Exposition - Le chantier invisible : l'art méconnu de Jean-Jacques Annaud dévoilé à Paris

Par Mulder, Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 18 mars 2026


Le 18 mars 2026, nos médias ont été invités à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris pour une avant-première presse exceptionnelle de Le chantier invisible, la nouvelle exposition consacrée à Jean-Jacques Annaud, l’une des figures les plus singulières du cinéma français et international. La matinée a débuté par un petit-déjeuner organisé en présence du cinéaste lui-même, créant un rare moment de proximité avec un réalisateur dont l’œuvre a souvent été associée à des productions monumentales et à des conditions de tournage extrêmes. Une trentaine de journalistes se sont réunis pour cette première découverte avant de visiter l’exposition, répartie entre le rez-de-chaussée et le premier étage du bâtiment de la Fondation, situé au 73 avenue des Gobelins. Après la visite, l’expérience s’est poursuivie en petits groupes de cinq personnes, chaque groupe disposant d’une quinzaine de minutes pour rencontrer Jean-Jacques Annaud en personne, un format intimiste qui correspondait parfaitement à l’esprit même de l’exposition : derrière le spectacle, un artisan, méthodique, précis et profondément impliqué dans chaque étape de la création.

Ouverte au public du 20 mars au 31 octobre 2026, l’exposition propose bien plus qu’une rétrospective d’une filmographie. Conçue comme un voyage sensoriel et intellectuel à travers la fabrication du cinéma, La Voie invisible révèle ce qui reste habituellement caché : recherches documentaires, photographies de repérage, storyboards annotés, maquettes, costumes, carnets de réalisateur et archives personnelles accumulées au fil des décennies. L’approche curatoriale met en avant l’idée que Jean-Jacques Annaud est moins un cinéaste de l’improvisation qu’un architecte de l’image, dont les films se construisent couche par couche au fil d’années de préparation. Cette philosophie fait écho à sa formation à l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC) et à ses débuts dans la publicité, où la précision, l’anticipation et la rigueur technique sont des compétences essentielles. En parcourant les salles, les visiteurs comprennent rapidement que l’illusion de réalisme dans ses films n’est jamais le fruit du hasard, mais le résultat d’une préparation obsessionnelle, s’étalant souvent sur plusieurs années avant le premier jour de tournage.

L’exposition met en lumière la remarquable cohérence d’une méthode déjà visible dans La Victoire en chantant (1976), sorti à l’international sous le titre Black and White in Color, qui a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, et affinée à travers des productions tournées sur plusieurs continents. L’Afrique, l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Sud apparaissent tout au long des archives, rappelant aux visiteurs que Jean-Jacques Annaud a maintes fois choisi les lieux les plus exigeants afin d’atteindre l’authenticité visuelle. Une section retrace l’extraordinaire travail linguistique réalisé pour À la poursuite du feu (1981), où une langue préhistorique a été créée avec l’aide d’un linguiste professionnel, tandis qu’une autre évoque la célèbre production de L’Ours (1988), pour laquelle plusieurs oursons ont été élevés afin d’obtenir le comportement naturel requis par le film. La préparation de *Le Nom de la rose* (1986), adapté du roman d’Umberto Eco et mettant en vedette Sean Connery, est également explorée en détail, montrant près de quatre années de recherches, d’esquisses et de planification architecturale avant même que les caméras ne tournent. Tout au long de l’exposition, la même idée revient sans cesse : dans le cinéma de Jean-Jacques Annaud, les textures, les gestes, la lumière et le son sont conçus comme les éléments d’un système organique unique destiné à se fondre dans l’illusion de la réalité.

Parmi les pièces les plus marquantes exposées figure la reproduction d’un manuscrit enluminé du XIVe siècle placé sur son lutrin, recréant immédiatement l’atmosphère mystique du Nom de la rose. À proximité, la maquette monumentale de l’abbaye conçue par le chef décorateur Dante Ferretti constitue l’un des points forts de l’exposition, illustrant le dialogue constant entre imagination et ingénierie qui définit l’œuvre du réalisateur. Des plans de construction, des photos de plateau et des notes techniques entourent la maquette, offrant aux visiteurs une perspective presque archéologique sur la naissance d’un décor de cinéma. Une autre section particulièrement émouvante est consacrée à Notre-Dame brûle (2022), avec des maquettes préparatoires de la cathédrale, du beffroi en feu, de la forêt de poutres du toit et de l’effondrement de l’oculus. La fresque de la chapelle des Sept Douleurs, le trésor, le reliquaire et les célèbres chimères témoignent de la rigueur historique exigée par Jean-Jacques Annaud, qui a dû recréer à l’écran un événement encore vivant dans la mémoire collective tout en conservant à la fois une précision documentaire et une intensité dramatique.

L’exposition permet également aux visiteurs de découvrir des objets qui évoquent instantanément la diversité de sa filmographie, comme le char de Stalingrad à l’échelle 1/10 utilisé pour élargir l’horizon dans Ennemi aux portes (2001), parfait exemple de l’obsession du réalisateur pour le détail crédible, ou la robe emblématique portée par Jane March dans L’Amant (1992), présentée aux côtés des croquis originaux de la costumière Yvonne de Sassinot de Nesle, montrant comment le costume contribue à l’identité émotionnelle et visuelle de ses films. Une illustration originale de Philippe Druillet, créée pour l’affiche de La Quête du feu, rappelle aux visiteurs le lien étroit entre le cinéma et les arts graphiques, tandis que l’exposition présente pour la première fois des storyboards personnels annotés par Jean-Jacques Annaud, parfois en collaboration avec Norbert Iborra et Maxime Rebière, offrant un aperçu direct de la construction des plans et de la chorégraphie des mouvements à l’intérieur du cadre. Ces documents, rarement montrés au public, comptent parmi les éléments les plus fascinants de l’exposition car ils révèlent la pensée visuelle du cinéaste, bien avant même que la caméra ne soit présente.

Au-delà de l’exposition elle-même, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé prolonge l’expérience avec une programmation qui reflète les influences cinématographiques du réalisateur. Du 13 au 30 mai 2026, Jean-Jacques Annaud présentera une sélection personnelle de chefs-d’œuvre du cinéma muet de Sergueï Eisenstein, Vsevolod Pudovkine, Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, Abel Gance, René Clair et Friedrich Wilhelm Murnau, rappelant aux visiteurs que son cinéma spectaculaire trouve ses racines dans la narration visuelle des débuts de l’histoire du cinéma. Plusieurs productions réalisées avec Pathé seront également projetées dans le cadre du programme de la Cinémathèque Pathé, et le 10 avril 2026, Jean-Jacques Annaud animera une masterclass suivie d’une discussion avant la projection de Two Brothers. D'autres rencontres, dont une avec Jean Rabasse, Jean-Marie Dreujou et Mathieu de la Mortière, reviendront sur la réalisation de Notre-Dame brûle, offrant un aperçu plus approfondi de la collaboration entre la réalisation, la photographie et la direction artistique.

Avec Le chantier invisible, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé démontre une fois de plus sa capacité à allier rigueur historique, ambition pédagogique et véritable émotion cinématographique. Plus qu’un simple hommage, l’exposition devient un voyage au cœur du processus créatif d’un cinéaste dont la carrière, de Black and White in Color à Wolf Totem (2015), en passant par Sept ans au Tibet (1997) avec Brad Pitt, incarne une vision du cinéma à la fois populaire et artisanale, spectaculaire et profondément construite. Après avoir passé la matinée à parcourir ces salles et à écouter Jean-Jacques Annaud parler de son travail avec la même précision qui caractérise ses films, une impression reste claire : la partie invisible du cinéma, celle que le public ne voit jamais, est souvent le lieu où commence la véritable aventure.

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Informations pratiques :
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé — 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris
Du 20 mars au 31 octobre 2026
Mercredi–jeudi : 14 h – 19 h
Mardi–vendredi : 14 h – 20 h 30
Samedi : 11 h 30 – 19 h
Plein tarif : 5 € — Tarif réduit : 3 €

Filmographie :
1976 - La Victoire en chantant
1979 –Coup de têt)
1981 - La Guerre du feu
1986 - (Le Nom de la rose
1988 - L'Ours
1992 - L'Amant
1995 - Guillaumet, les ailes du courage
1997 - Sept ans au Tibet
2001 - Stalingrad
2004 - Deux frères
2007 - (Sa majesté Minor
2011 - Day of the Falcon or Or Noir
2015 - Le Dernier Loup
2022 - Notre-Dame brûle

Photos et vidéo 4K : Boris Colletier / Mulderville