Street Fighter
Réalisé par Kitao Sakurai (2026)
| Avec | Noah Centineo, Andrew Koji, Callina Liang, Joe Roman Reigns Anoa'I, David Dastmalchian, Cody Rhodes, Eric André, Andrew Schulz, Vidyut Jammwal, Curtis 50 Cent Jackson, Jason Momoa |
| Durée | 120 minutes |
| Sortie | 14/10/2026 |
| Note | 8/10 |
En 1993, Ryu et Ken Masters, deux Street Fighters autrefois inséparables, sont replongés dans l’arène lorsque la mystérieuse Chun-Li les recrute pour le prochain World Warrior Tournament : un affrontement brutal où se mêlent poings, destin et fureur. Mais derrière cette battle royale se cache une conspiration mortelle qui les oblige à s’affronter, tout en faisant face aux démons de leur passé… Et s’ils échouent, c’est GAME OVER.
La critique
Par Mulder 13/10/2026
Il y a quelque chose de rafraîchissant dans une adaptation qui laisse ses personnages paraître légèrement ridicules sans pour autant traiter leur univers comme jetable. Street Fighter, réalisé par Kitao Sakurai, tire une grande partie de son attrait de cette distinction subtile. Les costumes ne passent pas inaperçus, les corps semblent conçus pour des collisions impossibles, et les différends personnels ont tendance à dégénérer en spectaculaires démonstrations d’arts martiaux. Pourtant, derrière cette exubérance se cache une compréhension bienveillante de ce qui fait perdurer cet univers : chaque combattant exprime sa personnalité à travers ses mouvements. Inégale, parfois un peu surchargée, mais portée par une volonté contagieuse de divertir, cette dernière incarnation fait de la théâtralité du jeu d’arcade son principal atout cinématographique. Ses meilleurs moments capturent le plaisir de reconnaître un personnage préféré, puis de découvrir ce qu’un acteur en chair et en os peut apporter à cette silhouette familière.
Le fait de situer l’histoire en 1993 donne à cette approche tout son sens. Ryu, interprété par Andrew Koji, et Ken Masters, incarné par Noah Centineo, deux compagnons qui se sont éloignés l’un de l’autre, sont entraînés dans le tournoi World Warrior par Chun-Li, incarnée par Callina Liang. Derrière la compétition se cache un complot, même si la question la plus captivante concerne la relation brisée entre ses deux combattants principaux. Le tournoi offre un cadre pratique pour réunir une distribution haut en couleur ; leur amitié donne au film une raison de passer d’un combat à l’autre. Surtout, le scénario laisse ces tempéraments incompatibles façonner cette relation. L’un se réfugie dans la discipline, tandis que l’autre se donne en spectacle pour ne pas passer inaperçu. Leur histoire commune transparaît à travers l’irritation, l’instinct de compétition et cet attachement obstiné qu’aucun des deux ne sait vraiment exprimer.
Andrew Koji apporte au film la présence physique la plus convaincante. Son immobilité dégage une autorité qui rend la libération finale du mouvement particulièrement satisfaisante. La scène où Ryu maîtrise son vieil ami tout en restant assis offre une alliance particulièrement réussie entre le personnage et la chorégraphie : une technique supérieure devient à la fois une plaisanterie et l’expression d’une distance émotionnelle. Noah Centineo, quant à lui, incarne pleinement la vanité et la bêtise de Ken Masters, acceptant le risque de rendre exaspérant un combattant pourtant très apprécié. Par moments, le scénario pousse cette sottise un peu trop loin, réduisant la vulnérabilité à une simple chute de blague. Néanmoins, le contraste fonctionne car les interprétations tirent dans des directions opposées sans pour autant rompre leur lien. Leurs échanges suggèrent une lecture pertinente du scénario : ces hommes peuvent communiquer par le combat avec une précision qui les abandonne dès l’instant où ils tentent d’avoir une conversation sincère.
L’action est particulièrement réussie lorsqu’elle préserve les différences entre les styles de combat. La confrontation dans les bains publics entre Ryu et E. Honda se démarque notamment parce que son décor, ses rythmes physiques et ses attaques reconnaissables s’inscrivent dans une même idée cohérente. La reconnaissance fait partie intégrante de la construction de la scène, plutôt que d’être simplement superposée à celle-ci. Ailleurs, les mouvements emblématiques offrent des degrés de satisfaction variables : certains possèdent le poids et la clarté nécessaires pour rendre convaincant un geste improbable, tandis que d’autres restent manifestement maladroits. La préparation qui sous-tend cette approche est révélatrice. Le chorégraphe de cascades Jon Valera et la superviseure des effets visuels Sandra Balej ont été choisis par Kitao Sakurai pour leur enthousiasme à transposer les mouvements emblématiques des jeux. Cette collaboration est essentielle dans un film où un effet doit prolonger l’identité physique d’un interprète sans l’étouffer. À son apogée, le spectacle permet au public de comprendre qui se bat rien qu’à travers les mouvements.
Callina Liang apporte une détermination bienvenue dans cet univers déjà très encombré. Son interprétation de Chun-Li contribue à ancrer un film souvent tenté de transformer chaque entrée en gag, et l’engagement dont elle fait preuve offre une anecdote de tournage bien plus intéressante qu’un énième récit sur le port d’un costume inconfortable. Comme elle l’a expliqué à Empire, dans une interview rapportée par GamesRadar+, elle a enregistré les mouvements du personnage dans le jeu et les a étudiés au ralenti, complétant cette recherche par un entraînement au taekwondo, au muay thaï et au wushu. Ce qui importe ici, c’est autant l’observation que l’effort physique : incarner un personnage, c’est comprendre les transitions entre les poses, et pas seulement parvenir à l’image juste. À ses côtés, Cody Rhodes adopte le jeu exagéré de Guile, tandis que Jason Momoa confère à Blanka tout le charme d’un choix de casting hors du commun. L’exubérance de la distribution est un atout, même lorsque le film ne parvient pas à donner suffisamment de place à chaque personnalité.
Les flashbacks animés constituent un autre choix judicieux, apportant une dimension visuelle plus intense aux expériences formatrices des personnages. Leur intensité évoque un passé dont on se souvient à travers le traumatisme et la légende, formant un contrepoint intrigant aux fréquentes pitreries des scènes en prises de vues réelles. La transition peut paraître brusque, mais ce contraste donne de la texture au film. L’utilisation récurrente du titre What’s Up ? des 4 Non Blondes divise davantage. Dans son interview pour Nerdtropolis, Kitao Sakurai a expliqué que le rôle de la chanson avait pris de l’importance à mesure que les cinéastes remontaient le fil de l’histoire à partir d’un dénouement émotionnel ultérieur. Cette origine permet de comprendre pourquoi elle est bien plus qu’un simple élément de décor d’époque : elle devient une référence commune grâce à laquelle deux hommes, peu à l’aise avec leurs émotions, peuvent renouer le contact. La répétition de la chanson peut parfois lasser, mais il y a un manque de gêne plutôt séduisant à voir un film d’action aussi démesuré accorder de l’importance à un moment de chant collectif.
Ces réserves sont suffisamment importantes pour être prises en compte. David Dastmalchian est un choix intrigant pour incarner M. Bison, mais le personnage manque de cette menace constante nécessaire pour orchestrer le chaos qui l’entoure. Un méchant extravagant peut être à la fois drôle et dangereux ; ici, la balance penche trop souvent du côté de l’excentricité au détriment de la menace. La narration surchargée réduit également certaines rencontres à l’essentiel et présuppose une connaissance de l’univers que les nouveaux venus ne possèdent peut-être pas. Le plus frustrant, c’est que certaines blagues viennent interrompre des émotions que le film commence à peine à susciter. Un peu plus de patience envers ses personnages, et un peu moins d’anxiété à vouloir rendre chaque instant amusant, auraient renforcé l’ensemble. Ces faiblesses empêchent le tournoi de développer la tension dramatique que son postulat laisse entrevoir, même si certaines séquences individuelles parviennent à susciter l’enthousiasme.
Pourtant, Street Fighter a retenu toute notre attention grâce à la force de ses attraits. Son charme s’exprime dans les détails visuels, dans le choc entre des personnalités incompatibles et dans la volonté de laisser un univers haut en couleur occuper l’écran sans chercher à se justifier. Kitao Sakurai ne résout pas toutes les tensions entre comédie, spectacle et implication émotionnelle, mais les frictions qui en résultent sont souvent fructueuses : le film a du caractère, et ses excès font partie intégrante de celui-ci. La plus grande réussite réside dans le retour à un plaisir simple, trop facilement perdu dans le cinéma de franchise : l’anticipation de voir ce qui se passe lorsque deux combattants manifestement différents se retrouvent sur le même ring. La narration pourrait être plus affûtée et le méchant plus redoutable. L’enthousiasme, cependant, est soutenu par une réelle force.
Street Fighter
Réalisé par Kitao Sakurai
Écrit par T. J. Fixman et Kitao Sakurai
Scénario de Dalan Musson et Gary Dauberman
D'après Street Fighter de Capcom
Produit par Mary Parent, Cale Boyter, Jason Momoa, Takayuki Nakayama et Stefan Makhoul
Avec Noah Centineo, Andrew Koji, Callina Liang, Joe Roman Reigns Anoa'I, David Dastmalchian, Cody Rhodes, Eric André, Andrew Schulz, Vidyut Jammwal, Curtis 50 Cent Jackson, Jason Momoa
Direction de la photographie : Ken Seng
Montage : Luke Lynch
Musique de Leo Birenberg et Zach Robinson
Sociétés de production : Legendary Pictures, Capcom,
Distribué par Paramount Pictures
Date de sortie : 14 octobre 2026 (France), 16 octobre 2026 (États-Unis)
Durée : 120 minutes
Vu le 12 octobre 2026 à l’UGC Ciné-cité Bercy