
Ce soir, le Forum des Images a accueilli une projection privée du film La Femme du lac, organisée par le Club Allociné, transformant le lieu en un espace de réflexion, d'émotion et de discussion animée. Notre média a assisté à l'événement, qui a été suivi d'une séance de questions-réponses avec la réalisatrice Mélisa Godet, la productrice Emma Javaux et les acteurs Karin Viard, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Laetitia Dosch et Pierre Deladonchamps. L'atmosphère était à la fois attentive et profondément engagée, reflétant l'esprit même du film : un silence respectueux pendant la projection, puis un besoin palpable de partager ses impressions après coup, comme si le public avait collectivement compris qu'il ne s'agissait pas seulement d'une avant-première, mais d'une rencontre avec un sujet qui résonne bien au-delà du cinéma.
La Maison des femmes, écrit et réalisé par Mélisa Godet et co-écrit avec Catherine Paillé, s'inspire de la véritable institution fondée par Ghada Hatem à Saint-Denis, une structure pionnière dédiée à l'aide aux femmes victimes de violence. Plutôt que de construire un récit sensationnaliste, Mélisa Godet a délibérément choisi de se concentrer sur les conséquences, en dépeignant les processus de prise en charge, d'écoute et de reconstruction. Au cours de la discussion, la réalisatrice a évoqué la genèse du projet, se souvenant avoir entendu Ghada Hatem parler à la radio pour la première fois fin 2016, décrivant un lieu où médecins, psychologues, avocats et travailleurs sociaux collaborent sous un même toit. Cette étincelle initiale s'est transformée en ce que Mélisa Godet a décrit comme un « film choral lumineux », guidé par une décision éthique fondamentale : la violence ne serait jamais montrée à l'écran. Au lieu de cela, le film canalise sa puissance émotionnelle à travers des témoignages, des gestes, des silences et la résilience quotidienne des patients et des soignants.

La productrice Emma Javaux a partagé une anecdote frappante sur sa propre découverte de l'histoire, racontant comment elle a écouté une interview podcast de Ghada Hatem pendant qu'elle faisait son jogging en vacances. Elle a décrit ce moment comme une révélation, un cas rare où un producteur perçoit non seulement le potentiel cinématographique d'un sujet, mais aussi sa nécessité. Emma Javaux a expliqué en détail comment les discussions initiales sur le financement se sont avérées étonnamment faciles malgré le sérieux du sujet, soulignant que la clarté de la vision de Mélisa Godet – un film destiné au grand public plutôt qu'une œuvre éducative – a rassuré des partenaires tels que France 2 Cinéma, Canal+ et Pathé. Elle a également souligné la création d'un véritable code d'éthique sur le plateau, insistant sur un environnement de travail basé sur le respect et la sécurité psychologique, une position pour laquelle de nombreux techniciens et acteurs l'ont ensuite remerciée, la qualifiant d'expérience rare dans l'industrie.
Karin Viard, dont l'interprétation de Diane, la leader infatigable de l'équipe médicale, a ancré l'énergie dynamique du film, a été au centre des conversations tout au long de la soirée. Karin Viard a expliqué sa décision de ne pas rencontrer Ghada Hatem avant le tournage, craignant une imitation inconsciente, préférant plutôt se plonger dans des interviews, des documentaires et des podcasts. La ressemblance physique, a-t-elle fait remarquer avec humour, était secondaire par rapport à la capture d'une motivation intérieure, une énergie de bulldozer que Ghada Hatem elle-même a ensuite reconnue comme étrangement juste. Les réflexions des acteurs ont révélé la complexité à plusieurs niveaux du film.

Sur le plan technique, La Maison des femmes révèle une esthétique soigneusement construite. Le directeur de la photographie Fabien Faure, le monteur Loïc Lallemand et la compositrice Audrey Ismaël ont travaillé en étroite collaboration avec Mélisa Godet pour trouver un équilibre entre réalisme et rythme cinématographique. La réalisatrice a expliqué que les séquences d'ensemble, souvent teintées d'humour, ont été tournées avec une couverture dynamique, tandis que les témoignages des patientes ont été capturés dans des plans prolongés afin de préserver l'intégrité du discours. La musique de la compositrice Audrey Ismaël, construite autour de chœurs féminins et de textures percussives discrètes, a été conçue non pas pour submerger, mais pour accompagner, renforçant l'urgence sans sombrer dans le mélodrame. Le film a été tourné en partie à la Cité Le Refuge dans le 13e arrondissement de Paris et dans des décors reconstitués à Bry-sur-Marne, une décision guidée par le respect du fonctionnement quotidien de la véritable Maison des Femmes.
Au-delà de ses qualités artistiques, le film ouvre inévitablement un dialogue sociétal plus large. Ghada Hatem a partagé des chiffres vérifiés lors d'interviews : environ 4 000 nouvelles patientes sont accueillies chaque année à la Maison des Femmes de Saint-Denis, avec une fréquentation quotidienne allant de 50 à 80 femmes, et une équipe pluridisciplinaire d'une cinquantaine de professionnels, dont beaucoup travaillent à temps partiel en raison de l'intensité émotionnelle du travail. Elle a également confirmé l'expansion du réseau, qui compte désormais plus de trente établissements à travers la France, illustrant la reconnaissance croissante de ces centres de soins spécialisés.

Distribué en France par Pathé Films, La Maison des femmes sortira en salles le 4 mars 2026. Si la première parisienne a démontré une chose, c'est que le premier long métrage de Mélisa Godet a déjà accompli quelque chose de rare : susciter le débat non pas par la provocation, mais par l'empathie, la nuance et l'humanité. Les applaudissements prolongés qui ont suivi la projection ne semblaient pas être un geste routinier dans un festival, mais plutôt la reconnaissance d'un film qui ose explorer le traumatisme, la résilience et la solidarité avec une retenue et une intelligence émotionnelle remarquables.
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Synopsis :
À la Maison des femmes, entre attention, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour aider les femmes victimes de violence à se reconstruire. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent et redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et leur énergie inépuisable.
La maison des femmes
Réalisé par Mélisa Godet
Écrit par Mélisa Godet, Catherine Paillé
Produit par Emma Javaux
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker, Aure Atika, Délia Miloudi, Alexandra Roth, Regis Romele
Directeur de la photographie : Fabien Faure
Montage : Loic Lallemand
Musique : Audrey Ismaël
Sociétés de production : Une Fille Productions, France 2 Cinéma, Canal+, Zinc Film
Distribution : Pathé Films (France)
Date de sortie : 4 mars 2026 (France)
Durée : 110 minutes
Photos et vidéo 4K : Boris Colletier / Mulderville