
| Titre original: | Marsupilami |
| Réalisateur: | Philippe Lacheau |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 99 minutes |
| Date: | 04 février 2026 |
| Note: |
Quatorze ans après le film Sur la piste du Marsupilami réalisé par Alain Chabat, adaptation sympathique mais restée sans véritable empreinte durable, Philippe Lacheau et La Bande à Fifi relèvent un défi que l’on croyait presque impossible : redonner au Marsupilami une vraie place au cinéma, tout en respectant l’ADN populaire et joyeusement régressif qui a fait leur succès. Présenté en avant première dans de nombreuses villes en France , le film a immédiatement déclenché une vague de rires francs et contagieux, rappelant à quel point la comédie familiale peut être un art exigeant quand elle est prise au sérieux. Ici, le pari est tenu avec une étonnante maîtrise : Marsupilami n’est pas seulement une avalanche de gags, c’est une aventure pensée, structurée et incarnée, qui assume pleinement son héritage de bande dessinée tout en l’ancrant dans une comédie moderne, généreuse et fédératrice.
Le scénario, coécrit par Philippe Lacheau, Pierre Lacheau, Julien Arruti et Pierre Dudan, repose sur une mécanique volontairement simple mais diablement efficace : un homme au bord du licenciement accepte de rapatrier un colis louche d’Amérique du Sud, entraînant dans l’aventure son ex-compagne, son fils et un collègue aussi naïf qu’irrécupérable. Lorsque le colis révèle un bébé Marsupilami, tout bascule dans un chaos jubilatoire. Ce point de départ permet au film de jouer sur plusieurs registres : le buddy movie, la comédie d’aventure, la farce familiale, sans jamais perdre de vue une émotion centrale, celle du lien entre l’enfant et la créature, miroir évident des grandes fables spielbergiennes. Le Marsupilami n’est pas un gadget numérique : il est un personnage à part entière, vivant, expressif, attachant, dont l’usage intelligent de l’animatronique donne une âme et une physicalité rares dans le cinéma français récent.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la maturité inattendue de la mise en scène de Philippe Lacheau. Là où Babysitting, Babysitting 2, Alibi.com, Alibi.com 2, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon ou Super-héros malgré lui jouaient avant tout la carte de la surenchère potache et de la référence appuyée, Marsupilami parvient à canaliser cette énergie pour la mettre au service d’un vrai récit. Les gags sont toujours nombreux, parfois très visuels, parfois délicieusement absurdes, mais ils s’inscrivent désormais dans une progression narrative claire, avec un sens du rythme plus maîtrisé que jamais. Oui, certaines scènes prennent le temps de s’installer, notamment dans le premier acte, mais cette montée en puissance permet ensuite au film de décoller littéralement et d’enchaîner les séquences mémorables sans jamais retomber.
La grande force du film réside aussi dans sa capacité à parler à plusieurs générations sans jamais trahir son ton. Les enfants rient aux éclats devant le burlesque assumé, les adultes savourent des références finement disséminées à E.T., Gremlins, Jurassic Park, Titanic, Top Gun, Kill Bill ou même Dragon Ball, qui surgissent non comme de simples clins d’œil gratuits mais comme de véritables ressorts comiques. Le film joue constamment sur cette double lecture, héritée du meilleur cinéma d’animation et des grandes comédies familiales américaines, tout en conservant une identité profondément française dans son sens du dialogue et de la situation.
La distribution, fidèle à l’esprit de troupe de La Bande à Fifi, fonctionne par moments de manière inégale, mais cette imperfection fait paradoxalement partie du charme de l’ensemble. Philippe Lacheau impose une fois encore son sens du timing comique, Élodie Fontan apporte une touche de justesse émotionnelle bienvenue, Tarek Boudali joue avec jubilation les seconds couteaux imprévisibles, et Julien Arruti, dans un rôle de “mule” volontairement idiot, atteint un sommet de bêtise touchante qui rappelle les grandes figures de la comédie à la Jacques Villeret. Mais la vraie surprise vient du retour de Jamel Debbouze, lumineux, généreux, et visiblement heureux de retrouver le personnage de Pablito Camaron, qu’il enrichit ici d’une maturité et d’une tendresse nouvelles, sans jamais perdre son sens inné de l’improvisation.
Visuellement, le film surprend par son ambition. Les décors exotiques, la croisière de luxe, la jungle luxuriante, les scènes d’action chorégraphiées avec un soin inattendu pour une comédie française, tout concourt à donner au film une ampleur rare dans le genre. La photographie de Pierric Gantelmi d’Ille et la musique de Michaël Tordjman et Maxime Desprez accompagnent parfaitement le rythme des gags et les moments d’émotion, rappelant que le rire, comme le cinéma, est avant tout une affaire de tempo et de précision.
Mais au-delà du divertissement pur, Marsupilami surprend par sa sincérité. Le film parle de famille recomposée, de séparation, de responsabilité, de transmission, sans jamais appuyer lourdement son propos. Il glisse même, avec une élégance inattendue, un message écologique et humaniste sur la protection du vivant et la folie des hommes, incarné par le regard émerveillé d’un enfant et par la fragilité de cette créature mythique arrachée à son monde. Cette dimension émotionnelle, assumée jusqu’au bout, donne au film une profondeur qui manquait parfois aux précédentes productions de la troupe.
Au final, Marsupilami s’impose non seulement comme la meilleure adaptation cinématographique du personnage depuis sa création par André Franquin, mais surtout comme le film le plus abouti de La Bande à Fifi. Plus riche, plus généreux, mieux écrit et mieux mis en scène que Babysitting, Alibi.com, Nicky Larson ou Super-héros malgré lui, il marque une véritable étape dans la carrière de Philippe Lacheau, confirmant qu’il est désormais capable de conjuguer humour populaire, ambition visuelle et émotion sincère. Un grand film familial, fédérateur, drôle et touchant, qui mérite pleinement notre note de 5/5, et qui s’impose comme l’un des divertissements majeurs de ce début d’année 2026. Courrez y…
Marsupilami
Réalisé par Philippe Lacheau
Écrit par Philippe Lacheau, Pierre Lacheau, Julien Arruti et Pierre Dudan
D'après le personnage créé par André Franquin
Produit par Patrice Ledoux et Jérôme Seydoux
Avec Philippe Lacheau, Jamel Debbouze, Tarek Boudali, Élodie Fontan, Julien Arruti, Jean Reno, Corentin Guillot, Gérard Jugnot, Didier Bourdon, Alban Ivanov et Reem Khouri
Avec Philippe Lacheau, Jamel Debbouze, Tarek Boudali, Élodie Fontan, Julien Arruti, Jean Reno, Corentin Guillot, Gérard Jugnot, Didier Bourdon, Alban Ivanov, Reem Kherici, Booder, Vincent Desagnat, Romain Lancry, Paco Boisson, Laurent Spielvogel, Claudette Walker, Arthur Sanigou
Directeur de la photographie : Pierric Gantelmi d'Ille
Montage : Antoine Vareille
Musique : Michaël Tordjman, Maxime Desprez
Sociétés de production : Pathé Films, BAF Prod
Distribution : Pathé Films (France)
Date de sortie : 4 février 2026 (France)
Durée : 99 minutes
Vu le 28 janvier 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 9
Vu le 30 janvier 2026 à l’UGC Ciné-cité La défense, salle 16
Note de Mulder: