Desierto

Réalisé par Jonás Cuarón (2016)

Thriller
Desierto
Durée 94 minutes
Sortie 13/04/2016
Note 8/10

Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l'immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un.

La critique

Par Mulder 04/04/2016

Auréolé ce week end du prix du public du Festival du film policier de Beaune, le second film du réalisateur Jonás Cuarón (Ano Una (2007)) s’impose comme le digne descendant de Duel de Steven Spielberg (1971)). Cet affrontement à mort entre un psychopathe américain et un immigré clandestin en plein désert de Sonora (Sud de la Californie) tient en haleine durant toute la durée de ce thriller violent et âpre. Co-écrit par le réalisateur avec le scénariste Mateo Garcia et produit par le père du réalisateur Alfonso Cuarón et son oncle Carlos Cuarón, Desierto est un film familial pétri avec un réel amour du cinéma de genre.

Pratiquement tourné en temps réel, le film commence par présenter un convoi de mexicains clandestins souhaitant se rendre aux Etats-Unis pour avoir une vie meilleure et plus de chance de vivre correctement. Dans un milieu hostile, ceux-ci vont retrouver un homme solitaire pro américain et décidé à ce que son pays ne soit plus envahi par des immigrés clandestins. Un tel scénario nous rappelle le sort de nombreux émigrés tentant de fuir des pays dans lesquels ils sont opprimés. Derrière ce constant social en filagrane, les scénaristes ont plutôt cherché à créer comme ce fut le cas pour Gravity une véritable expérience cinématographique. L’espace est remplacé par un désert sans fin et la finalité du personnage principal est de garder un réel sens moral et de rester en vie tout en aidant comme le montre si bien le début les autres immigrés.

Tourné en décor réel et pratiquement dans le même lieu, le réalisateur a su tirer au maximum la beauté de ce paysage crépusculaire et faire naître un réel climat oppressant épaulé par deux comédiens parfaits dans leur rôle, Gael García Bernal (Moise, l’immigré mexicain)) et Jeffrey Dean Morgan un psychopathe dangereux prêt à tout pour tuer un maximum de personnes. Cette lutte autant psychologique que physique va pousser ces deux êtres humains à leur limite. Dépourvu d’arme pendant une longue partie du récit, Moise ne pourra compter que sur ces réflexes et sa volonté de vivre. Gael García Bernal (Ardor (2004), Blindness (2008)) plutôt habitué à des rôles dramatiques convainc parfaitement et donne à son personnage l’épaisseur nécessaire. De la même manière Jeffrey Dean Morgan plutôt spécialisé dans le cinéma d’action (Watchmen - Les Gardiens (2009), The Losers (2010), The Specialist (2011))) confirme qu’il est parfait dans des rôles musclés que cela soit du bon ou mauvais côté de la loi.

On se doute que les conditions de tournage pour le réalisateur Jonás Cuarón et les comédiens n’ont pas dû être simples et le film représente ainsi une véritable prouesse aussi bien physique que technique. La réalisation totalement immersive du réalisateur nous amène dans l’action de manière constante pour relâcher notre attention uniquement le spectacle fini. On repense ainsi constamment à Duel de Steven Spielberg qui a su tirer le maximum des maigres moyens mis à contribution. Le réalisateur peut également s’appuyer sur l’excellente partition de Yoann Lemoine (Woodkid) pour renforcer ce climat angoissant.

Desierto fait parti de ces réussites exemplaires qui ne se contentent pas d’exploiter mécaniquement des règles mises en place par un genre. Au contraire en cherchant parfaitement le bon angle et boosté par un montage fait par le réalisateur lui-même Desiero s’impose comme une réussite et augure un avenir glorieux à son réalisateur tel son père dont la filmographie l’impose parmi les plus grands réalisateurs actuels (Les fils de l’homme (2006), Gravity (2013))

Vu le 31 mars 2016 à l’ UGC Ciné-Cité Bercy Salle 32, en VO

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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