Affection, Affection

Affection, Affection
Titre original:Affection, Affection
Réalisateur:Alexia Walther, Maxime Matray
Sortie:Cinéma
Durée:99 minutes
Date:15 avril 2026
Note:
Sur la Côte d'Azur, une adolescente disparaît le jour de son anniversaire. Géraldine, employée municipale, s'improvise alors détective. Personne n'a rien vu mais tout le monde a son mot à dire et Géraldine aura du mal à ne pas se laisser submerger par les potins, les théories et les croyances de chacun. Et ce n'est pas le retour inopiné de sa mère qui va lui faciliter la tâche. Une petite ville, c'est bien connu, c'est plein de petits crimes...

Critique de Cookie

Il y a, dès les premières minutes d’Affection, Affection, une forme de déstabilisation presque douce, comme si le film nous invitait à abandonner nos réflexes de spectateur pour accepter une expérience plus flottante, plus incertaine. Alexia Walther et Maxime Matray signent ici un objet singulier, qui se regarde moins comme un récit classique que comme une errance organisée, un jeu de pistes où chaque élément semble volontairement décalé. Sur cette Côte d’Azur étrangement vidée de son agitation habituelle, la disparition d’une adolescente agit davantage comme un point de départ que comme un véritable moteur narratif. Très vite, l’enquête glisse vers autre chose, un terrain plus mouvant où les hypothèses remplacent les certitudes, et où la vérité se fragmente à mesure qu’elle circule entre les personnages.

Dans ce dispositif volontairement désaxé, Agathe Bonitzer incarne une Géraldine tout en retenue, presque en retrait, qui observe plus qu’elle n’agit. Loin des figures habituelles du polar, son personnage devient un point de convergence, un témoin perméable aux récits des autres. Le film prend alors un malin plaisir à détourner les codes du genre, refusant toute progression linéaire au profit d’une construction plus libre, presque ludique. On pense parfois à certains films de Éric Rohmer ou Jacques Rivette, dans cette manière de laisser les situations respirer et de privilégier les détours aux conclusions, mais sans jamais tomber dans la simple citation. Ici, tout semble pensé pour perdre légèrement le spectateur, mais jamais totalement, comme si le film cherchait un équilibre fragile entre désorientation et fascination.

Visuellement, le travail de Pauline Sicard joue un rôle essentiel dans cette sensation d’étrangeté diffuse. Les décors du Var, filmés hors saison, prennent une dimension presque irréelle, entre plages désertes, parkings vides et bâtiments silencieux. Ce choix d’espaces ouverts mais inhabités renforce l’impression d’un monde en suspens, où quelque chose semble constamment sur le point d’advenir sans jamais se concrétiser. La mise en scène privilégie les cadres larges, laissant les personnages se fondre dans leur environnement, comme s’ils en devenaient une extension. Cette approche visuelle accompagne parfaitement le cheminement intérieur de Géraldine, dont les repères semblent peu à peu se dissoudre dans cette réalité incertaine.

Le film se distingue également par son ton très particulier, oscillant en permanence entre un humour discret et une forme de malaise latent. Certaines situations frôlent le burlesque, notamment à travers une galerie de personnages secondaires aux comportements parfois déroutants, mais jamais caricaturaux. Chaque échange, chaque anecdote semble contribuer à enrichir une matière narrative volontairement floue. La musique de Micha Vanony, avec ses sonorités délicates et presque fragiles, vient envelopper l’ensemble d’une atmosphère feutrée, comme un souffle continu qui accompagne cette dérive narrative. Rien n’est appuyé, tout est suggéré, ce qui donne au film une texture très particulière, presque insaisissable.

Sous cette apparente légèreté, Affection, Affection explore pourtant des thématiques profondément intimes, notamment celles de la filiation, du manque et de la mémoire. La disparition qui ouvre le film fait écho à une absence plus intime, plus enfouie, celle d’une mère dont l’ombre plane sur tout le récit. Le titre lui-même, dans sa répétition, évoque cette dualité entre attachement et douleur, entre présence et disparition. Les relations entre les personnages sont fragmentées, souvent implicites, et laissent place à de nombreux silences, comme autant d’espaces à combler par le spectateur.

Le casting, qui mêle comédiens confirmés comme Nathalie Richard, Christophe Paou et Marc Susini à des visages plus spontanés, participe à cette sensation de décalage permanent. Les interprétations s’inscrivent dans des registres légèrement différents, créant une forme d’harmonie instable qui correspond parfaitement à l’univers du film. Les dialogues, souvent elliptiques, fonctionnent davantage comme des échos que comme de véritables échanges explicatifs, renforçant cette impression d’un récit qui se construit par touches successives plutôt que par affirmation.

Cependant, cette liberté formelle, qui fait toute la richesse du film dans sa première partie, peut également en constituer la limite. À mesure que le récit avance, l’absence de structure plus marquée peut générer une certaine lassitude, comme si le film peinait parfois à renouveler son propre dispositif. La durée d’1h41 se fait alors légèrement sentir, et l’on peut imaginer qu’un format plus resserré aurait permis de conserver toute la force de cette proposition sans en atténuer l’impact.

Malgré cela, Affection, Affection reste une expérience cinématographique rare, qui assume pleinement son goût pour l’ambiguïté et le flottement. Là où beaucoup de films cherchent à expliquer, à résoudre, Alexia Walther et Maxime Matray choisissent au contraire d’ouvrir des pistes, de laisser des zones d’ombre. Le spectateur n’est pas guidé, mais invité à ressentir, à interpréter, à accepter de ne pas tout comprendre. Et c’est sans doute là que réside la véritable réussite du film : dans cette capacité à créer une empreinte durable, faite de sensations plus que de certitudes.

Affection, Affection
Réalisé par Alexia Walther, Maxime Matray
Produit par Emmanuel Chaumet
Avec Agathe Bonitzer, Nathalie Richard, Christophe Paou, Marc Susini
Photographie : Pauline Sicard
Montage : Jeanne Sarfati
Musique : Micha Vanony
Sociétés de production : Ecce Films
Distribué par UFO Distribution (France)
Dates de sortie : 15 avril 2026 (France)
Durée : 99 minutes

Vu le 4 mars 2026 au Club de l'Étoile

Note de Cookie: