
| Titre original: | Fuze |
| Réalisateur: | David Mackenzie |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 96 minutes |
| Date: | 06 mai 2026 |
| Note: |
The criminals (Fuze) réalisé par David Mackenzie, est le genre de thriller sobre et musclé qui semble taillé sur mesure pour un public qui regrette encore ces films d’action à budget moyen autrefois conçus pour les salles de cinéma plutôt que pour les algorithmes. Son postulat fonctionne d’emblée : une bombe non explosée de la Seconde Guerre mondiale est découverte sous un chantier londonien, provoquant une évacuation massive et nécessitant l’intervention du major Will Tranter, incarné par Aaron Taylor-Johnson, pour évaluer et neutraliser la menace. Dans le même temps, la commissaire principale Zuzana, incarnée par Gugu Mbatha-Raw, gère l’intervention policière depuis une salle de contrôle high-tech, tandis qu’un gang de criminels mené par Karalis, incarné par Theo James, et X, incarné par Sam Worthington, profite des rues désertes et du cordon de sécurité pour mener un braquage de banque soigneusement planifié. C’est une idée délicieusement simple sur le papier, presque old school dans sa franchise, et ce qu’il y a de mieux dans The criminals (Fuze), c’est la façon dont il saisit avec assurance le plaisir de voir des professionnels sous pression, qu’ils tentent de sauver des vies, de voler des diamants ou de survivre aux conséquences d’un plan qui était peut-être voué à l’échec dès le départ.
Le début du film est sans conteste sa partie la plus forte, car le réalisateur David Mackenzie sait transformer la procédure en suspense. La bombe n’est pas simplement un élément de l’intrigue ; elle devient une présence physique, presque mythique, un vestige enfoui de l’histoire menaçant de déchirer le Londres moderne. Il y a quelque chose de discrètement fascinant dans le contraste entre l’efficacité bureaucratique de l’évacuation, la précision militaire de l’unité de déminage et l’opportunisme criminel qui se déroule sous terre. Aaron Taylor-Johnson confère au major Will Tranter une intensité crispée et concentrée, suggérant un homme qui a passé trop de temps face au danger pour gaspiller des mots à s’expliquer. Son immobilité contraste bien avec le mouvement constant du film, et même lorsque le scénario ne fait qu’évoquer son traumatisme ou son passé, Aaron Taylor-Johnson parvient à suggérer plus que ce que le dialogue lui donne. Le film s’intéresse moins à la confession qu’à l’action, moins à la psychologie qu’à la fonction, ce qui fait qu’il apparaît moins comme un personnage pleinement développé que comme un outil dangereux utilisé dans les conditions exactes pour lesquelles il a été conçu.
C’est là que The criminals (Fuze) devient plus ludique : dans sa manière de refuser de rester un simple thriller de désamorçage de bombe. Le scénario de Ben Hopkins ne cesse de changer de forme, passant d’une urgence civique à un film de braquage, d’un film de braquage à un thriller de trahison, pour finalement se diriger vers quelque chose qui s’apparente davantage à une énigme morale sur la loyauté, la confiance et la question de savoir qui peut être considéré comme un héros lorsque tout le monde a du sang sur les mains. Cette transformation constante est à la fois le point fort et la faiblesse du film. D'un côté, le récit permet rarement au spectateur de s'installer suffisamment à l'aise pour anticiper chaque rebondissement ; de l'autre, le film passe parfois si rapidement d'un rebondissement à l'autre que l'impact émotionnel de ces revirements s'en trouve réduit. Il est divertissant d'être pris au dépourvu, mais c'est plus satisfaisant lorsque les personnes au cœur de la machine comptent autant que la machine elle-même. Ici, l’intrigue est souvent plus pointue que la caractérisation des personnages, et on a parfois l’impression que le réalisateur David Mackenzie et le scénariste Ben Hopkins sont plus enthousiasmés par l’architecture de l’arnaque que par son coût humain.
Le casting contribue grandement à maintenir l’intérêt du film, même lorsque les personnages restent sommairement esquissés. Gugu Mbatha-Raw apporte intelligence et autorité au personnage de la commissaire principale Zuzana, bien que le rôle la confine trop souvent à des plans sur des écrans, des ordres et des plans de réaction, alors que le film aurait gagné à lui donner davantage d’initiative dans le chaos qui se déroule. Theo James est l’un des atouts les plus vivants du film dans le rôle de Karalis, apportant une énergie insaisissable et légèrement arrogante à un criminel qui semble constamment recalculer les chances en sa faveur. Sam Worthington, dans le rôle de X, est plus discret et quelque peu sous-exploité, mais sa présence physique austère confère au volet criminel de l’histoire une force brute qui contraste agréablement avec l’opportunisme plus affûté de Theo James. Elham Ehsas joue également un rôle important en tant que Rahim, dont le déplacement de la famille pendant l’évacuation apporte au film l’un de ses fils conducteurs les plus ancrés dans la réalité, même si le scénario attend peut-être trop longtemps avant de révéler pleinement comment il s’inscrit dans le plan d’ensemble.
Ce qui rend The criminals (Fuze) agréable, c’est son savoir-faire. Le réalisteur David Mackenzie a toujours été un réalisateur de surfaces fortes et d’environnements tendus, que ce soit dans Starred Up, Hell or High Water ou Relay, et ici, il prouve une nouvelle fois qu’il sait créer une pression à travers la géographie, le montage et les comportements. Le film alterne entre le lieu de l’explosion, le centre de commandement de la police et l’opération bancaire avec une vivacité qui fait avancer l’histoire même lorsque la crédibilité commence à s’étirer. La photographie de Giles Nuttgens confère à Londres une netteté lumineuse et réaliste plutôt qu’un glamour noir, ce qui rend le danger étrangement visible plutôt que caché. La bande originale de Tony Doogan est plus inégale, s’appuyant parfois trop sur des pulsations électroniques génériques, mais lorsque l’action s’intensifie, la conception sonore et le rythme créent bel et bien l’impression que plusieurs horloges tournent en même temps. Il y a des moments où une perceuse, un tiroir-fort, un feu de signalisation ou le silence autour de la bombe véhiculent plus de tension que n’importe quelle réplique ne pourrait le faire.
Le problème, c’est que The criminals (Fuze) est presque trop efficace pour son propre bien. D’une durée d’environ quatre-vingt-dix minutes, le film avance avec une urgence admirable, mais on a aussi l’impression que quinze ou vingt minutes supplémentaires auraient pu approfondir les enjeux. Le traumatisme possible du major Will Tranter, l’autorité de la commissaire Zuzana sous la pression institutionnelle, les motivations de Karalis, la loyauté de X et l’histoire familiale de Rahim contiennent tous suffisamment de matière pour un drame plus riche. Au lieu de cela, le film préfère garder les révélations clés pour des revirements structurels tardifs, y compris un final qui recadre les événements antérieurs mais risque aussi de paraître rajouté. La coda est censée faire l’effet d’une détonation finale, le moment où le public réalise ce dont le film a vraiment traité, mais elle expose aussi le peu de travail émotionnel qui a été effectué en amont. Le rebondissement est peut-être astucieux, mais l’astuce n’est pas toujours synonyme de catharsis.
Il n’en reste pas moins un réel plaisir à voir exister un film comme The criminals (Fuze) : compact, assuré, sans prétention, et convaincu que le cinéma de genre n’a pas à s’excuser de vouloir divertir. Il n’atteint peut-être pas la profondeur émotionnelle ou thématique de Hell or High Water, où David Mackenzie a fusionné crime, désespoir et critique sociale avec bien plus d’élégance, mais il possède suffisamment de son intelligence technique pour rester captivant. Le film est à son meilleur lorsqu’il embrasse ses instincts pulp : des hommes durs faisant de mauvais choix, des professionnels essayant de contrôler des situations incontrôlables, des loyautés qui craquent sous la pression, et une ville momentanément vidée de ses habitants afin que des histoires et des complots enfouis puissent remonter à la surface. Ce n’est pas un grand thriller, et ce n’est certainement pas l’œuvre majeure dont David Mackenzie s’est montré capable, mais c’est un exercice de genre incisif, regardable et parfois exaltant.
The criminals (Fuze) donne finalement l’impression d’être un film doté d’une mèche formidable, d’une étincelle puissante et d’une explosion légèrement inégale. Son premier acte promet quelque chose de vraiment spécial, sa partie centrale offre un enchevêtrement satisfaisant de complications, et sa fin intrigue et frustre à la fois en essayant d’ajouter a posteriori un poids émotionnel à une histoire qui a principalement traité ses personnages comme des pions sur un échiquier. Pourtant, en tant que divertissement policier professionnel et rythmé, il fonctionne la plupart du temps. Aaron Taylor-Johnson, Gugu Mbatha-Raw, Theo James, Sam Worthington et Elham Ehsas confèrent au film suffisamment de présence pour compenser certains de ses raccourcis narratifs, tandis que David Mackenzie maintient la tension à un niveau suffisant pour que le voyage en vaille la peine.
The criminals (Fuze)
Réalisé par David Mackenzie
Écrit par Ben Hopkins
Produit par Sébastien Raybaud, Callum Christopher Grant, David Mackenzie, Gillian Berrie
Avec Aaron Taylor-Johnson, Theo James, Gugu Mbatha-Raw, Sam Worthington
Directeur de la photographie : Giles Nuttgens
Montage : Matt Mayer
Musique de Tony Doogan
Sociétés de production : Anton, Sigma Films
Distribué par Saban Films, Roadside Attractions (États-Unis), SND (France)
Dates de sortie : 5 septembre 2025 (TIFF), 24 avril 2026 (États-Unis), 6 mai 2026 (France)
Durée : 96 minutes
Vu le 08 mai 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 7 place C19
Note de Mulder: