Un pont trop loin

Un pont trop loin
Durée:169 minutes
Réalisateur:Richard Attenborough
Sortie:Cinéma
Date:24 août 1977
Note:
En 1944, après le débarquement en Normandie, les Allemands se réplient progressivement des territoires occupés. Afin de précipiter ce retrait et terminer la guerre avant la fin de l'année, les Alliés mettent sur pied l'opération "Market-Garden" du général Montgomery. Elle consiste à parachuter des centaines de soldats derrière la ligne de front, au Pays-Bas, et à prendre possession des ponts décisifs dans l'invasion finale de l'Allemagne, le temps que les renforts terrestres arrivent. Mais de nombreux contretemps font tourner ce débarquement aérien au fiasco.

Critique de Tootpadu

Le Jour le plus long a été une fresque guerrière sans pareil, une évocation épique et héroïque du débarquement en Normandie qui annonçait la fin du nazisme en Europe. Quinze ans après ce succès monstre qui figure toujours parmi les films les plus populaires au cinéma en France, le producteur Joseph E. Levine allait suivre sur les traces de Darryl F. Zanuck en recréant la deuxième manoeuvre d'envergure des troupes alliées. Le ton est par contre devenu clairement plus critique face à une opération qui peut au mieux être considérée comme un demi-échec. Il revenait alors au réalisateur Richard Attenborough de trouver un équilibre convenable entre la complexité militaire des événements, leur aspect pas tellement glorieux et, enfin, une distribution truffée de vedettes cantonnées dans de petits rôles.
Le point fort du film est la sincérité avec laquelle il décrit l'absurdité et la cruauté de la guerre. Comme ce fut le cas dans les quelques réussites ultérieures du réalisateur, comme Gandhi, Chaplin ou Les Ombres du coeur, Richard Attenborough ne se soucie pas tellement de soigner son style, mais plutôt de percer l'humanité et la fragilité de ses personnages. Ici, les soldats abandonnés en territoire ennemi à cause des retards pris par les renforts figurent comme les pions dispensables sur le vaste échiquier des stratégies militaires. La suprématie du but à atteindre prime alors sur les failles évidentes du plan, sur les informations contradictoires et même sur les scrupules de quelques supérieurs qui savent pourtant que toute résistance au rouleau compresseur des généraux haut placés est inutile. L'expression de ce malaise de l'individu lucide face à la priorité militaire prend certes parfois une forme peu subtile (les éternelles railleries du général polonais). Mais dans l'ensemble, le message véhiculé par le film est plutôt marqué par une interrogation sur le bien fondé de l'opération, que par une célébration de valeurs patriotiques.
Rares sont les vedettes qui ne remplissent pas parfaitement leur rôle ici. A l'exception d'un volet civil expédié trop rapidement (l'épisode autour de Liv Ullmann et Laurence Olivier), les interprétations sont toutes très solides, avec une mention spéciale pour Dirk Bogarde, excellent comme instigateur ambivalent de l'invasion. Toutefois, c'est la magistrale bande originale de John Addison qui distingue fortement le film !

Revu le 29 septembre 2006, en DVD, en VO

Note de Tootpadu: