Festivals - Cannes 2026 : Vincent Garenq, Antoine Reinartz et Mickaëlle Paty rendent un hommage poignant avec L’Abandon

Par Mulder, Cannes, Palais des Festivals et des Congrès , 13 mai 2026

Au Palais des Festivals et des Congrès, certaines projections suscitent l’enthousiasme, d’autres la controverse, et puis il y a ces rares avant-premières qui semblent suspendre, l’espace de quelques minutes, la frénésie incessante du Festival de Cannes. Le 13 mai 2026, L’Abandon appartenait indéniablement à cette dernière catégorie. Présenté hors compétition lors de la 79e édition du Festival de Cannes, le dernier long métrage de Vincent Garenq a transformé la Croisette en un lieu bien plus solennel que le défilé glamour habituel de robes haute couture, de bijoux de luxe et d’apparitions de célébrités soigneusement orchestrées. Dès les premiers instants précédant la projection, un changement d’atmosphère était perceptible autour du Palais. Les festivaliers, les journalistes, le personnel de sécurité et même les photographes alignés le long de l’escalier emblématique semblaient parfaitement conscients qu’il ne s’agissait pas simplement d’une nouvelle première française très médiatisée. Le film retrace les onze derniers jours de la vie du professeur Samuel Paty, assassiné le 16 octobre 2020 devant son école à Conflans-Sainte-Honorine après avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un débat en classe sur la liberté d’expression. Le poids émotionnel et politique entourant le projet était déjà immense bien avant que les acteurs ne foulent le tapis rouge, mais voir l’équipe réunie à Cannes a donné à l’événement une résonance encore plus profonde.

L’arrivée de Mickaëlle Paty, sœur de Samuel Paty, est instantanément devenue l’image marquante de la soirée. Contrairement à de nombreuses premières cannoises où les applaudissements et les cris des fans dominent l’atmosphère, un silence respectueux a entouré son apparition aux côtés des acteurs et de l’équipe créative du film. Les observateurs près des barrières ont noté à quel point de nombreux participants semblaient profondément émus alors qu’elle gravissait lentement le célèbre escalier avec Vincent Garenq, Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot et plusieurs membres de l’équipe de production. Le cœur émotionnel de l’événement était clairement centré sur sa présence. Selon les déclarations qu’elle avait précédemment faites dans les notes de presse du film et à l’AFP sur la Croisette, elle avait été impliquée tout au long de l’élaboration du scénario et avait été consultée sur chaque version du script. Cette collaboration n’était pas purement symbolique. La production a souligné à plusieurs reprises que l’authenticité et la précision factuelle étaient des priorités essentielles pour le projet. Mickaëlle Paty a expliqué qu’elle souhaitait que le film reste ancré dans la réalité avec un minimum de fiction, ce qu’elle estimait que Vincent Garenq était le seul à pouvoir réaliser grâce à ses précédents travaux sur des films tels que Présumé Coupable et L’Enquête. Lors de l’apparition sur le tapis rouge, les photographes ont immortalisé plusieurs moments intimes entre elle et Antoine Reinartz, dont l’interprétation de son frère a déjà suscité de vives réactions parmi les premiers spectateurs et les critiques présents à Cannes.

La performance d’Antoine Reinartz est rapidement devenue l’un des aspects les plus discutés autour de L’Abandon lors de sa présentation à Cannes. L’acteur oscarisé, déjà salué pour ses rôles dans BPM (Beats per Minute) et Anatomy of a Fall, aurait suivi un processus de préparation intense pour incarner Samuel Paty avec retenue et dignité, plutôt que de tenter une imitation émotionnelle flagrante. D’après les commentaires de Mickaëlle Paty, l’un des aspects les plus surprenants pour elle a été de constater à quel point l’acteur avait réussi à s’imprégner du rôle. Elle a déclaré avec émotion avant la projection qu’Antoine Reinartz avait « ressuscité » son frère pendant 1 heure et 40 minutes, soit la durée du film, ajoutant que le voir à l’écran l’avait profondément émue. Cette déclaration a rapidement circulé parmi les journalistes couvrant le festival et a contribué au contexte émotionnel particulièrement chargé qui entourait la première. Lors de la montée des marches, des témoins ont décrit Antoine Reinartz comme particulièrement attentionné envers Mickaëlle Paty, restant souvent à ses côtés tandis que les flashs crépitaient sur le tapis rouge. Ce fut l’un de ces moments cannois où le spectacle du cinéma a brièvement cédé la place à quelque chose de bien plus humain et intime.

Le projet lui-même était resté entouré de secret pendant des mois avant son annonce officielle. Le distributeur UGC n’a dévoilé la bande-annonce et l’affiche que le 2 mars 2026, quelques heures seulement après le verdict du procès en appel concernant plusieurs personnes impliquées dans le meurtre de Samuel Paty. Selon le communiqué officiel du distributeur, la décision de garder le film secret pendant la production avait été prise délibérément pour ne pas interférer avec la procédure judiciaire et permettre aux poursuites judiciaires de s’achever avant que l’histoire ne revienne dans la sphère publique. Cette stratégie de production inhabituelle n’a fait qu’attiser la curiosité une fois le film officiellement sélectionné par le Festival de Cannes le 9 avril 2026. Le tournage s’était déroulé entre le 2 juillet et le 4 août 2025, principalement dans les Yvelines, notamment à Noisy-le-Roi, dans des conditions de grande discrétion. Même au sein des cercles professionnels, très peu d’informations avaient filtré sur le projet pendant la production, ce qui est rare pour un film français lié à un sujet aussi sensible au niveau national.

Au-delà de la dimension émotionnelle, L’Abandon reflète également la fascination de longue date de Vincent Garenq pour les histoires ancrées dans les réalités judiciaires, politiques et médiatiques. Tout au long de sa carrière, le réalisateur s’est systématiquement intéressé aux cas où les institutions laissent tomber les individus, que ce soit dans Présumé Coupable, inspiré de l’affaire d’Outreau, ou dans la mini-série télévisée Le Mensonge. À Cannes, plusieurs critiques ont noté que L’Abandon semble poursuivre cette exploration thématique en examinant non seulement la tragédie elle-même, mais aussi la chaîne de défaillances institutionnelles, sociales et communicationnelles qui a précédé l’assassinat. Le scénario, coécrit par Vincent Garenq, Alexis Kebbas et Mickaëlle Paty, s’inspire en partie du livre d’investigation du journaliste Stéphane Simon, Les Derniers Jours de Samuel Paty. Selon le synopsis officiel, le film se concentre spécifiquement sur les onze derniers jours qui ont précédé le meurtre, reconstituant la séquence des événements à partir de documents d’enquête et judiciaires plutôt que de recourir au sensationnalisme.

La première a également attiré plusieurs personnalités politiques et publiques, soulignant encore davantage l’importance nationale du film. Parmi les personnes présentes à la projection figurait la ministre française Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, dont la présence reflétait les implications politiques plus larges qui entourent encore l’affaire des années plus tard. Sa présence contrastait avec l’absence de Gaëlle Paty, une autre sœur de Samuel Paty, qui n’aurait pas été impliquée dans le projet. Les médias français avaient déjà fait état de tensions entre les deux sœurs à la suite de l’assassinat, soulignant leurs points de vue divergents sur la manière dont la tragédie devait être représentée publiquement. Cannes n’a pas été le lieu où ces divisions ont éclaté au grand jour, mais l’absence est restée perceptible compte tenu de la nature profondément personnelle de la première.

À l’intérieur de la salle, les spectateurs auraient assisté à l’une des projections les plus sobres et les plus chargées en émotion du festival de cette année. Contrairement aux ovations debout explosives qui font souvent partie de la mythologie cannoise, les réactions à L’Abandon ont été décrites par de nombreux journalistes comme plus discrètes, plus réfléchies et visiblement émouvantes. Plusieurs spectateurs sont sortis de la projection bouleversés plutôt qu’euphoriques. Les discussions au sein de l’industrie qui ont suivi ont tourné à plusieurs reprises autour du défi que représente l’adaptation au cinéma d’un traumatisme national aussi récent sans tomber dans l’exploitation. Les premières réactions suggèrent que Vincent Garenq a délibérément évité tout sensationnalisme flagrant, préférant construire le film autour des détails procéduraux, des tensions institutionnelles et de l’escalade progressive des événements. La bande originale composée par Nicolas Errèra, qui retrouve le réalisateur après de multiples collaborations précédentes, a également été saluée pour son approche sobre et envoûtante.

Sur le plan technique, le film rassemble une équipe créative expérimentée autour de Vincent Garenq. Le directeur de la photographie Renaud Chassaing privilégierait un cadrage froid et observateur tout au long du long métrage, tandis que la monteuse Aurique Delannoy structure le récit avec une tension croissante à mesure que la chronologie se resserre vers la tragédie inévitable. Aux côtés d’Antoine Reinartz et d’Emmanuelle Bercot, le casting comprend également Nedjim Bouizzoul, Emma Boumali, Azize Kabouche, Marie-Sohna Condé, Mounira Barbouch, Barbara Bolotner, Éric Génovèse, Jean-Michel Lahmi et François Pérache. La production est soutenue par Les Films du Kiosque, Outside Films, France 3, UGC et UMedia.

Ce qui a rendu la présentation de L’Abandon à Cannes particulièrement saisissante, c’est la collision entre le glamour rituel du festival et la gravité dévastatrice du sujet. Quelques minutes avant la projection, la Croisette respirait encore son atmosphère habituelle de marques de luxe, de photographes criant leurs instructions et de touristes tentant désespérément d’apercevoir des célébrités à travers les barrières. Pourtant, dès que Mickaëlle Paty est apparue sur le tapis rouge, la température émotionnelle a visiblement changé. Cela a rappelé que le cinéma à Cannes peut encore être un vecteur de réflexion collective plutôt qu’un pur spectacle. Dans un festival souvent dominé par les récits de célébrités et les spéculations sur les récompenses, L’Abandon a créé l’un de ces rares moments où la conversation a brièvement transcendé le cinéma lui-même pour revenir à des questions plus larges sur la liberté d’expression, la mémoire, la responsabilité institutionnelle et le traumatisme national.

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Synopsis :
Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent vraiment son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie, a été assassiné alors qu’il quittait son école. S'appuyant sur les enquêtes et les procédures judiciaires, ce film revient sur les onze derniers jours et la chaîne d'événements qui ont conduit à sa mort tragique.

L'Abandon
Réalisé par Vincent Garenq
Écrit par Vincent Garenq, Alexis Kebbas, Mickaëlle Paty
D'après le livre Les Derniers Jours de Samuel Paty de Stéphane Simon
Produit par François Kraus, Denis Pineau-Valencienne, Stéphane Simon
Avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Nedjim Bouizzoul, Emma Boumali, Azize Kabouche, Marie-Sohna Condé, Mounira Barbouch, Barbara Bolotner, Éric Génovèse, Jean-Michel Lahmi, François Pérache
Image : Renaud Chassaing
Montage : Aurique Delannoy
Musique : Nicolas Errèra
Sociétés de production : Les Films du kiosque, Outside Films, France 3, UGC, UMedia
Distribué par UGC (France)
Dates de sortie : 13 mai 2026 (Cannes)
Durée : 100 minutes

Photos : @fannyrlphotography