
| Titre original: | Send Help |
| Réalisateur: | Sam Raimi |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 113 minutes |
| Date: | 11 février 2026 |
| Note: |
Avec Send Help, Sam Raimi revient à ce qu'il fait de mieux : un thriller d'horreur cruellement drôle et nerveux qui transforme l'humiliation en moteur et la survie en arme. Après les grands feux d'artifice numériques des récents travaux en studio de Sam Raimi, celui-ci semble plus sobre, plus méchant et beaucoup plus personnel dans son cynisme avec un duo qui se joue comme un mélange sous pression de satire d'entreprise et de panique sur une île déserte, où les vrais monstres ne sont pas surnaturels mais douloureusement humains. Le scénario est délicieusement acerbe : Linda Liddle est une stratège très performante dans un écosystème Fortune 500 qui traite la compétence comme une ressource renouvelable à exploiter et à jeter, et dès que la promesse de promotion de son défunt patron s'évapore, le club des garçons se déchaîne comme des vautours, réécrivant le récit de ceux qui méritent le pouvoir. Sam Raimi dépeint le monde du travail avec une sorte de laideur quotidienne avec ses petites humiliations, cruauté désinvolte, leadership théâtral de sorte que lorsque le film explose plus tard dans le sang et le chaos, cela semble être le prolongement logique d'un système déjà violent, mais avec un meilleur éclairage et un langage RH.
Un des atouts du film est sans contexte la présence de la sublime Rachel McAdams, qui est juste phénoménale : déglamourisée, tendue, et initialement effacée d'une manière qui ne ressemble jamais à un gag de relooking bon marché, mais plutôt au portrait d'une personne entraînée à prendre le moins de place possible. À ses côtés, Dylan O'Brien est parfaitement calibré dans le rôle de Bradley Preston, le PDG suffisant et népotique dont la confiance repose entièrement sur le travail et la peur des autres. C’est le genre de patron qui ne sait rien faire d'utile, mais qui trouve toujours le moyen de vous rabaisser. Leur dynamique initiale est terriblement familière (surtout si vous avez déjà travaillé sous les ordres de quelqu'un qui utilise le feedback comme une arme de domination), et Damian Shannon et Mark Swift intègrent intelligemment le détail de Survivor, non pas comme un gadget ridicule, mais comme un indice psychologique : l'obsession de Linda pour la compétition structurée, l'endurance et les manœuvres sociales est en fait le reflet de la vie en entreprise, sauf que l'île lui permettra enfin de jouer selon ses propres règles.
Puis survient le crash une séquence virtuose de Sam Raimi mêlant comédie noire et punition physique et toute la hiérarchie du film bascule sous le choc. Échoués ensemble, l'autorité de Bradley, issue du capitalisme, perd instantanément tout son sens, et sa blessure le transforme en un fardeau dépendant ; tandis que Linda, armée de sa compétence à toujours nettoyer les dégâts des autres (et d'un véritable instinct de survie), s'épanouit avec une efficacité étrange, presque rayonnante. C'est là que Send Help devient vraiment addictif : ce n'est pas seulement une histoire de survie, c'est un duel de pouvoir changeant où chaque geste d'attention peut être un piège et chaque excuse une stratégie. Rachel McAdams incarne l'évolution de Linda avec un contrôle effrayant, son professionnalisme se transformant en obsession, son empathie se muant en quelque chose de prédateur, tandis que Dylan O'Brien réussit le tour de force de rendre Bradley détestable mais parfois, de manière troublante, pitoyable, de sorte que vous réévaluez constamment qui « gagne » et ce que signifie gagner lorsque le prix n'est autre que de ne pas mourir.
Formellement, on reconnaît sans équivoque la patte du réalisateur surdoué qu’est Sam Raimi : caméra rôdante, gros plans agressifs, changements de ton soudains et un engagement joyeux à montrer des souffrances répugnantes, vomissements, blessures, textures suintantes et violence éclaboussante délivrées avec le timing d'une chute. Le seul véritable point de friction est que certains effets gores et certaines créatures sont un peu trop numériques, perdant ainsi le charme tactile qui donnait aux premiers films de Sam Raimi un côté magique et artisanal. Sur le plan thématique, le scénario risque parfois de brouiller sa critique acerbe du sexisme au travail en poussant Linda à des extrêmes qui peuvent être interprétés comme déments plutôt que comme conséquences inévitables. Mais même lorsque ces aspects vacillent, l'élan du film reste intact : les dialogues restent tranchants, la tension continue de monter et le flou moral est le but recherché Send Help veut que vous soyez complice, que vous riez et grimaciez en même temps.
Si la fin semble légèrement plus propre et plus rapide que ne le suggère le milieu délicieusement nauséabond du film, Send Help reste une petite victoire malicieuse du studio : une fable moderne sur le thème mangez les riches qui traite moins de la pureté que de ce que le pouvoir fait à quiconque s'en approche suffisamment pour le toucher. Le meilleur moment du film n'est pas le gore (même s'il y en a beaucoup et qu’il est parfaitement amené et mairtrisé), mais la façon dont l'île devient une évaluation professionnelle tordue où les deux protagonistes testent constamment leurs limites respectives, et où l'on sent que Sam Raimi apprécie la cruauté sans sombrer dans le nihilisme. C'est un thriller de survie rare qui vous laisse avec un sourire auquel vous ne faites pas entièrement confiance, et avec le mantra de Linda qui résonne comme une déclaration de mission d'entreprise devenue prophétie : aucune aide ne viendra, alors vous feriez mieux de commencer à vous sauver vous-même.
Send Help
Réalisé par Sam Raimi
Écrit par Damian Shannon, Mark Swift
Produit par Sam Raimi, Zainab Azizi
Avec Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail, Dennis Haysbert, Xavier Samuel, Chris Pang, Thaneth Warakulnukroh, Emma Raimi, Bruce Campbell
Directeur de la photographie : Bill Pope
Montage : Bob Murawski
Musique : Danny Elfman
Société de production : Raimi Productions
Distribution : 20th Century Studios
Dates de sortie : 21 janvier 2026 (TCL Chinese Theatre), 30 janvier 2026 (États-Unis), 11 février 2026 (France)
Durée : 113 minutes
Vu le 20 janvier 2026 au Publicis Cinémas, Salle 1
Note de Mulder: