
| Titre original: | Michael |
| Réalisateur: | Antoine Fuqua |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 127 minutes |
| Date: | 22 avril 2026 |
| Note: |
Michael est un biopic habilement conçu, centré sur son ascension, alignant tubes sur tubes, pour faire découvrir sa musique à une nouvelle génération et revivre aux plus âgés, dont je fais partie, les meilleures décennies, des années 70 à 90. Comme prévu, la puissance des chansons emporte tout, y compris le récit.
Après le succès du spectacle Michael Jackson The Musical, le biopic arrive sur grand écran. Il est né de la volonté de John Branca, ex-avocat et éxecuteur testamentaire du chanteur. Le co-producteur Graham King est un spécialiste du biopic de stars, pour avoir produit Ali avec Will Smith, Aviator de Scorsese sur Howard Hughes, Bohemian Rapsody sur le chanteur Freddie Mercury. King fait appel pour le scénario à John Logan, scénariste d'Aviator. Logan a l'intelligence de se concentrer sur les années les plus décisives. Il raconte la métamorphose d'un petit garçon hypersensible en artiste complet, qui écrit, compose, chante et danse, puis en star internationale. Il part des débuts des Jackson 5, en 1967, qui commencent à se produire depuis leur ville de Gary dans l'Indiana. Il retrace l'émancipation d'un fils, et d'un artiste.
Il structure le film par les chansons. Chaque chanson, chaque interprétation, vise à voir progresser Michael sur son propre chemin. Entre ces moments musicaux et scéniques, le récit intime se concentre sur la relation entre Michael Jackson et son père, qui le maltraita physiquement et psychologiquement. Tout au long du film, des éléments de contexte sont donnés au spectateur, de manière légère, trop légère parfois. Les difficultés relationnelles, la solitude, son refuge dans le cinéma, sont évoqués, mais la souffrance est évacuée. La sexualité n'est jamais abordée. Le film construit un récit positif et joyeux sur la vie d'un artiste dont la devise était de viser toujours plus haut. Et la force des chansons submerge le récit. Le film s'arrête à l'album Bad, avec le concert mythique de Wembley en 1988, avant l'emménagement à Neverland et les accusations d'abus sexuel. Musicalement, la période couvre les Jacksons 5 et les albums solos Off The Wall, Thriller, Bad, produit par Quincy Jones, l'un des plus grands producteurs de musique du XXème siècle.
La force du film réside dans la puissance des chansons qui n'ont pas vieilli et l'interprétation époustouflante de Jaafar Jackson, fils de Jermaine, neveu de Michael. Il est crédible aussi bien dans son interprétation que dans les chorégraphies. Ce fut un véritable défi qui a nécessité deux ans d'entraînement, car Michael Jackson était un danseur extraordinaire, avec des pas de danse unique comme le Moonwalk, ses tours vrillés, défiant la gravité en dansant sur la pointe des pieds. Juliano Valdi est également crédible en Michael enfant. «Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film » disait Hitchcock. Tel est le cas dans ce biopic, grâce à l'interprétation de Colman Domingo dans le rôle de Joseph, le père violent, manipulateur et complexe de Michael. Si la mère, le garde du corps et l'avocat John Branca sont présents, les frères font de la figuration et Janet Jackson n'apparaît pas dans le film. Pour rappel, la famille se composait de neuf enfants : Rebbie, Jackie, Tito, Jermaine, La Toya, Marlon, Michael, Randy et Janet. Seuls Michael et Janet eurent une véritable carrière solo.
Le réalisateur Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer) place le spectateur au plus près de l'artiste, à la meilleure place d'un concert, pour montrer à quel point Michael Jackson était un showman extraordinaire. La qualité sonore emporte le spectateur. Cela fonctionne parfaitement. Michael Jackson va révolutionner le concept du clip en tournant de véritables courts-métrages. Le film intègre les tournages des clips mythiques comme Beat It,
Thriller. Les reconstitutions sont soignées, jamais artificielles, ni datées. Cela tient sans doute au fait que pour les scènes familiales, l'équipe a pu tourner dans les lieux historiques, comme la maison à Encino en Californie, et utiliser des objets authentiques comme les Grammys Awards. Le style vestimentaire unique créé par le chanteur est présent à l'image avec son célèbre gant brodé de paillettes, le pantalon de smoking raccourci, les chaussettes scintillantes, les mocassins vernis. A noter, le chimpanzé Bubble a été recréé numériquement. Cela se voit, mais ce procédé n'est-il pas préférable à la souffrance animale inhérente au tournage d'une fiction ? Chacun se fera son avis.
Michael
Réalisé par Antoine Fuqua
Scénario de John Logan
Produit par Graham King, John Branca, John McClain
Avec Jaafar Jackson, Nia Long, Laura Harrier, Juliano Krue Valdi, Miles Teller, Colman Domingo
Directeur de la photographie : Dion Beebe
Montage : John Ottman, Harry Yoon
Musique : Lior Rosner
Sociétés de production : Lionsgate Films, GK Films
Distribué par Lionsgate Films (États-Unis) Universal Pictures International France (France)
Dates de sortie : 10 avril 2026 (Berlin), 22 avril 2026 (France), 24 avril 2026 (États-Unis)
Durée : 127 minutes
Vu le 13 Avril 2026 au Rex, Paris
Note de Sabine:
Michael n’est pas simplement un biopic de plus produit par un grand studio, mais une tentative de mettre en scène l’une des figures les plus mythifiées de l’ère moderne. Peu d'artistes ont marqué la culture mondiale comme l'a fait Michael Jackson : enfant prodige, innovateur dominant les classements, icône de la mode, obsession des tabloïds, objet de dévotion et de controverse à parts égales. Le réalisateur Antoine Fuqua et le scénariste John Logan ont judicieusement compris qu'un seul film ne pourrait pas contenir tout cela ; ce premier chapitre se concentre donc sur l'ascension de la discipline de la ville sidérurgique de Gary, dans l'Indiana, aux sommets impériaux de l'ère Bad. Il en résulte un film indéniablement captivant, somptueusement mis en scène et accessible sur le plan émotionnel, qui fait souvent vibrer le spectateur sur le moment, même s’il hésite chaque fois qu’une complexité plus profonde vient frapper à la porte. C’est un portrait plus soucieux de préserver la sensation que de disséquer la contradiction, mais le récit fait néanmoins preuve d’un savoir-faire et d’une sensibilité considérables.
La performance de Jaafar Jackson aurait facilement pu sombrer dans l’imitation mais devient au contraire quelque chose de plus nuancé. Il possède la douceur vocale, la posture délicate, les gestes mesurés, mais ce qui impressionne le plus, c’est la façon dont il communique la double identité au cœur de l’image publique de Michael Jackson : une réserve timide, presque enfantine dans la vie privée, puis un magnétisme volcanique dès que la musique commence. Dans les salles de répétition, il semble renfermé et prudent, parlant comme s’il essayait de ne pas troubler l’atmosphère qui l’entoure ; sur scène, son corps se tend soudainement, ses yeux s’embrasent, et la salle lui appartient. C’est une transformation difficile à rendre crédible car le public connaît l’original de manière si intime, mais Jaafar Jackson y parvient à maintes reprises. Tout aussi remarquable est Juliano Valdi, qui incarne le jeune Michael avec un mélange d’innocence et de fardeau qui confère aux premières scènes une véritable intensité émotionnelle. Dans ses yeux, on devine déjà un enfant qui apprend que le talent peut être à la fois un don et une condamnation.
Alors que de nombreux biopics musicaux s’appuient sur le montage comme raccourci, Michael transforme souvent la reconstitution musicale en un langage dramatique à part entière. La percée des Jackson 5, le moonwalk du Motown 25, l’ascension d’Off the Wall, le phénomène Thriller, fruit d’une ingénierie de précision, et le spectacle de clôture de l’ère Bad sont mis en scène avec suffisamment d’énergie pour rappeler aux spectateurs pourquoi cet artiste semblait autrefois moins une célébrité qu’une force de la nature. Dans plusieurs séquences, le film recrée habilement la sensation d’émerveillement collectif : les barrières de sécurité qui tremblent, les fans en larmes, les cameramen qui se bousculent, des inconnus bougeant ensemble au rythme de la musique. Il y a un passage particulièrement efficace où un couloir tranquille des coulisses explose en une hystérie assourdissante dès qu’il apparaît, illustrant plus clairement que n’importe quel dialogue la pression de devenir un symbole mondial. Même les sceptiques du genre pourraient se surprendre à sourire malgré leur résistance. Les chansons fonctionnent toujours, les mouvements captivent toujours l’attention, et le film sait quand laisser cette vérité parler d’elle-même.
Pourtant, le scénario privilégie à plusieurs reprises l’accessibilité au détriment de l’approfondissement. John Logan structure le drame autour du conflit avec Joe Jackson, et Colman Domingo confère au patriarche force, menace et, parfois, des lueurs d’orgueil meurtri. Il est convaincant dans le rôle de l’architecte de la discipline qui confond la peur avec l’amour et le contrôle avec la protection. Cependant, l’écriture le réduit souvent à un simple obstacle central plutôt qu’à un homme pleinement exploré, façonné par la pauvreté, l’ambition et les blessures générationnelles. Cette même simplification affecte l’ensemble de la famille. Nia Long apporte grâce et sérénité dans le rôle de Katherine Jackson, mais on lui accorde trop peu de scènes marquantes. Les frères défilent à l’écran comme des satellites de l’ascension de Michael. Des collaborateurs créatifs clés apparaissent, apportent leur contribution, puis disparaissent. Le monde qui entoure la star est constamment présent, mais rarement habité. Pour une histoire ancrée dans la dynamique familiale et le partenariat artistique, trop de relations restent esquissées.
Le film fait également allusion à une profondeur psychologique sans s’y engager pleinement. On y voit l’obsession pour Peter Pan, la nostalgie de l’enfance préservée dans les jouets et les animaux, la sensibilité aux critiques sur l’apparence, l’incapacité à établir une confiance ordinaire. Ce ne sont pas des détails insignifiants ; ce sont des pistes potentielles pour comprendre une personne qui a passé son âge adulte à reconstruire ce que la célébrité avait volé à son enfance. Mais chaque fil conducteur est brièvement introduit avant que le récit ne se précipite vers le prochain événement emblématique. Une consultation pour une rhinoplastie, une soirée solitaire avec des animaux exotiques, un moment de malaise silencieux dans un manoir bondé. Chacun de ces éléments laisse entrevoir un drame plus riche que celui que le film est prêt à explorer. On ressort avec le sentiment que Michael comprend que ces blessures ont existé, mais craint que s’y attarder ne vienne perturber le ton festif qu’il a choisi de maintenir.
À son crédit, la qualité de la production ne faiblit que rarement. Les costumes, le maquillage et les décors reconstituent méticuleusement des décennies de mémoire pop-culturelle sans trop souvent basculer dans la parodie. La conception sonore est puissante, en particulier dans les décors de théâtre où les lignes de basse et les cris créent une atmosphère proche de celle d’un concert. Antoine Fuqua réalise avec professionnalisme et dynamisme, mais pas toujours avec l’audace stylistique requise pour un sujet dont le génie artistique a bouleversé la grammaire des clips musicaux et des performances live. Certaines scènes de danse sont coupées de manière trop brutale alors qu’elles devraient s’étirer et laisser parler le mouvement. Certaines confrontations sont mises en scène avec efficacité alors qu’elles devraient paraître dangereuses ou intimes. Le film est beau tout au long, mais seulement occasionnellement transcendant.
Ce qui fait finalement la réussite du film Michael, ce n’est pas qu’il révèle tout, mais qu’il rappelle au public ce qui rendait ce phénomène impossible à ignorer. Il adoucit peut-être les contours, compresse les vérités et évite certains des terrains les plus difficiles, mais il capture néanmoins l’étrange solitude d’être vénéré, le coût brutal d’une enfance transformée en marchandise, et l’énergie électrique inégalée d’un artiste capable d’arrêter le monde en montant sur scène. Ce n'est pas le mot de la fin sur Michael Jackson, et le film ne prétend d'ailleurs pas l'être si l'on y regarde de près. C'est un premier mouvement soigné, accessible sur le plan émotionnel et grand public d'une symphonie bien plus chaotique. Grâce en grande partie à la performance étonnamment magistrale de Jaafar Jackson, le film s'élève au-dessus des clichés plus souvent qu'il n'y tombe.
Michael
Réalisé par Antoine Fuqua
Scénario de John Logan
Produit par Graham King, John Branca, John McClain
Avec Jaafar Jackson, Nia Long, Laura Harrier, Juliano Krue Valdi, Miles Teller, Colman Domingo
Directeur de la photographie : Dion Beebe
Montage : John Ottman, Harry Yoon
Musique : Lior Rosner
Sociétés de production : Lionsgate Films, GK Films
Distribué par Lionsgate Films (États-Unis) Universal Pictures International France (France)
Dates de sortie : 10 avril 2026 (Berlin), 22 avril 2026 (France), 24 avril 2026 (États-Unis)
Durée : 127 minutes
Vu le 22 avril 2026 au Gaumont Disney Village, Salle IMAX place F18
Note de Mulder: