
| Titre original: | Pour Le Plaisir |
| Réalisateur: | Reem Kherici |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 89 minutes |
| Date: | 06 mai 2026 |
| Note: |
Avec Pour le plaisir, la réalisatrice et co-scénariste Reem Kherici tente quelque chose de relativement rare dans la comédie populaire française : parler frontalement du plaisir féminin sans tomber ni dans la vulgarité facile, ni dans le militantisme démonstratif. Inspiré librement de l’histoire vraie de Michael Lenke et Brigitte Lenke, les créateurs du célèbre Womanizer, le film transforme cette success-story allemande en chronique conjugale française centrée sur un couple marié depuis vingt ans qui découvre soudainement un secret intime capable de bouleverser tout son équilibre. Sur le papier, le projet avait de quoi intriguer, notamment parce qu’il abordait un sujet encore étonnamment peu traité dans le cinéma grand public hexagonal : l’orgasme féminin au sein d’un couple stable et amoureux. Et il faut reconnaître à Reem Kherici une certaine audace dans sa volonté d’aborder ce thème avec douceur, humour et pudeur, là où beaucoup auraient choisi soit la provocation lourde, soit le drame psychologique pesant.
Le véritable moteur du film repose évidemment sur le duo formé par Alexandra Lamy et François Cluzet, deux figures extrêmement populaires du cinéma français qui jouent ici sur des terrains familiers. Alexandra Lamy apporte cette spontanéité lumineuse qu’on lui connaît depuis des années, avec une capacité sincère à rendre son personnage immédiatement attachant, tandis que François Cluzet incarne un homme blessé dans son ego mais jamais caricaturalement macho. Le film fonctionne d’ailleurs davantage lorsqu’il se concentre sur cette idée assez touchante d’un homme qui, après avoir encaissé le choc de découvrir qu’il n’a jamais donné d’orgasme à sa femme, décide sincèrement de comprendre et d’aider plutôt que de fuir ou de se vexer durablement. Il y a là quelque chose d’assez tendre et même presque old school dans cette manière de représenter un couple quinquagénaire qui continue de communiquer, d’expérimenter et d’essayer de sauver sa complicité. On sent que Reem Kherici voulait avant tout raconter une histoire d’amour avant de raconter une révolution sexuelle, et c’est probablement ce qui évite au film de sombrer dans la comédie graveleuse.
Là où Pour le plaisir devient plus fragile, c’est dans sa mise en scène et surtout dans son écriture. Malgré un sujet potentiellement explosif, le film reste constamment dans une zone de confort extrêmement balisée. Beaucoup de situations semblent écrites pour arracher un sourire poli plutôt qu’un véritable éclat de rire, avec une succession de gags autour des prototypes de sextoys, des malentendus familiaux ou des discussions embarrassantes qui rappellent davantage certaines productions télévisées du dimanche soir que le rythme d’une véritable comédie de cinéma. Cette impression est renforcée par une image très lisse, extrêmement lumineuse, presque aseptisée, qui retire parfois toute dimension organique ou charnelle à un récit pourtant centré sur le désir et le plaisir. On comprend l’intention de conserver de la pudeur, surtout venant d’une réalisatrice qui a expliqué avoir grandi dans un environnement conservateur, mais cette retenue finit parfois par neutraliser émotionnellement le film au lieu de lui donner de l’élégance.
Et pourtant, malgré ses limites évidentes, Pour le plaisir possède aussi quelque chose d’assez sympathique dans sa volonté de normaliser certaines conversations encore taboues. Il y a plusieurs scènes où le film touche quelque chose de juste, notamment lorsqu’il évoque le silence qui peut exister dans certains couples pendant des décennies autour du plaisir féminin, ou encore cette manière qu’ont certaines femmes de faire semblant pour protéger l’ego de leur partenaire. Sans devenir un film pédagogique, le long-métrage glisse discrètement des réflexions intéressantes sur l’éducation sexuelle, sur l’écoute dans le couple ou encore sur la méconnaissance historique du corps féminin. Une scène évoquant le fait que le clitoris ait longtemps été absent des représentations anatomiques marque d’ailleurs plus durablement que certains gags pourtant censés être les moments forts comiques du film. C’est là que l’on sent le potentiel d’un sujet qui aurait peut-être gagné à être traité avec encore davantage de finesse ou d’ambition dramatique.
Ce qui sauve souvent le film de l’ennui, c’est l’énergie sincère des acteurs. Même lorsque certaines répliques semblent trop écrites ou artificiellement légères, Alexandra Lamy et François Cluzet donnent l’impression de croire profondément à leur relation. Leur complicité fonctionne surtout dans les scènes plus calmes, loin du dispositif comique. On sent presque deux acteurs qui tentent d’apporter de la vérité émotionnelle à une mécanique de comédie parfois trop fabriquée. Plusieurs spectateurs ayant découvert le film lors des avant-premières ont d’ailleurs souligné ce mélange assez rare entre humour accessible et sujet intime, et il est vrai que le film réussit au moins à ouvrir une discussion. Dans une époque où beaucoup de comédies françaises cherchent avant tout à provoquer ou à empiler les punchlines, Pour le plaisir essaie plutôt de désamorcer la gêne avec bienveillance. C’est sans doute sa plus grande qualité.
Il reste néanmoins difficile d’ignorer que le film manque cruellement de singularité visuelle et narrative. À plusieurs reprises, on a la sensation de voir un sujet audacieux constamment ramené vers une forme extrêmement consensuelle. Les personnages secondaires sont souvent réduits à des archétypes, certains dialogues manquent de naturel, et la mise en scène ne trouve jamais réellement de souffle cinématographique capable de transcender cette histoire pourtant inspirée d’une véritable révolution industrielle et sociétale autour du plaisir féminin. On imagine facilement qu’un réalisateur ou une réalisatrice plus incisive aurait pu tirer de cette matière soit une satire mordante sur les rapports hommes-femmes, soit une chronique conjugale beaucoup plus émotionnelle. Reem Kherici choisit au contraire la voie du confort et de l’accessibilité maximale, ce qui rend le film agréable par moments mais rarement mémorable.
Ce qui demeure intéressant, finalement, c’est la réception même du film. Durant sa tournée d’avant-premières, de nombreux spectateurs ont évoqué le fait qu’ils n’avaient jamais vu une comédie française grand public aborder aussi directement le plaisir féminin avec autant de légèreté. Et c’est probablement là que réside la vraie importance de Pour le plaisir. Pas dans sa réussite artistique totale, qu’il n’atteint jamais vraiment, mais dans sa capacité à banaliser certaines discussions encore enfermées dans la gêne ou le silence. Le film ne révolutionne ni la comédie romantique française ni le cinéma sur la sexualité, mais il participe modestement à faire évoluer le regard populaire sur des sujets longtemps considérés comme inconfortables.
Pour le plaisir ressemble à son propre concept : une œuvre pleine de bonnes intentions, sincèrement désireuse de faire du bien, mais qui peine parfois à trouver le bon rythme et la bonne intensité pour provoquer un véritable choc émotionnel ou comique. Le film se regarde avec sympathie grâce à son duo principal et à son sujet rarement traité avec autant de douceur dans le cinéma français mainstream, mais il laisse aussi l’impression d’un potentiel seulement partiellement exploité. Une comédie attachante par instants, utile même parfois, mais trop sage pour devenir réellement marquante.
Pour le plaisir
Réalisé par Reem Kherici
Écrit par Reem Kherici, Gari Kikoïne, David Solal
Produit par Philippe Rousselet, Elsa Leeb, David Solal
Avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius, Reem Kherici, Delphine Baril, Camille Aumont Carnel, Kyan Khojandi, François-Xavier Demaison, Bowie Ricci
Directeur de la photographie : Dominique Fausset
Montage : Samuel Danesi
Musique : Laurent Aknin
Sociétés de production : Vendôme Films, Baxtory, Groupe TF1
Distribué par Studio TF1 (France)
Dates de sortie : 6 mai 2026 (France)
Durée : 89 minutes
Vu le 08 mai 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 14 place A19
Note de Mulder: