Cold Storage

Cold Storage
Titre original:Cold Storage
Réalisateur:Jonny Campbell
Sortie:Cinéma
Durée:99 minutes
Date:18 février 2026
Note:
Lorsqu'un microorganisme mutant et hautement contagieux s'échappe d'un confinement en chambre froide en ravageant tout sur son passage, deux jeunes employés - épaulés par un ex-agent de l'anti-bioterrorisme - se retrouvent à lutter pour leur propre survie (et accessoirement celle de l'humanité) au cours d'un service de nuit aussi délirant qu'explosif..

Critique de Mulder

Dès les premières minutes, Cold Storage établit un contrat malicieux avec le public : et si un fragment du Skylab, tombé sur Terre en 1979, transportait quelque chose de bien plus sinistre que du métal brûlé ? Le scénariste David Koepp, qui adapte son propre roman, se penche sur ce et si délicieusement paranoïaque avec un ton qui équilibre la plausibilité clinique et l'humour noir. Le prologue, qui se déroule en Australie, est vif, ensoleillé et d'une efficacité déconcertante, esquissant une catastrophe qui s'intensifie à une vitesse alarmante : contamination, distorsion comportementale, puis transformation des corps en systèmes de livraison grotesques. Il y a quelque chose de rafraîchissant et d'old school dans la façon dont ces premières scènes fonctionnent : elles n'expliquent pas trop, elles explosent simplement, laissant les images et le rythme générer la terreur. Le résultat est une introduction à la fois nostalgique et étrangement contemporaine, qui évoque les thrillers classiques de science-fiction sur les contagions tout en reconnaissant subtilement les angoisses modernes.

Lorsque le récit fait un bond en avant au Kansas, l'ironie conceptuelle atterrit avec un bruit sourd satisfaisant. Une ancienne installation militaire top secrète, autrefois conçue pour contenir un risque biologique susceptible d'entraîner l'extinction de l'espèce, a été reconvertie en une entreprise de self-stockage d'une banalité implacable : lumineuse, commercialement fade et symboliquement parfaite. Il ne s'agit pas seulement d'une toile de fond astucieuse, mais aussi de la blague centrale et de la colonne vertébrale thématique du film. Le décor devient une métaphore visuelle de l'amnésie institutionnelle et de l'arrogance bureaucratique : les erreurs les plus dangereuses de l'humanité sont littéralement murées derrière des cloisons sèches et de la paperasse. Le réalisateur Jonny Campbell met en scène l'action avec une réelle clarté, résistant au chaos visuel trouble qui afflige de nombreuses œuvres contemporaines du genre. Les couloirs brillent d'une lumière fluorescente stérile, les niveaux souterrains s'étendent dans une abstraction inquiétante, et la géographie du bâtiment reste lisible même lorsque la panique se répand. Cette cohérence spatiale s'avère essentielle lorsque le champignon s'échappe inévitablement, transformant la familiarité en menace à chaque porte ouverte et chaque escalier descendu.

Au cœur du film se trouve le duo étonnamment attachant formé par Joe Keery et Georgina Campbell. Travis Teacake Meacham est dépeint comme un mélange de décence nerveuse et de vulnérabilité comique, un homme dont l'instinct de survie lutte constamment avec sa bonne nature. Naomi Williams, interprétée par Georgina Campbell, rayonne quant à elle d'une intelligence vive et d'une détermination inébranlable, projetant une image de compétence sans sacrifier sa chaleur. Leur alchimie est immédiate mais naturelle, moins ancrée dans des plaisanteries coquettes que dans une incrédulité partagée alors que les événements échappent à toute raison. Dans une salle comble, il était frappant de constater à quel point les rires provenaient souvent de leurs réactions plutôt que des punchlines évidentes : les regards en coin, les pauses haletantes, les prises de conscience à demi-mot que cette nuit de travail routinière s'est transformée en quelque chose d'apocalyptique. Le scénario permet judicieusement aux deux personnages d'osciller entre la peur, l'irritation et un courage réticent, créant ainsi des protagonistes qui semblent humains même lorsqu'ils naviguent dans un absurde spectaculaire.

Face à eux, Liam Neeson embrasse un rôle qui joue sciemment avec sa propre mythologie cinématographique. Robert Quinn, un spécialiste chevronné du bioterrorisme dont le dos a connu des décennies meilleures, sert à la fois d'ancrage narratif et de commentaire conscient sur l'héroïsme vieillissant. Liam Neeson interprète le rôle avec un humour sec et légèrement exaspéré, ponctuant les moments de tension par une comédie physique qui ne tombe jamais dans la parodie. Lesley Manville, dans le rôle de Trini Romano, lui donne la réplique avec un sang-froid à toute épreuve et un sens du timing affûté, apportant au film un contrepoint tonal typiquement britannique. Quant à Vanessa Redgrave, elle apparaît dans un second rôle qui semble d'abord excentrique, mais qui révèle peu à peu une texture émotionnelle surprenante. Son personnage, Mary Rooney, est d'abord présenté comme une présence fragile et en deuil, avant de devenir l'un des éléments les plus imprévisibles du film. La présence d'acteurs de ce calibre aurait facilement pu submerger le sujet, mais au contraire, ils le subliment, ancrant cette prémisse extravagante avec conviction et délectation.

Visuellement Cold Storage s'engage sans réserve dans l'excès. Jonny Campbell préfère ce que l'on pourrait appeler des jump splats aux traditionnels jump scares, déployant le choc par des explosions soudaines d'images grotesques plutôt que par un suspense soigneusement modulé. Le champignon lui-même est rendu comme une entité lisse et invasive, rampante, pulsante, s'insinuant à travers les corps et l'architecture. Il y a des séquences de spectacles joyeusement répugnants : des vomissements projetés élevés à un niveau d'absurdité quasi opératique, des victimes se précipitant vers les hauteurs avant d'exploser, des intérieurs d'organismes transformés en écosystèmes hostiles. Les plaisirs tactiles du film sont particulièrement évidents lorsque les effets pratiques dominent, offrant une texture satisfaisante et crasseuse qui rappelle les films de créatures de la fin des années 80 et du début des années 90. Cependant, le recours aux images de synthèse, en particulier dans certaines transformations animales, perturbe parfois cette illusion, révélant des contraintes budgétaires qui sortent momentanément le spectateur du cauchemar.

Sur le plan de sa tonalité le film évolue sur une corde raide précaire mais souvent divertissante entre l'horreur et la comédie. Lorsque l'équilibre est atteint, l'expérience devient contagieuse dans le meilleur sens du terme : le rire se heurte au dégoût, la tension se dissout dans un amusement incrédule. Lorsqu'il vacille, on perçoit les rouages sous-jacents du scénario : des rythmes familiers, des complications opportunes, une logique narrative au service de l'élan. Pourtant, l'énergie cinétique du film s'évapore rarement complètement. Même dans ses passages les plus conventionnels, les dialogues de David Koepp font preuve d'esprit, tandis que le rythme de Campbell garantit que les événements ne stagnent jamais. Le film semble pleinement conscient de son héritage, s'inspirant sciemment de décennies de films de série B sans tomber dans la satire pure et simple ou l'autoréférence suffisante.

Sous les éclaboussures et l'irrévérence se cache un courant sous-jacent étonnamment pointu. Cold Storage esquisse un monde où la complaisance systémique, le déni institutionnel et la négligence environnementale conspirent pour ressusciter une catastrophe longtemps enfouie. Le changement climatique plane comme un catalyseur implicite, la bureaucratie comme un obstacle omniprésent et l'arrogance scientifique comme le péché originel. Ces idées ne sont jamais martelées ; elles clignotent en périphérie, laissant au spectacle un arrière-goût d'inquiétude. Le champignon devient plus qu'un monstre : il est une conséquence, un rappel que l'habitude qu'a l'humanité de dissimuler ses erreurs est rarement une solution permanente. Ce sous-texte donne au film une résonance qui dépasse ses ambitions volontairement modestes.

Cold Storage ne réinvente pas le thriller épidémique ou l'hybride entre horreur et comédie, mais il offre une variation pleine d'entrain et souvent amusante sur des thèmes bien connus. Son plaisir réside dans son rythme, ses performances et sa volonté d'embrasser un mauvais goût joyeux. On peut critiquer ses raccourcis narratifs ou ses effets numériques inégaux, mais il reste difficile de résister au charme décousu et à la folie assumée du film.

Cold Storage
Réalisé par Jonny Campbell
Écrit par David Koepp
D'après Cold Storage de David Koepp
Produit par Gavin Polone, David Koepp
Avec Georgina Campbell, Joe Keery, Sosie Bacon, Vanessa Redgrave, Lesley Manville, Liam Neeson
Directeur de la photographie : Tony Slater Ling
Montage : Billy Sneddon
Musique : Mathieu Lamboley
Sociétés de production : StudioCanal, Pariah
Distribution : StudioCanal (France), Samuel Goldwyn Films (États-Unis)
Dates de sortie : 13 février 2026 (États-Unis), 18 février 2026 (France)
Durée : 99 minutes

Vu le 18 février 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 16 place A18

Petite note finale, à savourer avec un léger sourire en coin : la presse online française n’a pas été conviée à une projection de presse pour découvrir Cold Storage, ce qui explique la publication tardive de cette critique ; en revanche, nous avons bien reçu une avalanche parfaitement orchestrée de communiqués, dossiers et éléments promotionnels, preuve que la communication, elle, circulait sans la moindre difficulté. À une époque où les chiffres de fréquentation mensuelle, la visibilité éditoriale et la fidélité des lecteurs sont devenus des étendards brandis par toute l’industrie, il est toujours fascinant de constater que cela ne suffit pas systématiquement à garantir un traitement équitable. Un paradoxe très moderne de la promotion cinématographique : l’information est en accès illimité, mais l’accès critique reste parfois, lui aussi, soigneusement placé… en cold storage.

Note de Mulder: