Le diable s’habille en Prada 2

Le diable s’habille en Prada 2
Titre original:The Devil Wears Prada 2
Réalisateur:David Frankel
Sortie:Cinéma
Durée:119 minutes
Date:28 avril 2026
Note:
Miranda, Andy, Emily et Nigel replongent dans l’univers impitoyable et glamour du magazine Runway et des rues new-yorkaises où l’élégance est une arme redoutable.

Critique de Mulder

Vingt ans après un premier volet qui s’est imposé dans la culture pop presque par hasard avant de devenir un classique intemporel, Le Diable s’habille en Prada 2 réussit quelque chose de plus rare que la nostalgie : il justifie sa propre existence. Plutôt que de se contenter de dépoussiérer paresseusement de vieilles répliques cultes et des silhouettes emblématiques, le réalisateur David Frankel et la scénariste Aline Brosh McKenna comprennent que le temps lui-même doit être le véritable sujet de cette suite. Le monde qui couronnait autrefois les magazines sur papier glacé comme arbitres du bon goût s’est fracturé en algorithmes, en indicateurs de vanité et en tendances éphémères. Ce changement confère à ce retour sur les podiums une véritable dimension dramatique. Ce qui était autrefois une comédie pétillante sur l’ambition devient aujourd’hui un portrait plus incisif de la pertinence, de l’héritage et de la survie dans des secteurs qui se réinventent chaque trimestre. Le résultat est un divertissement élégant, intelligent et mémorable qui se souvient pourquoi le public est tombé amoureux la première fois, tout en refusant de se contenter de l’imiter.

Au centre se tient Meryl Streep, une fois de plus parfaite dans le rôle de Miranda Priestly. Elle ne se contente pas de rejouer le rôle ; elle l’approfondit. Son personnage plus vrai que nature est toujours d’une précision terrifiante, toujours capable de glacer une pièce par une pause plutôt que par un cri, mais l’âge a introduit des fissures plus subtiles dans le marbre. Le film la place habilement au sommet du pouvoir alors que le sol se dérobe sous ses pieds, et Streep exploite cette contradiction à merveille. Un détail particulièrement révélateur est le fait que sa perruque originale aurait été retravaillée pour avoir moins de volume et une forme plus lisse, une métaphore visuelle d’une femme se débarrassant de sa douceur pour rester redoutable. C’est exactement le genre de psychologie du costume que ce film comprend. Miranda reste une tyranne du goût, mais elle est désormais confrontée à l’obsolescence, et Meryl Streep incarne cette guerre intérieure avec un contrôle magnifique.

Si Miranda incarne la mythologie, Anne Hathaway apporte l’intelligence émotionnelle et une fois de plus sa grâce naturelle envahit l’écran. Andy Sachs revient plus âgée, plus posée et n’est plus éblouie par la proximité du pouvoir. Anne Hathaway résiste intelligemment à la tentation de rendre Andy cynique ; au contraire, elle lui confère une confiance durement acquise. Le scénario reconnaît que l’âge adulte n’est pas simplement une question de succès et de temps, mais l’accumulation de compromis. La nouvelle orbite d’Andy autour de Miranda porte les traces d’une affaire inachevée, et Anne Hathaway excelle à incarner quelqu’un qui a mûri tout en restant vulnérable aux anciennes forces gravitationnelles. Son alchimie avec Meryl Streep reste exquise car elle repose moins sur la confrontation que sur la reconnaissance. Elles se comprennent désormais, peut-être plus que l’une ou l’autre ne voudrait l’admettre, et chaque scène entre elles vibre d’histoire.

L’arme secrète du film, cependant, pourrait bien être Emily Blunt. Promu d’assistante maltraitée à figure influente, le personnage d’Emily Charlton devient l’évolution la plus savoureuse de cette suite. Emily Blunt l’incarne avec le même sens de l’ironie acerbe qu’auparavant, mais son sarcasme cache désormais une stratégie. Elle connaît le fonctionnement des institutions, car elle en a survécu à une. Chaque fois qu’elle entre en scène, le film s’accélère, devient plus caustique et plus drôle. Stanley Tucci, quant à lui, se glisse à nouveau dans la peau de Nigel Kipling avec une grâce naturelle, apportant au film chaleur et esprit sans jamais tomber dans le sentimentalisme. Sa présence nous rappelle que le style, dans cet univers, n’a jamais été uniquement une question de vêtements ; il s’agissait aussi de discernement, de loyauté et de famille choisie. Le quatuor de retour donne moins l’impression d’un gadget de retrouvailles que d’artistes reprenant des conversations inachevées.

Ce qui élève véritablement cette suite, c’est sa satire actualisée de la culture médiatique. En 2006, le prestige passait par les couvertures de magazines et le contrôle éditorial. En 2026, l’autorité est diffuse, performative et sans cesse monétisée. Le scénario exploite brillamment cette évolution, en montrant comment les industries modernes prônent la disruption tout en aspirant à une légitimité d’antan. Certains journalistes pourraient grimacer en se reconnaissant, et à juste titre : le film comprend les licenciements, les revirements de marque, le langage d’entreprise creux et l’étrange exigence selon laquelle chaque profession doit désormais se mettre en scène en ligne. Pourtant, il ne tombe jamais dans le discours moralisateur. Il enveloppe l’angoisse dans la haute couture et un rythme farfelu, ce qui est exactement la bonne méthode. L’original fustigeait le snobisme de la mode ; cette suite élargit la cible à toute une économie fondée sur l’apparence.

Visuellement, la production est somptueuse sans excès. La costumière Molly Rogers aborde la garde-robe non pas comme un défilé de marques, mais comme une architecture des personnages. L’esthétique mûrie d’Andy,  
vestimentaire féminine, les uniformes disciplinés de Miranda, les silhouettes plus audacieuses d’Emily tout raconte une histoire. Les séquences à Milan sont particulièrement ravissantes au point qu’Anne Hathaway est venue simplement pour regarder Meryl Streep tourner à la Galleria, car elle considérait cela comme l’une des plus belles images de la production. Cette admiration transparaît à l’écran. Ces scènes ont de l’envergure, de l’élégance et l’assurance du Hollywood d’antan, sans jamais perdre de vue les personnes qui se cachent derrière les costumes. Même la bande originale, mêlant des références pop familières à des touches plus récentes, notamment une contribution et une apparition de Lady Gaga, donne au film un rythme qui semble contemporain plutôt que désespéré.

Ce qui est le plus surprenant, c’est la tendresse du film. Sous les piques et les tissus fabuleux se cache une histoire sur l’identité professionnelle à la quarantaine : qui êtes-vous lorsque ce qui vous définissait commence à disparaître ? Cette question touche Miranda, Andy, Nigel et Emily de différentes manières. Le scénario suggère à plusieurs reprises que la réinvention est glamour en théorie et brutale dans la pratique. Il comprend également que la compétence peut être séduisante, que les environnements de travail toxiques se font souvent passer pour des méritocraties, et que certaines relations survivent parce qu’elles sont trop compliquées pour être rompues proprement. Ces réflexions confèrent à la comédie une résonance inattendue.

Le Diable s'habille en Prada 2 n'est pas meilleur que l'original, et il n'a pas besoin de l'être. Il est plus sage, plus mature et plus incisif à certains égards, et d'une honnêteté impressionnante quant à l'impact du temps sur les personnes et les institutions. Rares sont les suites de films cultes qui reviennent avec autant de style, d'esprit et de sens. Il procure un plaisir grand public tout en abordant avec authenticité le vieillissement, l'ambition et la pertinence dans le monde moderne. Miranda porte peut-être toujours du Prada, mais désormais, elle porte aussi l'histoire.

Le Diable s'habille en Prada 2 (The Devil Wears Prada 2)
Réalisé par David Frankel
Écrit par Aline Brosh McKenna
D'après les personnages de Lauren Weisberger
Produit par Wendy Finerman
Avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Justin Theroux, Kenneth Branagh, Stanley Tucci
Directeur de la photographie : Florian Ballhaus
Montage : Andrew Marcus
Musique de Theodore Shapiro
Société de production : Wendy Finerman Productions
Distribué par 20th Century Studios
Dates de sortie : 20 avril 2026 (Lincoln Center, Manhattan), 28 avril 2026 (France), 1er mai 2026 (États-Unis)
Durée : 119 minutes

Vu le 27 avril 2026 au Publicis Cinémas, Salle 1

Note de Mulder:

Critique de Cookie

C’est avec un certain intérêt mêlé de curiosité que l’on découvre vingt ans après, la suite du Diable s’habille en Prada. A quoi peut-on s’attendre !! Il n’est pas toujours évident qu’une suite soit à la hauteur et dans la même verve que la version originale.

Dans cet opus nous retrouvons l’effervescence de cet univers de la mode, de l’élégance, du luxe, les intrigues.
Les personnages se sont étoffés avec le temps, notamment le jeu d’Andy Sachs interprété par Anna Hathaway qui a pris de l’assurance tout en gardant sa candeur, sa noblesse d’âme. Par un concours de circonstance, la voici de nouveau à devoir travailler en collaboration étroite avec son ancienne chef Miranda Priestly directrice du magazine de mode Runway, jouée avec aisance par Meryl Streep. Chose peu aisée, car Miranda est d’un abord froid et peu avenante aux répliques acerbes. Occupant maintenant un poste de responsable éditorial, Andy avec patience espère influencer et changer le caractère impétueux de Miranda.

Stanley Tucci dans le rôle de Nigel est toujours impeccable comme assistant, indispensable pour apaiser les tensions, son calme et son professionnalisme souvent soumis à rude épreuve. Quant à Emily interprétée par Emily Blunt elle est exquise dans son rôle d’intrigante. Dans cette suite plus offensive, plus près de la réalité, le regard du réalisateur David Frankel souligne les dérives des médias s’éloignant du journalisme intègre, le diktat du chiffre d’affaire, les  exigences des annonceurs et les changements profonds amenés au sein de l’organisation et de l’éditorial du journal. Les rebondissements et les intrigues se multiplient, la tension et le suspens ne faiblissent pas tout au long du film.

La musique est omniprésente en parfaite harmonie, dynamique, notamment lorsqu’elle accompagne les pas d’Andy dans les rues de New York, et lors des soirées et défilés de mode. La mise en scène est soignée, impeccable avec de somptueux décors et la beauté des vêtements de haute-couture ainsi que les magnifiques paysages italiens.   Les moments de détente, de rire ne manquent pas malgré les situations sombres et apportent de la légèreté. Nous ne pouvons que sourire lorsque Miranda se rend à la cafeteria de sa société pour un rendez-vous d’affaire, mais ne sachant pas où elle se situe dans l’immeuble, un endroit qu’elle ignore évidement vu son statut et son standing.

Nous pouvons dire que le pari est réussi pour cette suite, le spectateur va retrouver avec plaisir, enthousiasme, le glamour de la mode, le dépaysement. Le casting est excellent, judicieux d’avoir repris les mêmes acteurs et actrices. Les vingt années semblent être passées en un éclair et n’ont pris aucune ride. La durée du film est satisfaisante, aucun temps mort, on se prendrait même à penser et imaginer une suite prochaine tant nous nous sentons proches de ces personnages si attachants.  Assurément Le diable s’habille en Prada 2 est un film divertissant et diablement efficace.

Le Diable s'habille en Prada 2 (The Devil Wears Prada 2)
Réalisé par David Frankel
Écrit par Aline Brosh McKenna
D'après les personnages de Lauren Weisberger
Produit par Wendy Finerman
Avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Justin Theroux, Kenneth Branagh, Stanley Tucci
Directeur de la photographie : Florian Ballhaus
Montage : Andrew Marcus
Musique de Theodore Shapiro
Société de production : Wendy Finerman Productions
Distribué par 20th Century Studios (Etats-Unis), The Walt Disney Company France (France)
Dates de sortie : 20 avril 2026 (Lincoln Center, Manhattan), 28 avril 2026 (France), 1er mai 2026 (États-Unis)
Durée : 119 minutes

Vu le 27 avril 2026 au Publicis Cinémas, Salle 1

Note de Cookie: