Festivals - Festival du film franco-américain 2025 : le prix d'honneur décerné à Jodie Foster couronne une cérémonie d'ouverture consacrée à la narration franco-américaine

Par Mulder, Los Angeles, Hollywood, Directors Guild of America Theatre, 28 octobre 2025

La 29e édition du Festival du film franco-américain s'est ouverte hier soir avec l'élégance et l'émotion que seul cet événement de Los Angeles peut offrir. Au cœur de cette célébration des liens cinématographiques franco-américains, un moment mémorable : Jodie Foster a reçu le prestigieux prix d'excellence pour l'ensemble de sa carrière, récompensant une carrière qui a marqué le cinéma moderne à travers les continents. Le prix a été remis par Cécile Rap-Veber, PDG de la SACEM, qui a souligné le lien unique qui unit Jodie Foster à la culture française et son engagement de toute une vie en faveur d'une narration qui transcende les frontières.

Il y avait quelque chose de poétique à voir Jodie Foster sur la scène du DGA Theater, devant un public qui a suivi son évolution depuis ses débuts en tant qu'enfant star jusqu'à son statut d'artiste parmi les plus intelligentes et les plus respectées d'Hollywood. Les applaudissements ont été longs, sincères, presque familiaux. Pour beaucoup de personnes présentes, ce prix était non seulement une reconnaissance de sa longévité, mais aussi un hommage à son intégrité. Foster, qui parle couramment le français et qui est depuis longtemps admirée en France pour sa double sensibilité, à la fois analytique et émotionnelle, incarne le dialogue même que l'American French Film Festival a été créé pour célébrer. Ayant étudié au Lycée français de Los Angeles puis à l'université de Yale, elle a souvent déclaré que son éducation française avait façonné sa discipline, sa curiosité et son amour du cinéma en tant que forme d'art plutôt que comme carrière.

Le choix de Jodie Foster comme lauréate de cette année était également un clin d'œil significatif à sa relation profonde et durable avec le cinéma français. En 2025, elle a joué dans Vie privée, un thriller psychologique en français réalisé par Rebecca Zlotowski, aux côtés de Daniel Auteuil. Ce film, choisi pour ouvrir le festival, marque un retour aux sources pour l'actrice qui, après avoir doublé elle-même ses films anglophones dans leur version française, joue désormais le rôle principal dans une langue qu'elle maîtrise depuis son enfance. Cette aisance bilingue a toujours été plus que linguistique : elle reflète la capacité de Jodie Foster à naviguer entre deux mondes, entre la rigueur artistique du cinéma européen et la grandeur narrative d'Hollywood.

La soirée a également été l'occasion de revenir sur la carrière extraordinaire de Jodie Foster. De son rôle inoubliable d'Iris dans Taxi Driver de Martin Scorsese à l'âge de douze ans à ses performances oscarisées dans Les Accusés et Le Silence des agneaux, Jodie Foster n'a cessé de redéfinir ce que signifie grandir sous les projecteurs sans perdre ses repères. Ses réalisations en tant que réalisatrice – Little Man Tate, Home for the Holidays, The Beaver et Money Monster – ont prouvé que son talent artistique va au-delà du jeu d'actrice. Peu d'acteurs ont réussi à passer aussi naturellement du jeu d'acteur à la réalisation et à la production, tout en conservant leur liberté créative et en refusant de se conformer aux attentes d'Hollywood en matière de célébrité.

Lorsque Cécile Rap-Veber lui a remis son prix, elle a félicité Jodie Foster non seulement pour sa maîtrise de l'écran, mais aussi pour son engagement indéfectible envers la vérité artistique. Ce moment a trouvé un écho dans toute la salle lorsque Jodie Foster, visiblement émue, a évoqué son affection durable pour la France, se souvenant de sa première visite à Cannes lorsqu'elle était adolescente et de la façon dont le public français l'avait traitée non pas comme une star, mais comme une artiste. « La France m'a appris à réfléchir, à douter, à rechercher les nuances », a-t-elle déclaré. « Elle m'a donné la permission d'être complexe. »

Au-delà de l'hommage rendu à Jodie Foster, cette édition de l'American French Film Festival a une nouvelle fois confirmé son rôle de pont culturel entre Paris et Los Angeles. Fondé en 1996 sous le nom de COLCOA, cet événement est devenu le plus grand festival du film français aux États-Unis, accueillant chaque année plus de 20 000 participants, parmi lesquels des journalistes, des professionnels du secteur et des cinéphiles. Au cours d'une semaine, plus de soixante-dix films et séries en langue française seront projetés, offrant un aperçu de la vitalité et de la diversité de la narration contemporaine en langue française. Outre Vie privée, parmi les autres temps forts, citons Nouvelle Vague de Richard Linklater, qui revisite le tournage du film À bout de souffle de Jean-Luc Godard, Guru de Pierre Niney et La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, une histoire shakespearienne sur la famille et l'ambition.

L'ambiance semble particulièrement électrique cette année, les collaborations entre créatifs français et américains atteignant des sommets sans précédent. De Middle Class d'Antony Cordier à Bon voyage, Marie (On ira) d'Enya Baroux, le festival témoigne de la fascination réciproque entre les deux cultures cinématographiques. Ces échanges ne sont pas seulement artistiques, ils sont profondément humains et reflètent la conviction commune que le cinéma reste l'un des rares langages capables de rapprocher des points de vue différents.

À la fin de la soirée, l'image de Jodie Foster tenant son prix est restée gravée dans tous les esprits. Ce n'était pas le symbole de la fin d'une carrière, mais plutôt de son évolution constante, un rappel que le véritable art est infatigable, multilingue et résolument personnel. Pour un festival fondé sur le dialogue entre les nations, lui rendre hommage revenait à honorer cet esprit même. Les applaudissements qu'elle a reçus n'étaient pas seulement pour les films qu'elle a réalisés, mais pour la façon dont elle les a vécus, chacun étant un manifeste discret de réflexion, d'empathie et de résilience.

Avec le Festival du film franco-américain 2025, Los Angeles est devenue, le temps d'une soirée lumineuse, un petit bout de Paris. Et Jodie Foster, qui a toujours été un pont entre les mondes, a prouvé que les histoires les plus puissantes du cinéma sont celles qui continuent à traverser les frontières.

Photos et vidéo : Sophie Janinet