Orfeo

Orfeo
Titre original:Orfeo
Réalisateur:Virgilio Villoresi
Sortie:Vod
Durée:74 minutes
Date:Non communiquée
Note:
Depuis son enfance, Orfeo imagine des histoires fantastiques autour d'une villa abandonnée située en face de chez lui. Pianiste solitaire et visionnaire, un soir, au Polypus, le club où il joue régulièrement, il croise le regard d'Eura. Un amour profond et absolu naît entre eux, mais elle cache un secret. Puis elle disparaît. Une nuit, Orfeo la voit entrer par une petite porte sur la Via Saterna, juste en face de la villa. Il la suit. Avant de franchir le seuil, il rencontre l'Homme vert, un personnage énigmatique qui semble connaître les mystères de ce passage. En franchissant la porte, Orfeo pénètre dans un monde d'outre-tombe onirique, habité par des créatures telles que Mélusine, le Mage de la forêt et des squelettes en marche. À l'intérieur de la villa, il rencontre la Veste, un gardien démoniaque qui prend possession de son corps pour revivre des souvenirs perdus à travers la musique. Il lui révèle alors où se trouve Eura : à la gare, sur le point de partir dans un train posé sur son piano. Seule une porte sur le pupitre, qui s'ouvrira à midi, peut la ramener. Orfeo arrive à temps pour lui dire au revoir. À son réveil, il trouve sa bague dans sa main. Il retourne au piano et joue pour elle, sachant qu'elle continuera à vivre dans ses souvenirs, ses rêves et sa musique.

Critique de Mulder

Le film Orfeo réalisé par Virgilio Villoresi, donne l'impression d'être l'un de ces rares films nés d'une pure nécessité créative, le genre de projet qui existe parce que son réalisateur avait un besoin urgent de donner forme à un rêve qui l'empêchait de dormir. Adapté du roman graphique révolutionnaire de Dino Buzzati et coécrit avec Alberto Fornari et Marco Missiroli, le film revisite le mythe d'Orphée à travers une réinterprétation luxuriante et hallucinatoire qui se déroule dans un Milan stylisé des années 1960, qui se dissout rapidement dans un monde souterrain orné de tentations et de désespoir. Au centre de cette odyssée se trouve Luca Vergoni, dont l'Orphée est à la fois fragile et obsessionnel, constamment tiraillé entre la beauté et l'agonie, tandis que Giulia Maenza confère à Eura un magnétisme troublant qui justifie sa descente dans les ténèbres. Leur histoire d'amour tient moins de la romance que de la fixation, de ce qui se passe lorsque l'émotion devient un labyrinthe dans lequel on se perd volontairement, et cette turbulence émotionnelle devient indissociable du délire esthétique du film.

Visuellement,  la conception artistique de Riccardo Carelli et Federica Locatelli transforme les espaces en paysages émotionnels, tandis que les costumes de Sara Costantini, clairement inspirés par le travail visionnaire d'Eiko Ishioka, donnent à chaque personnage l'impression d'être sculpté à partir d'un mythe. L'étonnante interaction entre l'action réelle et l'animation (mise en œuvre par Anna Ciammitti, Stefania Demicheli et Umberto Chiodi) crée un sentiment étrange que la réalité elle-même est consumée par l'imagination, comme si l'écran se dissolvait constamment dans un rêve. Tourné en 16 mm par Marco De Pasquale, le film trouve un équilibre entre intimité granuleuse et élégance spectrale, tandis que la musique d'Angelo Trabace fonctionne comme le flux émotionnel d'Orfeo, oscillant entre mélancolie et enchantement. Regarder ce film, c'est comme se promener dans un musée imaginaire organisé par un réalisateur enivré par le cinéma, qui nous guide à travers les couloirs de la mémoire, du mythe et de la peur.

Orfeo est lourd d'influences, mais ne donne jamais l'impression d'être un simple pastiche. On y retrouve des échos de Dario Argento, Maya Deren, Kenneth Anger, Tim Burton, Henry Selick, Chris Marker, Roger Corman et Federico Fellini, mais Virgilio Villoresi parvient à façonner ces références en quelque chose d'intensément personnel. Les enfers sont moins un royaume mythique qu'un espace psychologique, peuplé de ballerines qui oscillent entre grâce et cruauté, d'esprits qui murmurent le doute, de démons qui incarnent le désir et de gardiens squelettiques qui semblent juger chaque faux pas émotionnel. Une réplique demandant si la vie elle-même est terrifiante résonne comme une thèse discrète : la beauté et la terreur coexistent, l'amour et le danger partagent le même visage, et chaque acte de dévotion risque de nous plonger plus profondément en nous-mêmes que nous ne sommes prêts à le faire. La fidélité narrative au mythe classique peut rendre l'histoire prévisible, mais les textures émotionnelles et l'imagination visuelle rendent l'expérience captivante.

Même si la romance semble parfois éclipsée par l'ambition visuelle, la sincérité de la mission artistique de Virgilio Villoresi est indéniable, et c'est finalement cette sincérité qui fait résonner Orfeo. C'est un film mû par la passion plutôt que par le calcul, par la joie de la création plutôt que par la sécurité des conventions. Lorsque les images nous submergent, c'est dans un but précis, comme pour nous rappeler que le cinéma a encore le pouvoir d'éblouir, de hanter et d'enivrer. On quitte Orfeo légèrement transformé, comme si l'on avait erré dans un beau cauchemar et que l'on en était revenu avec des traces de ses ombres encore présentes dans l'esprit. Audacieux, mélancolique, extravagant et émotionnellement désarmant, Orfeo est une œuvre d'art remarquablement conçue et profondément émouvante.

Orfeo
Réalisé par Virgilio Villoresi
Écrit par Virgilio Villoresi, Alberto Fornari
Produit par Alessandro Del Vigna, Chiara Ghidelli, Greta Rossi, Alessandra Rosso, Giulio Sangiorgio, Enrico Maria Vernaglione
Avec Luca Vergoni, Giulia Maenza, Aomi Muyock, Vinicio Marchioni
Directeur de la photographie : Marco de Pasquale
Montage : Virgilio Villoresi
Musique : Angelo Trabace
Sociétés de production : Fantasmagoria, Ministero della Cultura
(soutien)
Distribution : NC
Dates de sortie : NC
Durée : 74 minutes

Vu le 14 décembre 2025 au Max Linder Panorama

Note de Mulder: