Livres - La bible d’une MILF : quand Elena Nagapetyan fait de la vulnérabilité un acte de résistance 

Par Mulder, Paris, Fnac Forum des Halles, 22 janvier 2026

Le 22 janvier 2026, à la Fnac Forum des Halles, Elena Nagapetyan est venue à la rencontre de son public pour une séance de dédicaces autour de La bible d’une MILF, un ouvrage illustré publié le jour même chez Michel Lafon, et qui s’inscrit dans la droite ligne de son humour frontal, autobiographique et profondément humain. Dans l’effervescence feutrée de la librairie, entre éclats de rire et confidences murmurées, l’humoriste a pris le temps d’échanger avec ses lecteurs, de signer longuement chaque exemplaire et de parler, avec une sincère émotion, de ce livre qui ressemble moins à un produit dérivé de scène qu’à un prolongement naturel de sa voix. Elle nous a confié combien l’écriture de cet ouvrage avait été une expérience à la fois cathartique et libératrice, une manière de poser sur le papier ce que son stand-up raconte déjà : la maternité sans filtre, la solitude, la culpabilité, le désir de rester une femme entière malgré les injonctions permanentes, et cette idée centrale qui traverse le livre comme un mantra, que la meilleure chose qu’une mère puisse offrir à son enfant, c’est d’être heureuse.

Publié en édition illustrée de 176 pages, La bible d’une MILF n’est ni un manuel ni un pamphlet, mais un récit éclaté, intime, nourri d’anecdotes vécues et de réflexions souvent aussi drôles que dérangeantes, où Elena Nagapetyan déconstruit avec une lucidité désarmante les mythes de la maternité sacrificielle. Les extraits que nous avons pu parcourir lors de la dédicace frappent par leur justesse : la peur de ne pas être une “bonne mère”, la colère contre soi-même, la fatigue émotionnelle, mais aussi l’ironie salvatrice qui permet de tenir debout. L’autrice y parle de dépression post-partum, de divorce, de désir, de solitude, sans jamais chercher l’effet gratuit, préférant l’honnêteté brute à la posture. Les illustrations, délicates et symboliques, viennent renforcer ce propos en donnant corps à cette femme moderne, parfois épuisée, souvent en colère, mais toujours debout, qui refuse de se dissoudre dans son rôle de mère. L’ouvrage s’adresse officiellement à un public adulte, dès 18 ans, mais il touche bien au-delà de cette classification, tant il parle de choix de vie, de résilience et d’identité.

Ce livre résonne d’autant plus fort lorsqu’on le replace dans le parcours singulier de Elena Nagapetyan, née le 14 septembre 1987 à Tachkent, en Ouzbékistan, alors en Union soviétique, d’origine arménienne, et marquée très tôt par l’exil, la pauvreté et les discriminations. Arrivée en France en 2009 sans parler français, elle traverse en quelques années un mariage, une maternité, une dépression post-partum et un divorce, avant d’enchaîner les petits boulots et de découvrir progressivement l’humour comme moyen d’expression et de survie. Après une période à Monaco, où elle travaille notamment comme assistante de Dmitri Rybolovlev, elle se lance pleinement dans l’écriture et la scène, rejoint le Jamel Comedy Club en 2022 et se fait connaître du grand public grâce à ses vidéos sans tabou sur les réseaux sociaux, cumulant près d’un million d’abonnés sur Instagram fin 2025. Son premier one-woman-show, Ça valait le coup, joué à guichets fermés en France et à l’international, est devenu une référence, et elle sera de retour sur la mythique scène de L’Olympia le 16 mai 2026, un rendez-vous qu’elle évoquait avec un sourire mêlant fierté et incrédulité lors de notre échange.

Ce qui frappe, au fil des pages comme lors de cette rencontre à la Fnac, c’est la cohérence entre la femme, l’artiste et l’autrice : Elena Nagapetyan ne joue jamais un rôle, elle se raconte, se met à nu, et transforme ses failles en matière première. Chroniqueuse sur France Inter depuis 2024, surnommée “la pro du trashtalk” pour sa répartie fulgurante, elle revendique un humour cru mais jamais gratuit, toujours traversé par une profonde bienveillance. La bible d’une MILF apparaît ainsi comme une pièce essentielle de son œuvre, un objet hybride entre confidences, stand-up silencieux et manifeste féministe du quotidien, qui prolonge sur le papier ce que son accent, son regard et son franc-parler racontent déjà sur scène : qu’on peut être mère, femme, fragile, en colère, drôle et vivante, tout à la fois, sans jamais demander pardon.

Un grand merci à Elena Nagapetyan pour cette belle et courte rencontre

Photos : Boris Colletier / Mulderville