
La treizième édition du Festival de la Cinémathèque Française a offert l’un de ses moments les plus mémorables avec la présence de John Badham, l’invité d’honneur venu présenter son film de 1979 Dracula lors d’une projection spéciale à laquelle notre média a assisté. Cet événement, organisé dans le cadre de la tradition du festival consistant à rendre hommage aux figures majeures qui ont façonné l’imaginaire populaire du cinéma de la fin du XXe siècle, a réuni le réalisateur et Debra Winger, une autre invitée d’honneur dont la carrière représente une époque différente mais tout aussi significative d’Hollywood, marquée par l’émergence de voix artistiques fortes au sein du système des studios. Notre équipe a pu assister à cette présentation, filmer et prendre des photos, soulignant ainsi que le festival reste l’un des rares lieux où le cinéma populaire, le cinéma d’auteur et la préservation des films coexistent au sein d’un même programme.
Le Festival de la Cinémathèque française, réputé pour ses rétrospectives et ses restaurations soigneusement sélectionnées, a choisi cette année de rendre hommage à des cinéastes dont l’œuvre a laissé une empreinte durable sur le paysage culturel de la fin du XXe siècle, et John Badham s’inscrit parfaitement dans cette tradition. Largement connu pour avoir réalisé Saturday Night Fever (1977), WarGames (1983) et Blue Thunder (1983), le cinéaste a maintes fois démontré sa capacité à saisir les angoisses et les obsessions de son époque, qu’il s’agisse du phénomène disco, de la paranoïa de la Guerre froide ou de l’essor de l’informatique. Sa version de Dracula, sortie en 1979, occupe une place unique dans sa filmographie car elle se situe à la croisée des chemins entre la tradition classique de l’horreur et les réinterprétations plus romantiques, centrées sur les personnages, qui allaient plus tard dominer le genre. Lors de la projection au festival, John Badham a expliqué que le projet n’avait jamais été conçu comme un simple remake des adaptations précédentes, mais plutôt comme une tentative de donner une profondeur émotionnelle à un personnage souvent réduit à une pure monstruosité — une approche qui allait définir tous les choix créatifs opérés pendant la production.

Sorti le 13 juillet 1979 par Universal Pictures, Dracula mettait en vedette Frank Langella dans le rôle-titre aux côtés de Laurence Olivier, Donald Pleasence et Kate Nelligan, et s’inspirait à la fois du roman de Bram Stoker publié en 1897 et de l’adaptation théâtrale de 1924 par Hamilton Deane et John L. Balderston. Les origines théâtrales du projet ont joué un rôle décisif dans le ton du film, d’autant plus que Frank Langella avait déjà incarné le vampire à Broadway, ce qui lui avait valu une nomination aux Tony Awards pour sa performance avant de reprendre le rôle à l’écran. Tourné en Angleterre aux studios Shepperton et en extérieur en Cornouailles et dans le Buckinghamshire, le film bénéficie d’une photographie signée Gilbert Taylor, connu pour son travail sur Star Wars (1977), et d’une bande originale composée par John Williams, enregistrée avec le London Symphony Orchestra. La direction artistique, inspirée du style visuel de l’illustrateur Edward Gorey, a contribué à l’atmosphère particulière du film, combinant des ombres gothiques à un éclairage chaud et doré après que le studio eut rejeté l’idée originale de John Badham de tourner le film entièrement en noir et blanc, un choix qui aurait rapproché encore davantage le projet de l’esthétique des films d’horreur classiques d’Universal.
L'un des aspects les plus fascinants fut l'approche de Frank Langella face au rôle, qu'il a conçu comme une figure solitaire et vulnérable plutôt que comme une créature purement maléfique. L'acteur a notamment expliqué qu'il souhaitait que Dracula soit élégant, érotique et émotionnellement complexe — un être mû par le désir plutôt que par la cruauté — une vision qui a conduit le studio à commercialiser le film avec le slogan « Une histoire d'amour ». Cette interprétation a influencé de nombreuses adaptations ultérieures du personnage, même si le film lui-même est resté difficile à trouver pendant des années en raison de l’existence de multiples versions alternatives, notamment une « Director’s Edition » désaturée créée par John Badham au début des années 1990 et des restaurations ultérieures sorties en Blu-ray en 2019 et 2020, qui tentaient de recréer l’étalonnage original approuvé par le réalisateur et le directeur de la photographie Gilbert Taylor.

La projection à la Cinémathèque française était donc moins une simple rétrospective qu’une redécouverte d’un film qui avait été partiellement oublié malgré son importance dans l’évolution du cinéma d’horreur moderne. Le festival lui-même, qui a également rendu hommage cette année à des cinéastes tels qu’Aleksandar Petrović, Robert Bober, Anja Breien, Pierre Zucca et à l’historien du cinéma Naoum Kleiman, a une nouvelle fois démontré pourquoi il reste l’un des événements cinématographiques les plus importants consacrés au patrimoine cinématographique en Europe. Pour le public, cette projection de Dracula n’était pas seulement un retour nostalgique vers un film culte, mais aussi un rappel que certaines œuvres ne révèlent toute leur valeur qu’avec le temps, surtout lorsqu’elles peuvent être redécouvertes en présence des artistes qui les ont créées.
Vous pouvez retrouver nos photos sur notre page Flickr
Synopsis :
À bord d’un navire naufragé, le seul survivant est le comte Dracula, venu de Transylvanie avec pour seuls bagages des caisses remplies de terre de sa patrie. À l’abbaye de Carfax, où il s’installe, il fait la connaissance du directeur de l’asile, le Dr Seward, et de sa fille Lucy...
Dracula
Réalisé par John Badham
Écrit par W. D. Richter
D'après Dracula (roman de 1897) de Bram Stoker, Dracula (pièce de théâtre de 1924) de Hamilton Deane et John L. Balderston
Produit par Marvin Mirisch, Walter Mirisch
Avec Frank Langella, Laurence Olivier, Donald Pleasence, Kate Nelligan
Photographie : Gilbert Taylor
Montage : John Bloom
Musique : John Williams
Société de production : The Mirisch Company
Distribué par Universal Pictures (États-Unis),
Date de sortie : 13 juillet 1979 (États-Unis),
Durée : 109 minutes
Photos et vidéo : Boris Colletier / Mulderville