
Dévoilée à la veille de son ouverture au public à Paris le 7 avril 2026, l’exposition Marilyn Monroe : 100 ans ! apparaît d’emblée comme bien plus qu’un simple événement commémoratif organisé par un musée ; elle s’apparente davantage à une réévaluation cinématographique mûrement réfléchie. Présentée à la Cinémathèque française du 8 avril au 26 juillet 2026, l’exposition est produite par l’institution et organisée par Florence Tissot, avec une ambition explicite qui donne le ton dès les premières salles : célébrer la star, certes, mais surtout redéfinir l’actrice. Cette approche est significative car elle remet en cause l’une des simplifications excessives les plus tenaces de l’histoire du cinéma : l’idée que Marilyn Monroe n’était qu’une image, une pin-up, une légende embaumée par des photos promotionnelles et la tragédie. La présentation officielle met plutôt l’accent sur des costumes originaux, des extraits de films, des photographies, des documents rares et une conception curatoriale visant à reconnecter les visiteurs avec le travail de Marilyn Monroe à l’écran et avec les mécanismes plus larges du star-system hollywoodien qui l’ont à la fois élevée et rabaissée. Notre équipe a visité l’exposition cet après-midi, et notre première réaction a été un enthousiasme sincère : c’est une exposition riche, captivante et souvent magnifique, même si l’on pourrait parfois souhaiter moins de photographies et davantage d’accessoires réels issus des films les plus appréciés de son répertoire. Cette légère réserve mise à part, l’exposition réussit là où de nombreux hommages à Marilyn Monroe échouent, car elle ne se contente pas de vénérer son image ; elle la remet en question.

Ce qui rend l’exposition particulièrement captivante, c’est la manière dont elle embrasse la tension au cœur de la carrière de Marilyn Monroe plutôt que de la passer sous silence. On se souvient depuis longtemps d’elle davantage pour ses photographies que pour ses performances, et même les commentaires bien intentionnés réduisaient souvent son travail à l’écran à une explosion émotionnelle découlant d’une vie privée chaotique, comme si son jeu d’actrice ne pouvait jamais être reconnu comme une forme d’art consciemment construite. C’est précisément le piège que l’exposition cherche à briser. Au lieu d’accepter le vieux cliché selon lequel Marilyn Monroe était simplement elle-même devant la caméra, l’exposition rétablit l’idée d’interprétation, de physicalité, de rythme et de choix d’interprétation. C’est une approche intelligente et nécessaire, car la filmographie de Marilyn Monroe raconte une histoire bien plus complexe que ne le permettait la machine à fabriquer des mythes : née Norma Jeane Mortenson le 1er juin 1926, elle est passée du travail en usine pendant la guerre et du mannequinat à des contrats à l’écran avec la 20th Century-Fox et Columbia Pictures, puis est devenue l’une des stars emblématiques des années 1950 grâce à des films tels que Niagara, Les hommes préfèrent les blondes, Comment épouser un millionnaire, Sept ans de réflexion, Bus Stop, Certains l’aiment chaud et Les Marginaux. Elle a également cofondé Marilyn Monroe Productions avec Milton Greene, un acte rare et audacieux d’affirmation industrielle pour une star féminine de cette époque, et a remporté un Golden Globe pour Certains l’aiment chaud. L'accent mis par l'exposition sur Marilyn Monroe en tant que travailleuse, stratège et actrice ne semble donc pas révisionniste, mais plutôt correctif surtout en 2026, année du centenaire d'une figure dont l'ambition artistique a trop souvent été punie en temps réel pour avoir déjoué le rôle que l'industrie lui avait assigné.

Cet argument plus général résonne d’autant plus fortement que la Cinémathèque française n’isole pas Marilyn Monroe de l’appareil qui l’a créée. Le contenu de l’exposition attire l’attention sur la machine publicitaire glamour des années 1950, sur la garde-robe sexy, le déluge de couverture médiatique, les célèbres portraits réalisés par des artistes et des photographes tels qu’Eve Arnold, Richard Avedon et Andy Warhol, ainsi que sur l’héritage durable d’une image qui s’est considérablement amplifiée après la mort de Marilyn Monroe à l’âge de 36 ans en 1962. Il y a quelque chose d’intelligent dans la manière dont l’exposition transforme cette abondance en sujet plutôt qu’en simple toile de fond. Elle ne se contente pas de demander qui était Marilyn Monroe, mais explore comment les systèmes de croyances entourant la célébrité, la féminité, l’innocence, l’érotisme et la renommée ont été projetés sur son corps, puis sans cesse répétés par les critiques, les studios, le public, les collectionneurs et les biographes. C’est là que les idées les plus contemporaines de l’exposition émergent. Marilyn Monroe n’est pas présentée comme une énigme résolue, mais comme un champ de bataille d’interprétations : sex-symbol et actrice disciplinée, figure vulnérable et créatrice avisée de sa propre image, victime de l’ère des studios et participante active au sein de celle-ci. C’est cette complexité qui explique pourquoi elle compte encore tant au-delà des cercles des cinéphiles. L’American Film Institute la classe parmi les plus grandes légendes féminines de l’âge d’or d’Hollywood, tandis que son image reste si puissante sur le plan culturel que même la maison de Los Angeles qu’elle a achetée en 1962 (la seule qu’elle ait jamais possédée) a été classée monument historique et culturel en 2024 après une longue bataille pour sa préservation. En d’autres termes, Marilyn Monroe n’est pas simplement commémorée ; elle fait toujours l’objet de négociations, est protégée, commercialisée et réinterprétée, et l’exposition parisienne le comprend très clairement.

Il y a également un plaisir cinématographique indéniable dans la manière dont la Cinémathèque française prolonge l’exposition en une saison Marilyn Monroe plus large, ce qui évite à l’exposition de devenir un mausolée de la nostalgie. Parallèlement à l’exposition, l’institution organise une rétrospective du 8 avril au 24 mai 2026, suivie de projections le week-end, ainsi que de conférences et d’événements explorant tous les aspects, des écoles de théâtre au CinemaScope, en passant par la place de Marilyn Monroe au sein des grands genres cinématographiques. Les détails pratiques soulignent à quel point l’institution prend cet événement au sérieux, le considérant comme un programme vivant plutôt qu’une vitrine statique : les horaires d’ouverture varient entre les jours de semaine et les week-ends, des visites guidées sont programmées les samedis et dimanches, et le programme d’accompagnement comprend des soirées thématiques, des débats et des spectacles. Tout cela renforce l’idée centrale du cadre conceptuel de Florence Tissot : Marilyn Monroe ne doit pas être réduite à un visage, une robe, une mort ou un mythe. Elle doit être regardée, étudiée et discutée en tant qu’actrice. Cela peut sembler évident, mais au sein de l’exposition, ce message prend une force surprenante, car on se rend compte à quel point le discours public entourant Marilyn Monroe lui a rarement accordé ce respect fondamental. Il en résulte une exposition à la fois élégante et discrètement combative, démontrant de manière convaincante que le centenaire de la naissance de Marilyn Monroe ne doit pas servir à embaumer un fantasme, mais à revenir aux films et à reconnaître l’intelligence, le travail et les contradictions qui ont rendu ce fantasme possible au départ.

Marilyn Monroe : 100 Years! fonctionne si bien parce qu’elle comprend la différence entre l’iconographie et le cinéma, et refuse de choisir entre les deux. Oui, elle se délecte de l’opulence visuelle incarnée par Marilyn Monroe, et oui, certains visiteurs repartiront peut-être avec l’impression que le matériel photographique l’emporte légèrement sur le nombre d’accessoires de cinéma véritablement époustouflants. Mais ce déséquilibre ne gâche en rien l’expérience, car le véritable succès de l’exposition réside ailleurs : elle redonne du mouvement là où la culture populaire fige souvent Marilyn Monroe dans l’immobilité. Elle met en lumière l’actrice cachée sous l’affiche, l’artiste ambitieuse prisonnière de la caricature de la blonde évaporée, et la femme dont l’image a été sans cesse monétisée tandis que son art était trop facilement écarté. Pour un public parisien, et surtout pour les jeunes visiteurs qui connaissent l’image des tourniquets du métro bien avant de connaître Bus Stop ou The Misfits, ce n’est pas une mince affaire. Il ne s’agit pas simplement d’une exposition anniversaire ; c’est un rappel saisissant que Marilyn Monroe reste l’un des paradoxes centraux de l’histoire du cinéma du XXe siècle à la fois surexposée et incomprise, universellement visible et pourtant étrangement invisible. À la Cinémathèque française, pendant au moins quelques mois, elle est enfin traitée avec le sérieux qu’elle a toujours mérité.

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Filmographie :
1947 - Dangerous Years
1948 - Scudda Hoo! Scudda Hay!
1948 - Ladies of the Chorus
1949 - Love Happy
1950 - A Ticket to Tomahawk
1950 - The Asphalt Jungle
1950 - All About Eve
1950 - The Fireball
1950 - Right Cross
1951 - Home Town Story
1951 - As Young as You Feel
1951 - Love Nest
1951 - Let's Make It Legal
1952 - Clash by Night
1952 - We're Not Married!
1952 - N'hésitez pas à frapper
1952 - Monkey Business
1953 - La Maison pleine d'O. Henry
1953 - Niagara
1953 - Les hommes préfèrent les blondes
1953 - Comment épouser un millionnaire
1954 - Rivière sans retour
1954 - Le Show-business
1955 - Sept ans de mariage
1956 - Bus Stop
1957 - Le Prince et la Danseuse
1959 - Certains l'aiment chaud
1960 - Faisons l'amour
1961 - Les Marginaux
Photos et vidéo 4K : Boris Colletier / Mulderville