguine
Réalisé par Marion Le Corroller
Écrit par Marion Le Corroller, Thomas Pujol
Produit par Carole Lambert, Alain Attal, Gaëtan David, André Logie
Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon, Sonia Faïdi, Mukit Abdul Hamid, Niko Ravel
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Jérôme Eltabet
Musique : Rob
Sociétés de production : Windy Production, Anga Productions, La Compagnie Cinématographique, Panache Productions, Trésor Films
Distribué par ARP Sélection (France)
Dates de sortie : mai 2026 (Festival de Cannes) ; 28 octobre 2026 (France)
Durée : 99 minutes