
| Titre original: | Flush |
| Réalisateur: | Grégory Morin |
| Sortie: | Vod |
| Durée: | 70 minutes |
| Date: | Non communiquée |
| Note: |
Il y a quelque chose d'étrangement exaltant à voir un cinéaste embrasser le mauvais goût avec une telle assurance que cela en devient presque une forme d'élégance, et c'est exactement ce que Grégory Morin réussit à faire avec Flush, une descente cauchemardesque mais perversement divertissante dans l'humiliation, la claustrophobie et le jugement moral. Construit sur ce qui semble être un postulat ridicule, un homme se retrouve avec la tête coincée dans des toilettes à la turque, le film établit rapidement que le choc n'est qu'une apparence. Derrière celle-ci se cache une étude de caractère torturée de Luc, interprété avec un désespoir étonnant et une précision comique par Jonathan Lambert, un raté cocaïnomane dont la vie chaotique l'a conduit dans ce purgatoire littéral sous les toilettes d'une boîte de nuit. Les premières scènes ne perdent pas de temps et nous plongent directement dans le chaos, et cette urgence s'avère être l'une des plus grandes forces du film ; là où d'autres thrillers se déroulant dans un seul lieu prennent leur temps pour tendre des pièges, celui-ci envoie joyeusement son protagoniste directement en enfer et verrouille la porte derrière lui.
Flush réussi à trouver un rythme émotionnel étrange au sein de sa comédie grotesque. L'écriture de David Neiss équilibre habilement l'absurdité et une sombre fatalité, faisant en sorte que chaque catastrophe croissante soit perçue à la fois comme une punition et un destin pour Luc, un homme qui est venu au club pour supplier son ex, interprétée avec une présence saisissante par Élodie Navarre, de lui donner une autre chance, mais qui ne fait que prouver encore et encore pourquoi elle l'a quitté au départ. Il y a une satisfaction perverse à le voir souffrir, mais Jonathan Lambert insuffle juste assez d'espoir pathétique au personnage pour que nous ne puissions pas l'abandonner complètement. Parallèlement, le langage visuel du film, mis en valeur par le travail du directeur de la photographie Mathieu De Montgrand, transforme une salle de bain crasseuse en un labyrinthe de terreur, de sueur et de saleté suffocante, transformant un espace dont nous nous enfuirions normalement en une scène de tourment créatif, d'humour noir et de narration physique inventive. De petites touches, comme la menace absurde d'un rat renifleur de drogue ou le désintérêt cruel des personnes qui découvrent la situation difficile de Luc et décident simplement que ce n'est pas leur problème, ajoutent des couches de commentaire social, exposant comment l'indifférence peut parfois sembler plus horrible que la violence.
Pourtant, Flush n'est pas sans failles, et c'est peut-être ce qui fait partie de son charme brut. La structure épisodique révèle parfois ses failles, certains gags comiques ressemblant davantage à des sketches épars qu'à des développements organiques, et une blague malvenue, fondée sur un humour choquant et paresseux, ralentit brièvement le rythme autrement soutenu du film. Il y a aussi des moments où l'absurdité menace de l'emporter sur la plausibilité soigneusement construite par Grégory Morin, en particulier lorsque la logique suggère que Luc aurait pu s'échapper plus tôt si le destin – ou la nécessité du scénario – avait été moins cruel. Pourtant, même dans ces passages plus faibles, le film conserve un magnétisme sinistre et une étrange dignité dans sa stupidité. L'un des plaisirs anecdotiques réside dans la façon dont Flush utilise constamment les éléments quotidiens des toilettes des clubs, tuyaux, échos, fonctionnalités des smartphones, voire le cliché redouté du glory hole et les transforme en sources d'effroi ou de comédie, nous obligeant à affronter le ridicule et l'horreur que peut devenir un lieu aussi banal lorsqu'il est transformé en prison.
À sa conclusion, Flush est passé d'une blague grossière à une histoire de survie étonnamment captivante sur un homme qui ne mérite peut-être pas le salut, mais qui s'y accroche désespérément. Grégory Morin fait preuve d'une assurance remarquable pour un premier long métrage, démontrant non seulement un sens de l'humour malicieux, mais aussi une réelle compréhension de la tension, du rythme et de la fragilité humaine. Le film défile à toute allure en soixante-dix minutes rapides, sales et haletantes, sans jamais lasser, trouvant constamment de nouvelles façons de tourmenter son malheureux protagoniste tout en nous faisant rire, grimacer et parfois même nous émouvoir. Il est audacieux, juvénile, follement inventif et sans complexe dégoûtant, mais sous son apparence vulgaire bat un cœur étonnamment réfléchi.
Flush
Réalisé par Grégory Morin
Écrit par David Neiss
Produit par Kieran Clemow, Thomas Leterrier, Jean-Michel Tari
Avec Jonathan Lambert, Élodie Navarre, Elliot Jenicot, Rémy Adriaens
Directeur de la photographie : Mathieu de Montgrand
Montage : Pauline Pallier
Musique : Mike Theis, Luc Rougy
Sociétés de production : AJM, F-Partners, AKTV
Distribution : NC
Dates de sortie : 27 juillet 2025 (FanTasia), 22 août 2025 (FrightFest), 3 septembre 2025 (L'Étrange Festival)
Durée : 70 minutes
Vu le 16 décembre 2025 au Max Linder Panorama
Note de Mulder: