Concert - Miki : l’Élysée Montmartre conquis par le phénomène électro-pop lors d’un concert survolté à Paris

Par Mulder, Paris, Elysée Montmartre, 19 mars 2026

Le 19 mars dernier, la salle mythique de l’Élysée Montmartre à Paris affichait complet pour la deuxième date d’une série de trois concerts très attendus du phénomène musical Mikaela Duplay, plus connue sous son nom de scène Miki, et l’on peut dire sans hésiter que la soirée restera comme l’un des moments marquants de cette tournée française. Notre média était présent dans la salle et l’ambiance était déjà électrique bien avant l’arrivée de l’artiste, preuve que l’engouement autour de cette chanteuse franco-coréenne ne cesse de grandir depuis la sortie de son premier album Industry Plant et de son EP Graou. Pendant près d’une heure et demie, Miki a enchaîné ses titres avec une énergie impressionnante, alternant morceaux explosifs et moments plus mélodiques, dans un show millimétré mais jamais figé, confirmant que sa réputation scénique n’est pas usurpée et qu’elle fait désormais partie des artistes françaises capables de transformer une salle entière en véritable terrain de jeu musical.

Avant son arrivée sur scène, le public a pu découvrir la première partie assurée par Elle en été, dont la prestation a parfaitement préparé le terrain pour la suite de la soirée, avec une atmosphère douce et sensible contrastant avec l’intensité qui allait suivre. Dès les premières secondes du concert, Miki a imposé son style, mélange de pop électronique, de rap mélodique et d’influences hyperpop, un mélange qu’elle revendique elle-même comme une musique à la fois rythmique, naïve en apparence mais toujours traversée d’une certaine tension. Les tubes se sont enchaînés, parmi lesquels Particule ou encore ça pik un peu quand même, dont le clip récemment dévoilé a été réalisé par Émilie Tronche, connue notamment pour la série animée Samuel, une collaboration qui illustre bien la proximité de l’artiste avec l’univers visuel et cinématographique. Sur scène, cette dimension esthétique se retrouve dans chaque détail, des projections vidéo aux attitudes volontairement décalées, confirmant que le projet Miki dépasse largement la simple performance musicale pour devenir une proposition artistique globale.

Née le 6 novembre 1998 à Nice, Mikaela Duplay a grandi au Luxembourg dans un environnement très marqué par la musique, avec un père ingénieur passionné de rock classique et une mère coréenne pratiquant le chant lyrique, deux influences que l’on retrouve encore aujourd’hui dans son travail. Formée très jeune au conservatoire où elle étudie le violon puis le piano pendant près de dix ans, elle développe ensuite un goût prononcé pour le hip-hop, le rock indépendant et la musique électronique, découvertes qui prendront toute leur importance lors de ses études de cinéma à Royal Holloway University of London entre 2016 et 2019. C’est à cette période qu’elle se plonge dans l’univers des raves et de la production électronique, avant de revenir en France où elle travaille dans la production documentaire tout en réalisant elle-même ses premiers clips et compositions, une autonomie artistique qui reste aujourd’hui l’une des caractéristiques principales de son parcours.

Sa carrière musicale commence réellement au début des années 2020 avec la sortie de ses premiers titres, dont le single Moi Je en 2020, suivi d’une reprise de Dis, quand reviendras-tu ? de Barbara, enregistrée avec Thomas Guerlet, puis d’un premier EP intitulé 4X en 2023. Après avoir attiré l’attention de plusieurs maisons de disques, elle signe finalement chez le label indépendant Structure, dirigé par Pierre Cornet et Yann Dernaucourt, producteurs ayant déjà collaboré avec Clara Luciani, Eddy de Pretto ou encore Angèle, mais choisit de repartir de zéro en supprimant une grande partie de ses premiers morceaux, une décision qui alimente alors de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux et contribue paradoxalement à renforcer le mystère autour de son image. Cette période marque aussi la naissance d’un concept artistique plus affirmé, nourri par les mangas, les jeux vidéo et le cinéma d’animation, avec cette esthétique qu’elle décrit elle-même comme située « à la frontière du mignon et du malsain ».

Le véritable tournant intervient en 2024 lorsqu’elle décide de chanter majoritairement en français et d’assumer pleinement ce mélange de rap et d’électro qu’elle définit comme de la pop électronique, notamment avec les singles Échec et Mat et Cartoon sex, dont certains extraits deviennent viraux sur TikTok, contribuant à élargir considérablement son public. Son EP Graou, sorti le 7 mars 2025 et produit avec le DJ Canblaster et le producteur Tristan Salvati, confirme cette montée en puissance, avant la sortie de son premier album Industry Plant le 3 octobre 2025, un titre choisi avec ironie en référence aux critiques l’accusant d’être un produit de l’industrie musicale. Fidèle à son sens de la mise en scène, elle accompagne la sortie de l’album d’objets promotionnels atypiques, comme une clé USB en forme d’ordinateur contenant les titres en format WAV ainsi que des fichiers bonus, preuve supplémentaire de son goût pour les concepts hybrides entre musique, image et narration.

Le concert de l’Élysée Montmartre s’inscrit donc dans une période charnière pour Miki, désormais capable de remplir des salles parisiennes prestigieuses tout en conservant une identité artistique très personnelle, ce qui explique sans doute la ferveur particulière du public présent ce soir-là. Entre énergie brute, humour, autodérision et maîtrise technique, la chanteuse a offert un show sans temps mort, confirmant que sa réputation ne repose pas seulement sur le buzz ou les réseaux sociaux mais sur une vraie présence scénique et une vision artistique cohérente. À la sortie de la salle, le sentiment dominant était clair : le phénomène Miki n’en est plus à ses débuts, et si la tournée actuelle marque déjà une étape importante, tout laisse penser que ses prochains passages à Paris se joueront dans des salles encore plus grandes.

Discographie :
7 mars 2025 : Graou (EP)
3 octobre 2025 : Industry plant

Photos : Boris Colletier / Mulderville