
| Titre original: | Hokum |
| Réalisateur: | Damian McCarthy |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 107 minutes |
| Date: | 29 avril 2026 |
| Note: |
Avec Hokum, Damian McCarthy confirme qu’il n’est plus seulement l’une des nouvelles voix les plus prometteuses de l’horreur contemporaine, mais aussi l’un de ses artisans les plus précis, un cinéaste capable de transformer un couloir d’hôtel grinçant, un monte-plats, une cloche, un chérubin sculpté ou une tache d’obscurité en instruments de pure angoisse. Après Caveat et surtout Oddity, les attentes étaient naturellement élevées, et ce nouveau long métrage apparaît à la fois comme un prolongement de ses obsessions précédentes et comme un cauchemar de maison hantée plus accessible, qui reprend les mécanismes traditionnels des histoires de fantômes sans jamais paraître désuet. Le titre lui-même est merveilleusement malicieux : Hokum suggère le non-sens, la supercherie théâtrale, une histoire à dormir debout racontée pour effrayer les enfants autour d’un feu, et pourtant le film passe près de deux heures à prouver que le folklore, le chagrin et la culpabilité peuvent devenir terrifiant de réalisme quand on refuse d’y croire. Se déroulant en grande partie dans l’hôtel isolé Bilberry Woods, en Irlande rurale, le film comprend que l’horreur fonctionne mieux lorsqu’un lieu ressemble moins à un décor qu’à un personnage, et ici, chaque objet semble avoir attendu des années pour faire partie d’une malédiction.
Le comédien Adam Scott incarne Ohm Bauman, un romancier américain à succès dont la renommée n’a en rien adouci le caractère. Celui-ci arrive en Irlande avec les cendres de ses parents, dans l’espoir de les disperser près de l’hôtel où ils ont passé leur lune de miel, mais traînant également derrière lui le poids d’une vie inachevée, d’un roman inachevé et d’un traumatisme familial non résolu qui a empoisonné son imagination. Son œuvre littéraire, une trilogie Conquistador sombre dont les dernières pages imaginent la cruauté dans un désert brûlé par le soleil, reflète son propre effondrement intérieur : Ohm Bauman est un homme qui ne peut imaginer les fins que comme des punitions. Ce qui rend le rôle si fascinant, c’est qu’Adam Scott refuse d’en faire un personnage conventionnellement sympathique. Ce n’est pas l’énergie charmante du triste sire que l’on connaît de certaines de ses œuvres comiques, ni la dualité blessée de Severance ; ici, il est abrasif, sarcastique, dédaigneux, parfois carrément cruel, surtout envers le jeune groom enthousiaste Alby, joué par Will O’Connell, qui commet l’erreur d’approcher son idole littéraire avec admiration. La performance fonctionne précisément parce qu’Adam Scott comprend que la peur devient plus intéressante lorsqu’elle touche quelqu’un qui, d’une certaine manière, pourrait croire qu’il la mérite.
Le Bilberry Woods Hotel est présenté comme un lieu où la légende locale et la décadence administrative ont fusionné en un seul organisme malsain. Peter Coonan apporte une politesse insaisissable à Mal, le réceptionniste dont la courtoisie de surface ne parvient jamais tout à fait à apaiser le malaise qui l’entoure, tandis que Brendan Conroy donne au propriétaire, M. Cobb, l’air d’un homme qui a raconté des histoires terrifiantes tant de fois qu’il n’a plus besoin de les embellir. La suite nuptiale interdite de l’hôtel, scellée et accessible uniquement par un ascenseur verrouillé, abriterait une sorcière emprisonnée depuis des siècles, une légende qu’Ohm Bauman rejette immédiatement comme une superstition. Pourtant, Damian McCarthy est trop intelligent pour se contenter de présenter cette légende comme une simple exposition. Il la laisse imprégner les lieux : dans les lanternes de navets, les sculptures de sorcières, le vieux bois, le papier peint défraîchi, les traditions mortes et les avertissements murmurés. Le décor a la texture d’un lieu qui sent le moisi, la poussière et l’alcool vieilli, et le travail du chef décorateur Til Frohlich, de la décoratrice Ciara McKenna, du directeur de la photographie Colm Hogan et du monteur Brian Philip Davis confère à l’hôtel une malveillance presque artisanale. Rien ne semble aléatoire, même lorsque le récit lui-même commence à s’étaler.
Le pivot émotionnel du film est Fiona, incarnée par Florence Ordesh, une barmaid dont la gentillesse envers Ohm Bauman vient brièvement percer son armure. Elle n’est pas présentée comme une simple innocente, mais comme quelqu’un qui perçoit la misère derrière son arrogance et défie la morosité de son imagination. Lorsqu’elle disparaît après les festivités d’Halloween, Ohm Bauman se retrouve entraîné à nouveau dans les secrets de l’hôtel, non pas parce qu’il est soudainement devenu noble, mais parce que la culpabilité, la curiosité et une rare dette de gratitude commencent à peser sur lui comme une malédiction. David Wilmot est formidable dans le rôle de Jerry, l’homme sauvage des bois, un marginal excentrique vivant parmi les chèvres, les champignons et les rumeurs locales, dont l’absurdité confère au film une de ses textures comiques les plus étranges. Ses concoctions à base de lait de chèvre et de champignons auraient facilement pu faire basculer le film dans la parodie, mais Damian McCarthy utilise ces détails pour renforcer le sentiment que la réalité elle-même est devenue poreuse. Le film est souvent drôle, mais jamais d’une manière qui soulage la tension pour longtemps ; chaque rire semble laisser derrière lui un écho plus froid.
C’est dans sa longue descente vers la suite nuptiale que Hokum devient véritablement captivant, un espace qui ressemble à la réponse de Damian McCarthy aux chambres maudites du cinéma d’horreur classique, de The Shining à 1408, mais filtrée à travers l’horreur folklorique irlandaise et l’obsession du réalisateur pour les accessoires sinistres et les objets étranges. La pièce est un chef-d’œuvre de malaise maîtrisé : un lit en ruine, un jacuzzi crasseux, des cloches, des poupées, des chérubins, de vieux mécanismes, un monte-plats menant vers le bas dans l’obscurité, et des recoins où le regard ne cesse de chercher le moindre mouvement. La photographie de Colm Hogan mérite de véritables éloges, car l’obscurité n’est jamais paresseuse ni indéchiffrable ; elle est façonnée, texturée et vivante, permettant au public de redouter ce qui pourrait se trouver juste hors de portée de la lanterne. La bande originale de Joseph Bishara, pleine de gémissements, d’une inquiétude chorale et d’une pression spectrale, renforce la sensation que le bâtiment respire autour d’Ohm Bauman. Les sursauts sont fréquents, mais les meilleurs d’entre eux sont obtenus grâce à la composition et à la patience plutôt qu’à un volume sonore bon marché. Damian McCarthy connaît la différence entre surprendre un public et le piéger dans l’attente jusqu’à ce qu’il en vienne presque à supplier que le choc arrive.
La plus grande force du film est aussi la source de sa principale faiblesse. Hokum regorge d’idées : un hôtel hanté, une sorcière, un traumatisme familial, une femme disparue, la fin bloquée d’un écrivain, un possible suicide, le folklore local, des souvenirs d’enfance déformés, l’imagerie du lapin, des apparitions fantomatiques, la méchanceté humaine et une confrontation symbolique avec la culpabilité. Par moments, le film risque de devenir surchargé, comme si Damian McCarthy avait construit un cabinet des horreurs si riche qu’il ne pouvait s’empêcher d’ouvrir chaque tiroir. Certains mystères restent délibérément non résolus, et bien que cette ambiguïté convienne à l’atmosphère de conte de fées, quelques fils narratifs semblent moins suggestifs que sous-développés. Les visions télévisuelles bizarres, l’imagerie de l’homme-lapin et certaines motivations humaines ne ressortent pas toujours avec la même clarté que l’arc émotionnel central. Pourtant, même lorsque l’intrigue devient désordonnée, l’atmosphère reste si forte, et la réalisation si assurée, que l’excès fait partie du charme étrange du film. Ce n’est pas un film d’horreur épuré et minimaliste ; c’est un objet hanté débordant d’éclats, de poussière et de secrets.
Ce qui élève Hokum au-delà d’un simple exercice sur le thème de l’hôtel hanté, c’est sa conception de la narration elle-même comme à la fois malédiction et salut possible. Ohm Bauman écrit des fins sombres parce qu’il ne peut imaginer le pardon, et l’hôtel devient la manifestation physique de cet échec. Le surnaturel peut être réel, métaphorique, hallucinatoire ou une combinaison instable des trois, mais le film ne réduit pas les fantômes à un traumatisme au sens à la mode du terme. Au contraire, Damian McCarthy permet aux fantômes d’être à la fois des fantômes et des symboles, ce qui est bien plus satisfaisant. La sorcière n’est pas simplement une allégorie, l’hôtel n’est pas seulement un état d’esprit, et l’épreuve d’Ohm Bauman n’est pas juste une thérapie ponctuée de sursauts. Le film croit au folklore comme forme de vérité, aux histoires comme avertissements, et à l’horreur comme architecture morale où le passé ne disparaît pas simplement parce qu’un sceptique refuse de le regarder.
Hokum n’est peut-être pas aussi parfaitement ciblé que Oddity, et sa dernière partie croule parfois sous le poids de sa propre mythologie, mais il est aussi plus étrange, plus drôle et plus ambitieux sur le plan émotionnel. Adam Scott livre l’une de ses meilleures performances, transformant un homme désagréable en un réceptacle fascinant de peur et de regrets, tandis que Damian McCarthy prouve une fois de plus qu’il possède un don rare pour rendre les éléments familiers de l’horreur à nouveau dangereux. C’est un film de portes qui grincent, de souvenirs amers, de folklore sinistre et d’ombres savamment orchestrées, une histoire de fantômes qui met le spectateur au défi de la rejeter comme une absurdité avant de l’entraîner dans l’obscurité et de le forcer à écouter. Malgré toutes ses imperfections, Hokum est une expérience inoubliable, riche, troublante et souvent véritablement effrayante, qui confirme Damian McCarthy comme un cinéaste d’horreur majeur doté d’une voix qui lui est propre.
Hokum
Written and directed by Damian McCarthy
Produced by Roy Lee, Steven Schneider, Derek Dauchy, Ruth Treacy, Julianne Forde, Mairtín de Barra
Starring Adam Scott, Peter Coonan, David Wilmot, Florence Ordesh, Michael Patric, Will O'Connell, Brendan Conroy, Austin Amelio
Cinematography : Colm Hogan
Edited by Brian Philip Davis
Music by Joseph Bishara
Production companies : Image Nation Abu Dhabi, Team Thrives, Spooky Pictures, Tailored Films, Cweature Features
Distributed by : Neon (United States), The jokers (France)
Release dates : March 14, 2026 (SXSW), April 29, 2026 (France), May 1, 2026 (United States)
Running time : 107 minutes
Vu le 8 mai 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 8 place A19
Note de Mulder: