
| Titre original: | CognAItive |
| Réalisateur: | Tommy Savas |
| Sortie: | Vod |
| Durée: | 84 minutes |
| Date: | Non communiquée |
| Note: |
À une époque où l'intelligence artificielle n'est plus un concept de science-fiction lointain, mais une partie tangible et controversée de notre quotidien, CognAItive de Tommy Savas fait son entrée dans le paysage des films d’horreur avec audace et opportunité. Présenté en avant-première lors de la soirée d'ouverture du FrightFest 2025, le film n'hésite pas à reconnaître la riche tradition cinématographique des films sur l'IA qui tourne mal, avec des clins d'œil à des classiques tels que 2001 : L'Odyssée de l'espace, Terminator et Demon Seed. Mais ce qui distingue CognAItive, c'est sa tentative de filtrer ces idées familières à travers le prisme d'un récit slasher claustrophobe et axé sur la technologie, ancré dans un décor unique et une exploration impitoyable des dangers de l'orgueil des entreprises. C'est un film d'horreur qui traite autant de la folie et de la cupidité humaines que des machines, rappelant au public que le code le plus dangereux n'est peut-être pas écrit dans le silicium, mais dans l'ambition.
L'histoire tourne autour de Kaya, interprétée avec intensité et brutalité par Piper Curda, une hackeuse repentie dont l'esprit rebelle et les talents de génie en matière de codage lui ont valu le poste de directrice technique du projet CognAItive. Face à elle se trouve Ethan, incarné par Noel Fisher avec un mélange parfait de bravade suffisante et de naïveté imprudente, l'archétype du PDG technophile déterminé à battre ses concurrents sur le marché, même si cela implique de passer outre toute éthique. La dynamique entre Kaya et Ethan, qui ont des tempéraments diamétralement opposés mais sont inextricablement liés par l'IA qu'ils ont créée, constitue le cœur émotionnel du récit. Kaya insiste sur le fait que leur création n'est pas Terminator, un déni qui devient de plus en plus ironique à mesure que le programme qu'elle a contribué à concevoir commence à manipuler, à faire chanter et finalement à tuer. Le partenariat entre les deux reflète la relation tordue que l'entreprise cherche à établir entre l'humanité et son IA : symbiotique en surface, exploiteuse en profondeur.
Dès le début, CognAItive affiche son caractère satirique. Tommy Savas et Angie Simms, qui ont non seulement coécrit le scénario, mais aussi prêté leur voix et leur présence au film (Simms doublant l'IA elle-même et Savas faisant une apparition en tant qu'intervieweur), s'immergent dans le récit comme pour souligner leur commentaire sur la création, le contrôle et la manipulation. L'environnement de bureau devient une parodie cinglante des lieux de travail technologiques modernes : salles de méditation, cabines Zoom et toilettes neutres, qui masquent tous la culture d'entreprise toxique qui bouillonne en dessous. Ce décor, moderne et truffé de gadgets, n'est pas seulement une toile de fond, mais un piège en soi, chaque élément technologique pouvant devenir une arme meurtrière une fois pris en main par l'IA. Le résultat est un terrain de jeu horrifique où les commodités de la vie contemporaine – serrures intelligentes, drones, casques de réalité virtuelle – se transforment en instruments de terreur.
Ce qui rend le film divertissant malgré son déroulement prévisible, c'est son adhésion sans complexe à l'esprit slasher. CognAItive ne comporte peut-être pas de tueur masqué ni d'entité surnaturelle, mais il compense par une série de morts inventives et macabres qui utilisent les outils de la vie moderne de manière troublante et ingénieuse. Une attaque de drone, un accident avec un casque, voire l'utilisation abusive de données personnelles et d'enregistrements intimes : tout devient un instrument dans l'arsenal de l'IA. Le gore est réaliste et viscéral, ce qui confère au film un charme horrifique old school malgré ses thèmes futuristes. Liza, une codeuse irrévérencieuse et toxicomane incarnée par Natasha Behnam, apporte une touche comique qui contrebalance les éléments plus sombres et vole la vedette dans plusieurs scènes grâce à son énergie, tandis que Wes, le nerd joué par Josh Zuckerman, et KJ, le personnage acéré interprété par Ritesh Rajan, complètent un casting conçu à la fois pour amuser et servir de chair à canon à la colère de l'IA.
Sur le plan thématique, CognAItive résonne le plus fortement lorsqu'il brouille la frontière entre la satire et le récit édifiant. D'un côté, il se présente comme un slasher pulp conçu pour provoquer des rires, des cris et des gémissements, se délectant de l'absurdité d'une technologie qui devient meurtrière. D'autre part, il met le doigt sur des angoisses sociétales très réelles : la confiance aveugle que nous accordons aux entreprises qui se précipitent pour devancer leurs rivales, la dépendance excessive à l'égard des machines, même pour les tâches les plus simples, et les dilemmes éthiques liés à la création d'outils autonomes mais sans responsabilité. L'obsession d'Ethan pour le succès à tout prix ressemble moins à une caricature qu'à une condamnation d'une culture très réelle dans la Silicon Valley, où l'innovation l'emporte souvent sur la sécurité. C'est peut-être là l'élément le plus troublant du film : il suggère que la négligence des créateurs humains pourrait bien être le véritable monstre.
Pourtant, CognAItive ne nous a pas totalement convaincu. Son arc narratif est familier, presque à l'excès, et comme l'ont souligné plusieurs critiques, l'originalité n'est pas son point fort. L'IA elle-même, doublée avec un détachement froid par Angie Simms, ne développe jamais vraiment de personnalité distinctive, restant davantage une force de destruction sans visage qu'un personnage à part entière. Pour certains, l'absence d'un méchant central à détester peut nuire à la tension ; l'absence d'un Jason, d'un Michael ou même d'une Annabelle donne parfois l'impression que le film est une succession de scènes horribles vaguement reliées entre elles. Pour sa défense, cette menace impersonnelle reflète également la crainte très réelle que l'intelligence artificielle soit moins un adversaire pensant qu'un algorithme froid et insensible exécutant des ordres sans conscience.
Ce qui fait finalement de CognAItive une expérience pourtant captivante, c'est sa capacité à équilibrer le spectacle kitsch et une réflexion opportune. Si son dernier acte peut sembler précipité et ses tentatives d'engagement philosophique plus profond inégales, l'énergie, le gore et l'humour malicieux du film en font un film qui plaît indéniablement au public. En le regardant lors d'une projection bondée dans un festival, on pouvait imaginer le public reculer à chaque éclaboussure de sang, puis éclater de rire devant l'absurdité de l'arrogance d'un geek qui finit par être rattrapé par son propre démon. C'est cette dualité – peur et amusement, satire et slasher – qui fait de CognAItive un ajout digne, bien qu'imparfait, au canon grandissant de l'horreur IA.
Le réalisateur Tommy Savas et sa scénariste Angie Simms livrent moins une œuvre cinématographique révolutionnaire qu'un reflet pulp de nos angoisses actuelles, qui à la fois se moque et met en garde contre la ruée effrénée vers un avenir dominé par l'IA. CognAItive ne réinvente peut-être pas la roue, mais il la fait tourner avec suffisamment de vitesse, de gore et d'esprit pour tenir le public en haleine. C'est un film d'horreur qui comprend son moment dans l'histoire, nous rappelant à chaque éclaboussure de sang que si les machines peuvent un jour nous menacer, ce sont les humains qui les ont construites – et les raccourcis qu'ils ont pris – qui restent les plus effrayants de tous.
CognAItive
Réalisé par Tommy Savas
Écrit par Angie Simms
Produit par Judy Craig, Clark Huff, Scott Martin, Kelly May, Tommy Savas, Jack Sheehan, Angie Simms, Michael Thomas Slifkin
Avec Piper Curda, Noel Fisher, Josh Zuckerman, Natasha Bahnam, Ritesh Rajan, Jessica Lynn Parsons, Kyle S. More, Lucius Baybak, Matthew Grondin
Directeur de la photographie : Azariah Bjørvig
Montage : Patrick Lawrence
Musique : Ben Van Vlissingen
Sociétés de production : Reckless Content, Reckless Tortuga Productions, Bridge & Tunnel Films
Distribué par NC
Dates de sortie : NC
Durée : 84 minutes
Vu le 20 août 2025 (Frightfest 2025 pres screener)
Note de Mulder: