Premiere - L'affaire Bojarski : la première parisienne remet en lumière une histoire vraie tombée dans l'oubli

Par Mulder, Paris, Cinémathèque française, 12 janvier 2026

Le 12 janvier 2026, la Cinémathèque française a accueilli la première parisienne de L'affaire Bojarski, un moment qui ressemblait moins à une projection traditionnelle sur tapis rouge qu'à un acte discret de restitution historique, comme si le cinéma lui-même rattrapait enfin une histoire qui attendait depuis des décennies d'être racontée. Nos médias étaient présents sur place pour couvrir l'événement et ont filmé la présentation de l'équipe créative du film dans une vidéo 4K enregistrée à l'intérieur de ce lieu parisien emblématique. Le réalisateur Jean-Paul Salomé, accompagné des acteurs Sara Giraudeau, Pierre Lottin et Olivier Loustau, ainsi que des producteurs Bertrand Faivre et Florence Gastaud, a pris le temps de s'adresser au public, partageant quelques mots qui ont immédiatement donné le ton : il ne s'agissait pas seulement d'un film policier, mais de la résurrection cinématographique d'un personnage complexe, solitaire et profondément humain, dont la vie était à cheval entre le génie, l'invisibilité et l'ambiguïté morale. L'atmosphère dans la salle reflétait cette intention, avec un public attentif, conscient qu'il était sur le point de découvrir une histoire vraie largement absente de la mémoire collective, malgré son caractère extraordinaire

Inspiré de faits réels, The Bojarski Affair retrace le parcours singulier de Jan Bojarski, interprété par Reda Kateb, un ingénieur polonais qui s'est enfui en France pendant la Seconde Guerre mondiale et a utilisé ses remarquables compétences techniques pour falsifier des documents sous l'occupation allemande. Comme le confirment les documents historiques et comme le détaille le dossier de presse du film, c'est après la guerre que le destin de Bojarski prend une tournure tragique : dépourvu de statut civil officiel, il ne peut faire breveter ses nombreuses inventions, malgré leur authenticité et leur ingéniosité, ce qui le contraint à enchaîner des emplois mal rémunérés qui gaspillent son potentiel intellectuel. Cette exclusion systémique l'a finalement conduit sur une voie plus sombre lorsqu'il a été approché par des réseaux criminels et a commencé à falsifier des billets de banque d'une telle qualité qu'ils sont devenus légendaires au sein même de la Banque de France, où les contrefaçons authentiques de Bojarski sont encore conservées aujourd'hui. Le film reconstitue avec soin cette descente dans une double vie, menée en secret vis-à-vis de sa famille, tout en le plaçant sous le regard implacable de l'inspecteur Mattei, interprété avec une retenue troublante par Bastien Bouillon, un homme de loi dont le véritable homologue a poursuivi Bojarski pendant près de quinze ans, brouillant la frontière entre obsession professionnelle et fascination personnelle.

Ce qui donne à L'Affaire Bojarski son poids émotionnel, cependant, ce n'est pas seulement sa reconstitution historique minutieuse, mais la façon dont Jean-Paul Salomé présente Bojarski à la fois comme un artisan et un paria, un homme motivé autant par le besoin de reconnaissance que par la survie. S'appuyant sur une documentation exhaustive rassemblée avec l'aide du journaliste Jacques Briod, comprenant des brevets authentiques, des photographies et des dossiers de police, le film recrée fidèlement l'atelier clandestin où Bojarski concevait et construisait toutes les machines utilisées pour imprimer ses faux billets, des presses aux encres, dont certaines étaient modifiées chimiquement à l'aide d'aspirine, un détail confirmé par des sources d'archives. Ces séquences, filmées avec une cinématographie précise, presque tactile, par Julien Hirsch, soulignent le paradoxe au cœur de l'histoire : Bojarski n'était pas un gangster par nature, mais un artisan dont le génie n'avait nulle part où aller. La dynamique entre Reda Kateb et Sara Giraudeau, qui incarne Suzanne Bojarski, ancre cette tragédie dans la réalité domestique, dépeignant un mariage rongé par le silence et les secrets, tandis que Pierre Lottin apporte une texture supplémentaire à travers un rôle secondaire qui reflète subtilement l'expérience des immigrants et les identités fracturées de la France d'après-guerre.

La première a également trouvé un écho plus intime grâce à la présence de l'héritière de l'histoire, puisque la production a ouvertement reconnu ses échanges avec la fille de Bojarski, Anne Bojarski, dont le témoignage a permis de contextualiser le coût émotionnel d'une enfance passée dans l'ombre du secret. Ses réflexions, reprises dans les documents de presse, révèlent comment le film lui a offert une forme de clarté tardive et de distance émotionnelle, transformant un traumatisme personnel en quelque chose d'intelligible et, peut-être, enfin supportable. Cette dimension élève L'Affaire Bojarski au-delà des conventions du genre, l'alignant sur la grande tradition française du cinéma axé sur les personnages plutôt que sur un simple thriller policier, malgré ses influences noires et sa reconstitution minutieuse de l'époque à Paris, Lyon et Vichy.

Produit par Bertrand Faivre et Florence Gastaud pour Le Bureau et Les Compagnons du Cinéma, avec la participation de France 2 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Cactus Films et Artémis Productions, et distribué en France par Le Pacte, L'Affaire Bojarski sortira dans tout le pays le 14 janvier 2026. D'une durée de 128 minutes et accompagné d'une bande originale de Mathieu Lamboley, dont les motifs mécaniques font écho à la précision obsessionnelle du travail de Bojarski, le film se présente à la fois comme une expérience cinématographique captivante et comme un hommage longtemps attendu à un homme dont le talent a autrefois ébranlé les fondements mêmes de la Banque de France, même si l'histoire a failli oublier son nom.

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Synopsis :
Jan Bojarski, un jeune ingénieur polonais, a trouvé refuge en France pendant la guerre. Il a mis son talent au service de la falsification de documents pendant l'occupation allemande. Après la guerre, son absence de papiers d'identité officiels l'empêchait de breveter ses nombreuses inventions, et il se contentait de petits boulots mal rémunérés... jusqu'au jour où un gangster lui proposa d'utiliser ses talents exceptionnels pour falsifier des billets de banque. Ce fut le début d'une double vie, à l'insu de sa famille. Il se retrouva bientôt dans le collimateur de l'inspecteur Mattei, le meilleur flic de France.

L'affaire Bojarski
Réalisé par Jean-Paul Salomé
Écrit par Jean-Paul Salomé, Bastien Daret, Delphine Gleize
Produit par Bertrand Faivre, Florence Gastaud
Avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin, Camille Japy, Victor Poirier, Lolita Chammah, Olivier Loustau, Quentin Dolmaire, Arthur Teboul, Ambrine Trigo Ouaked, Héléna Sadowy
Directeur de la photographie : Julien Hirsch
Montage : Valérie Deseine
Musique : Mathieu Lamboley
Sociétés de production : Le Bureau, Les Compagnons du Cinéma, France 2 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Cactus Films, Artémis Productions
Distribution : Le Pacte (France)
Date de sortie : 14 janvier 2026 (France)
Durée : 128 minutes

Photos et vidéo : Boris Colletier / Mulderville