
La Fashion Week de Paris de janvier 2026 a été une édition charnière pour l'industrie, marquant à la fois la continuité d'un savoir-faire historique et l'affirmation de nouvelles orientations artistiques. Entre la Fashion Week masculine automne-hiver 2026-2027 et la Fashion Week haute couture printemps-été 2026, la capitale française a concentré en quelques jours un nombre impressionnant de moments symboliques, de passations créatives et de déclarations esthétiques fortes, confirmant une fois de plus son rôle central dans l'écosystème mondial de la mode.
Du côté de la mode masculine, Paris a clairement accentué une tendance qui se dessine depuis quelques saisons : le défilé n'est plus seulement un outil de présentation commerciale, mais un véritable dispositif narratif. Les maisons de couture ont multiplié les mises en scène immersives, flirtant avec le spectacle vivant, la performance artistique et parfois même le théâtre. Chez Dior, la collection masculine s'est concentrée sur une garde-robe claire et sophistiquée, centrée sur l'idée d'une vie quotidienne sublimée, tandis que Louis Vuitton a poursuivi son approche spectaculaire, embrassant une mode conçue autant pour l'image que pour le vêtement lui-même. Plus que jamais, la mode masculine parisienne s'affirme comme un champ d'expérimentation culturelle, où la silhouette devient le support d'un récit plus large.

L'un des moments les plus mémorables de cette Fashion Week masculine a sans aucun doute été le dernier défilé de Véronique Nichanian pour Hermès. Après avoir façonné pendant des décennies une vision cohérente, élégante et profondément intemporelle de la garde-robe masculine, cette sortie a pris des allures d'adieu discret mais chargé d'émotion. Sans effets inutiles, la collection nous a rappelé à quel point la sobriété, lorsqu'elle est maîtrisée, peut devenir un langage puissant, unanimement salué par la profession.
La Haute Couture, qui a pris le relais le 26 janvier, a confirmé une volonté de rééquilibrer l'artisanat et la relation au corps. Sans surprise, l'événement le plus suivi a été les débuts de Jonathan Anderson à la tête de la couture chez Christian Dior. Très attendue, cette première collection a cherché à concilier l'héritage monumental de la maison avec une approche plus expérimentale, jouant avec les volumes, les textures et une certaine poésie florale, sans jamais basculer dans un changement brutal. Il s'agissait d'une introduction mesurée mais stratégiquement intelligente.

Chez Chanel, la première collection Haute Couture de Matthieu Blazy a créé un climat de continuité rassurant. Des silhouettes aériennes, des tissus vaporeux et une forme de romantisme maîtrisé ont donné naissance à une couture plus fluide, moins rigide, conçue pour accompagner le mouvement plutôt que de le gêner. En revanche, le créateur Robert Wun a livré l'un des moments forts les plus audacieux de la semaine, avec une couture narrative, presque cinématographique, où chaque silhouette semblait raconter sa propre histoire, confirmant son statut de voix unique sur la scène parisienne.
Au-delà des podiums, cette Fashion Week de janvier 2026 a également été marquée par un changement dans la représentation. La diversité des profils des mannequins – en termes d'âge, de présence et d'attitudes – est devenue de plus en plus naturelle, en particulier dans la haute couture, où certaines maisons ont choisi de rompre avec une vision strictement idéalisée du corps. Cette évolution reflète une volonté de reconnecter la mode d'exception à une réalité plus humaine, sans pour autant compromettre les standards esthétiques.
En termes de couverture médiatique, Paris a une fois de plus démontré sa capacité à capter l'attention mondiale. Les défilés physiques, les dispositifs numériques, les contenus en coulisses et la couverture massive des réseaux sociaux ont renforcé l'idée d'une Fashion Week à deux vitesses : une expérience exclusive pour les invités présents et un spectacle mondial pour un public international. Cette hybridation est désormais pleinement intégrée dans la stratégie des maisons de couture, qui conçoivent leurs collections autant pour leur impact immédiat que pour leur impact à long terme.
L’édition Fashion Week de Paris de janvier 2026 semble être une transition contrôlée. Moins provocante que certaines saisons précédentes, mais plus profonde dans ses intentions, elle a mis en évidence une industrie en quête de sens, cherchant à réaffirmer la valeur du temps, du geste et du récit. La mode parisienne, sans renier son héritage, semble désormais vouloir s'exprimer plus doucement, mais avec plus de précision et, peut-être surtout, avec plus de maturité.

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