
| Titre original: | 火遮眼 |
| Réalisateur: | Kenji Tanigaki |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 113 minutes |
| Date: | 10 juin 2026 |
| Note: |
Il y a les films d’action, il y a les films d’arts martiaux, et puis il y a ces rares occasions où un film sort et redéfinit complètement ce que le public attend du cinéma d’action. The Furious, de Kenji Tanigaki, s’inscrit résolument dans cette dernière catégorie. Construit autour d’un postulat d’une simplicité trompeuse (un père à la recherche de sa fille kidnappée), il évolue rapidement vers quelque chose de bien plus remarquable : une célébration implacable, presque lyrique, du mouvement, de la douleur, de l’endurance et du pur savoir-faire cinématographique. Si l’histoire elle-même s’inscrit dans le registre familier du thriller de vengeance, la mise en scène transforme ce qui aurait pu être une mission de sauvetage classique en l’une des expériences d’action les plus exaltantes de ces dernières années. Dès les premières minutes, le film instaure un sentiment d’urgence et de désespoir émotionnel qui ne lâche jamais vraiment prise, entraînant les spectateurs dans près de deux heures de violence croissante, de chorégraphies à couper le souffle et de détermination émotionnelle.
Au cœur de l’histoire se trouve Wang Wei, interprété par Xie Miao, un homme à tout faire muet dont la fille Rainy, incarnée par Yang Enyou, est enlevée par une organisation impitoyable de trafic d’enfants opérant quelque part en Asie du Sud-Est. Lorsque les autorités se révèlent inefficaces et que la corruption semble omniprésente dans le système, Wang Wei se lance dans une quête désespérée qui finit par le mettre en contact avec Navin, interprété par Joe Taslim, un homme à la recherche de réponses concernant la disparition de sa femme journaliste, incarnée par JeeJa Yanin. Le scénario peut sembler familier, faisant écho à des classiques tels que Taken ou à d’innombrables drames de vengeance hongkongais, mais The Furious comprend quelque chose que de nombreux films d’action modernes ont oublié : la simplicité n’est pas une faiblesse lorsque tous les autres éléments fonctionnent à un niveau extraordinaire. Les motivations émotionnelles sont limpides, permettant au public de se concentrer entièrement sur le cauchemar croissant auquel font face les protagonistes sans jamais perdre de vue les enjeux humains qui alimentent chaque coup de poing, chaque coup de pied et chaque os brisé.
Ce qui distingue véritablement The Furious de la grande majorité du cinéma d’action contemporain, c’est sa compréhension que l’action elle-même peut être une forme de narration. Aux côtés du légendaire réalisateur de films d’action Kensuke Sonomura, Kenji Tanigaki conçoit des séquences qui ne se contentent pas d’interrompre le récit : elles sont le récit. Les personnages se révèlent à travers le combat. Les relations évoluent à travers la violence. Les personnalités s’affrontent à travers les styles de combat. Les mouvements ancrés, fluides, presque bestiaux de Wang Wei en disent plus long sur sa résilience et sa détermination que ne le pourraient des pages de dialogue, tandis que l’approche plus directe et explosive de Navin reflète sa propre personnalité et son état émotionnel. Voir les deux hommes apprendre progressivement à se battre côte à côte devient une forme fascinante de développement des personnages, communiquée presque entièrement par le mouvement et la chorégraphie plutôt que par l’explication. C’est de la narration visuelle dans sa forme la plus pure.
La chorégraphie elle-même frôle le miraculeux. Chaque fois que le public croit que le film a atteint son apogée, une nouvelle séquence vient prouver le contraire. Un combat dans un octogone face à des vagues d’attaquants, une confrontation brutale à l’intérieur d’installations industrielles, des batailles époustouflantes dans des couloirs, des combats improvisés à l’aide de tout ce qui se trouve à portée de main, des échelles aux vélos, et une série de confrontations de plus en plus extravagantes mènent toutes vers un final qui ressemble moins à une séquence d’action qu’à une symphonie de destruction. Contrairement à de nombreuses productions modernes qui s’appuient sur un montage frénétique pour créer une intensité artificielle, The Furious mise sur la clarté. De longs plans, des mouvements de caméra soigneusement composés et une perception spatiale exceptionnelle permettent aux spectateurs d’apprécier chaque mouvement, chaque contre-attaque et chaque tentative désespérée de survie. Le directeur de la photographie Meteor Cheung mérite d’être salué pour avoir veillé à ce que même les séquences les plus chaotiques restent visuellement cohérentes tout en conservant un incroyable élan.
Le casting réuni ici ressemble à une équipe de stars du cinéma d’arts martiaux international. Joe Taslim offre exactement le genre de performance physique charismatique que le public attend de lui depuis The Raid et The Night Comes for Us, tandis que Xie Miao prouve une fois de plus pourquoi il mérite d’être reconnu comme l’une des stars d’action les plus fascinantes du moment. Leur alchimie devient la colonne vertébrale émotionnelle du film. Parallèlement, les seconds rôles rehaussent chaque scène dans laquelle ils apparaissent. Yayan Ruhian est, comme on pouvait s’y attendre, magnétique dans le rôle d’un homme de main redoutable dont l’utilisation d’armes non conventionnelles crée certains des moments les plus mémorables du film, tandis que Brian Le vole presque la vedette tout au long du film grâce à sa simple présence physique, transformant ce qui aurait pu être un rôle de gros bras classique en quelque chose de véritablement inoubliable. Tout aussi impressionnant, Joey Iwanaga incarne un méchant d’une élégance trompeuse qui se révèle peu à peu comme l’un des adversaires les plus dangereux et fascinants du film.
Ce qui rend The Furious particulièrement inoubliable, c’est que sous toute cette brutalité se cache un véritable cœur. La relation entre Wang Wei et Rainy offre un ancrage émotionnel qui empêche le film de sombrer dans un spectacle vide de sens. Des moments de tendresse se cachent sous le carnage, rappelant que chaque combat est en fin de compte motivé par l’amour, le chagrin, la loyauté et la perte. Même lorsque le film s’aventure en territoire extravagant, il ne perd jamais son centre émotionnel. Cet équilibre entre sincérité et excès rappelle les plus belles traditions du cinéma d’action hongkongais classique, où le public pouvait applaudir des exploits impossibles tout en s’attachant profondément aux personnages qui les accomplissaient.
Il y a certes de légers défauts. Les dialogues semblent parfois plus fonctionnels que mémorables, certains personnages secondaires restent sous-développés, et la conspiration elle-même sert principalement de cadre pour faire passer les protagonistes d’une confrontation à l’autre. Certains aspects de cette production internationale créent parfois des moments de maladresse linguistique, et les spectateurs en quête d’une intrigue complexe pourraient trouver le récit trop simple. Pourtant, critiquer The Furious pour ces éléments semble quelque peu hors de propos. C’est un film qui sait exactement ce qu’il veut être et qui met en œuvre cette vision avec une confiance extraordinaire. Il n’aspire pas à devenir un thriller politique ou une étude de personnages complexe. Il veut être l’un des plus grands films d’action de son époque et, fait remarquable, il y parvient.
À une époque où tant de films d’action semblent de plus en plus dépendants des effets numériques, des spectacles artificiels et d’un chaos surmonté par le montage, The Furious arrive comme un rappel palpitant de ce qu’il est possible de réaliser grâce à des cascades réelles, des performances physiques et une chorégraphie créative. Kenji Tanigaki et Kensuke Sonomura ont livré un film qui ressemble à la fois à une lettre d’amour à l’âge d’or du cinéma d’action hongkongais et à une déclaration audacieuse sur son avenir. Il est brutal, inventif, émouvant, parfois absurde et toujours étonnant. Plus important encore, il laisse au public le sentiment rare d’avoir assisté à quelque chose de véritablement spécial. The Furious n’est pas seulement l’un des meilleurs films d’action de 2026 c’est l’une des plus impressionnantes démonstrations d’arts martiaux de la dernière décennie et une future référence à laquelle de nombreux films d’action seront inévitablement comparés.
The Furious (火遮眼)
Réalisé par Kenji Tanigaki
Scénario : Mak Tin-shu, Lei Zhilong, Shum Kwan-sin, Frank Hui
Produit par Bill Kong, Frank Hui, Shan Tam
Avec Xie Miao, Joe Taslim, Yang Enyou, Jeeja Yanin, Brian Le, Joey Iwanaga, Yayan Ruhian
Directeur de la photographie : Meteor Cheung
Montage : Chris Tonick
Musique d'Elliot Leung, Olivia Xiaolin, Flying Lotus
Sociétés de production : Edko Films, Zhejiang Hengdian Film, XYZ Films
Distribué par Edko Films (Hong Kong), Lionsgate Films (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
Dates de sortie : 6 septembre 2025 (TIFF), 10 juin 2026 (France), 12 juin 2026 (Etats-Unis)
Durée : 113 minutes
Vu le 10 juin 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 7 place A19
Note de Mulder: