Aviator

Aviator
Titre original:Aviator
Réalisateur:Martin Scorsese
Sortie:Cinéma
Durée:170 minutes
Date:26 janvier 2005
Note:
Aviator couvre près de vingt ans de la vie tumultueuse d'Howard Hughes, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l'aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l'industrie aéronautique en même temps qu'une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère. http://www.aviator.fr/
(Source Allociné)

Critique de Tootpadu

Martin Scorsese fait vraiment tout pour obtenir cet Oscar qui lui a injustement échappé depuis si longtemps. Après l'épopée sanglante de Gangs of New York, le voici de retour dans une époque dont le portrait lui avait réussi dans le passé. Ce tableau somptueux, qui s'étale sur un quart de siècle, s'appuie sur la vie tumultueuse d'un des exclus de Hollywood, le producteur indépendant et l'aviateur Howard Hughes. Puisque le héros tragique du film est un véritable excentrique et rebel, on ne peut que s'étonner de l'approche assez conformiste que Scorsese a choisi. Fini la passion, la brutalité et le désarroi qui rendaient son oeuvre unique et palpitante pendant le sommet artistique de sa carrière (vaguement de Mean Streets à Raging Bull). En réalité, nous n'avons même plus droit au sursaut d'énergie qui ressuscitait Gangs of New York à travers sa dernière demie-heure. La construction de ce film-ci est diamétralement opposée, avec une première heure fascinante et le reste rien d'autre qu'une répétition sans fondement solide de ce qui a précédé. En effet, les premières séquences reflètent une fois de plus la maîtrise des images et de leur force par Scorsese. Il arrive alors à donner une véritable envergure épique à son film, à placer Hughes comme le visionnaire de son temps, comme un mégalomane passionné.
Dans cette partie, presque tout réussit et au protagoniste, et au réalisateur. La relation avec Katharine Hepburn est montrée de façon sensible, sans tentative superflue d'apprivoiser ces deux individus farouches. Quant à l'interprétation de Cate Blanchett, elle est simplement magistrale, et bien au dessus du jeu forcé de DiCaprio et celui, transparent, des autres. Elle ne tente pas vainement de s'approprier l'actrice mythique, de lui ressembler coûte que coûte, mais plutôt de capter son essence et son caractère revêche. Probablement grâce à elle, cette première partie du film vit réellement, dispose d'un coeur qui manque malheureusement à la suite.
Car une fois que la Hepburn est partie chasser son Spencer, le scénario se contente de répéter bêtement les thèmes exposés auparavant. En principe, rien de grave à une reprise savante qui altère les données déjà exopsées. Sauf que le traitement de l'aggravation des phobies de Hughes et de son combat contre le sénateur manquent particulièrement d'imagination ou, au moins, d'intérêt. Il n'y a dès lors plus aucune séquence dans laquelle Hughes ne ferait pas son malin, dans laquelle il n'exprime ses ambitions de manière plus ou moins pitoyable. Que ce soit le déjeuner en privé avec le sénateur, ou le retour miraculeux de Hughes vers la raison lors de l'enquête publique, les motivations secrètes du protagoniste restent obscures ou mal rédigées, si elles ne sont pas tout simplement absentes. Les lacunes dans l'écriture vont alors de pair avec une mise en scène beaucoup moins flamboyante qu'au début et un jeu de DiCaprio auquel il manque une dimension tragique.
A peine plus concluant dans son ensemble que Gangs of New York, ce nouveau Scorsese dispose néanmoins d'accomplissements techniques remarquables. De toute beauté, les décors et costumes nous ramènent aisément vers l'âge d'or de Hollywood, alors que la photo et les nombreux effets spéciaux donnent un aspect bien plus contemporain. Enfin, le thème musical aux castagnettes, s'il nous laisse dubitatifs par rapport à son lien avec le contenu du film, est tellement beau que son exclusion technique de la course aux Oscars nous peine le plus.

Vu le 28 janvier 2005, au Max Linder, en VO

Note de Tootpadu: