
| Titre original: | Do Not Enter |
| Réalisateur: | Marc Klasfeld |
| Sortie: | Vod |
| Durée: | 91 minutes |
| Date: | Non communiquée |
| Note: |
Il y a quelque chose de presque ironique à voir, en 2026, un film d’horreur construit autour de l’idée de streamers en quête de célébrité sur Internet, car la culture même qu’il critique est désormais l’un des principaux moteurs du cinéma de genre. Avec Do Not Enter, Mark Klasfeld passe des clips musicaux à la réalisation de longs métrages avec un projet qui semble à la fois familier et étrangement d'actualité, adaptant le roman de David Morrell, Creepers, en une descente compacte de 90 minutes dans la paranoïa, la décadence et l'obsession numérique. Dès les premières minutes, le film instaure un ton qui mêle le fantasme de l’exploration urbaine à la tension des maisons hantées à l’ancienne, et en tant que personne qui suit les tendances de l’horreur depuis des décennies, je n’ai pu m’empêcher de sourire devant la façon dont le film joue sciemment avec les clichés avant de les transformer en quelque chose de plus sombre. Le concept d’influenceurs s’introduisant dans un hôtel abandonné pour obtenir des vues peut sembler être un simple gadget, mais le scénario de Stephen Susco, Spencer Mandel et Dikega Hadnot révèle rapidement une dimension plus cynique, montrant comment le besoin de rester pertinent en ligne peut pousser les gens dans des situations bien plus dangereuses qu’ils ne l’avaient prévu, un thème qui semble d’un réalisme dérangeant à une époque où tout risque peut devenir du contenu.
Le décor du Paragon Hotel est sans conteste le plus grand atout du film, et il nous rappelle ces rares productions où le lieu devient un personnage à part entière plutôt qu’une simple toile de fond. Tourné en Bulgarie mais servant de doublure convaincante au New Jersey, le bâtiment est filmé avec un sens de l’échelle et de la texture qui rappelle les thrillers de la fin des années 1990, quand les espaces abandonnés semblaient encore mystérieux plutôt que surutilisés. Jake Manley porte l’histoire grâce à une interprétation qui trouve l’équilibre entre arrogance et vulnérabilité, rendant son personnage, Rick, crédible en tant que personne qui a commencé à rechercher l’adrénaline pour le plaisir et qui s’est retrouvée piégée par sa propre personnalité. Adeline Rudolph, Francesca Reale, Shane Paul McGhie et Kai Caster forment une dynamique de groupe crédible, et ce que j’ai le plus apprécié, c’est que le film prend le temps de montrer à quel point leurs personnalités en ligne diffèrent de qui ils sont vraiment une fois les caméras éteintes. L'arrivée de Javier Botet dans le rôle de la Créature pâle ramène le film en plein cœur du genre, et tous ceux qui connaissent son travail reconnaîtront cette présence physique unique capable de transformer une simple silhouette en quelque chose de véritablement inquiétant sans recourir à des effets spéciaux excessifs.
Ce qui nous a le plus surpris, c'est la façon dont Do Not Enter refuse de choisir entre le thriller et l'horreur surnaturelle, oscillant constamment entre des intrus rivaux, une tension psychologique et quelque chose de bien moins explicable qui se cache dans les couloirs. Cette instabilité confère au film un rythme imprévisible qui semble parfois chaotique mais qui le maintient aussi en vie, surtout dans la seconde moitié où l’histoire devient moins une question d’exploration et davantage une question de survie. Voir le groupe réaliser peu à peu que l’hôtel n’est pas seulement abandonné mais hostile m’a rappelé la première fois que j’ai vu des films comme Session 9 ou House on Haunted Hill, où la peur provient autant de l’environnement que des monstres eux-mêmes. Nicholas Hamilton, Brennan Keel Cook et Laurence O’Fuarain apportent un soutien solide, mais la véritable tension provient du sentiment que les personnages sont piégés non seulement dans le bâtiment, mais aussi dans l’image qu’ils ont créée pour leur public, incapables d’admettre leur peur car le livestream doit continuer. Cette idée, aussi simple soit-elle, confère au film une touche moderne qui le place au-dessus de l’histoire classique de lieu hanté.
Si le film a des faiblesses, elles proviennent de son ambition de jongler avec trop de tons à la fois, et il y a des moments où le rythme semble précipité, comme si l’histoire voulait explorer plus en profondeur la mythologie du Paragon Hotel mais n’en avait jamais tout à fait le temps. Pourtant, Mark Klasfeld fait preuve d’une assurance surprenante dans la mise en scène pour un premier long métrage, notamment dans la façon dont il utilise les couloirs étroits, les lumières vacillantes et la présence constante de caméras au cœur de l’histoire pour créer une tension sans tout expliquer en détail. Au final, Do Not Enter fonctionne le mieux lorsqu’il s’en tient à son idée centrale : que le véritable danger n’est pas les fantômes, les criminels ou la créature dans l’obscurité, mais la nécessité de continuer d’avancer même lorsque tous vos instincts vous poussent à vous arrêter. Ce n’est pas un film d’horreur révolutionnaire, mais c’est un film intelligent et divertissant, qui prouve que même dans un genre regorgeant de bâtiments abandonnés, il y a encore de la place pour des histoires qui reflètent les angoisses de l’époque dans laquelle nous vivons.
Do Not Enter
Réalisé par Marc Klasfeld
Écrit par Stephen Susco, Spencer Mandel et Dikega Hadnot
D'après le roman *Creepers* de David Morrell
Produit par Jordan Schur
Avec Jake Manley, Adeline Rudolph, Francesca Reale, Laurence O'Fuarain, Nicholas Hamilton, Javier Botet, Kai Caster, Shane Paul McGhie
Photographie : Yon Thomas
Montage : Patrick J. Smith
Musique : Blitz//Berlin
Sociétés de production : Lionsgate, Suretone Pictures
Distribué par Lionsgate (États-Unis)
Date de sortie : 20 mars 2026 (Etats-Unis)
Durée : 91 minutes
Vu le 20 mars 2026 (VOD)
Note de Mulder: