
| Titre original: | Au coeur de l'océan |
| Réalisateur: | Ron Howard |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 122 minutes |
| Date: | 09 décembre 2015 |
| Note: |
Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l'embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…
Ron Howard fait partie de ces grands réalisateurs américains qui en pratiquement quarante ans de carrière a pu marquer de son empreinte le cinéma mondial. Chacun de ses films témoigne non seulement de son attachement envers des valeurs fortes, le courage, la famille, la reconnaissance mais aussi la volonté de ne pas se cantonner à de simples projets préformatés. Ancré dans la tradition du grand cinéma hollywoodien, il est ainsi passé aisément des films fantastiques (Splash (1984), Cocoon (1985), Willow (1988), des comédies américaines (Portrait craché d'une famille modèle (1989), En direct sur EdTV (1996)) à des films de grands spectacles (Horizons lointains (1992), Apollo 13 (195)) et à des thrillers efficaces (La rançon (1996), Da Vinci Code (2006), Anges et démons (2009). Chacun de ses projets témoigne de sa volonté de s’attacher à des projets lui tenant à cœur et à être un témoin de son époque. Dans ce sens Au cœur de l’océan renoue avec le grand cinéma d’aventure à l’ancienne. Un cinéma dans lequel les effets spéciaux ne sont pas là pour cacher les faiblesses scénaristiques ni d’interprétation.
Le scénariste Charles Leavitt (Blood Diamond (2006), The Express (2008), Le Septième fils (2014)..) en adaptant le roman Heart of the Sea rédigé par Nathaniel Philbrick revient à la source de l’œuvre phare d’Herman Melville Moby Dick. Cet équipage du baleinier Essex confronté à une dangereuse baleine d’une taille surréelle va se retrouver à affronter une force naturelle dépassant leur résistance. Comme dans les grands films d’aventure qui ont marqué nos mémoires, Au cœur de l’océan nous présente la société américaine au début du XIXème siècle dans ses débuts d’industrialisation massif. On découvre ainsi le capitaine George Pollard totalement inexpérimenté mais né dans une classe aisée lui permettant d’avoir un tel poste. Face à lui, Owen Chase est un marin aguerri qui rêve de diriger son propre navire. Aussi à l’aise à agir rapidement face aux nombreux dangers et à l’écoute de son équipage il est un capitaine en second avec une réelle expérience et de ce fait apprécié. L’opposition de ces deux hommes suivie d’un réel respect mutuel donne au film une sous lecture intéressante.
Au cœur de l’océan n’est donc pas une nouvelle adaptation de Moby Dick. Le film prend donc ses espaces avec celui de John Huston homonyme. Il ne s’agit donc plus de l’histoire d’Ishmael mais il reprend avec un réalisme important la technique de la chasse à la baleine dans toute sa cruauté, de l’opposition des classes sociales et surtout de la folie humaine à vouloir affronter des forces naturelles surpuissantes. La baleine à laquelle se retrouve confronter cet équipage apparaît à l’écran comme un véritable monstre marin de plus de vingt neuf mètres de long et de quatre vingt tonnes. Cet affrontement ressemble donc à celle que pourrait avoir des hommes contre des titans, des forces divines. Ron Howard trouve ainsi dans le sujet de ce film toutes les thématiques qui lui tiennent à cœur. Il retrouve également le comédien Chris Hemsworth qu’il avait dirigé dans Rush (2013). Parfait dans le rôle d’Owen Chase, ce comédien montre une fois de plus qu’il n’est pas qu’un acteur physique (Star Trek (2009), Thor (2011), Blanche-Neige et le chasseur (2012)) mais un véritable comédien aussi à l’aise dans des scènes dramatiques que dans des scènes d’action . Sa transformation physique pour ce rôle l’impose tout simplement comme celui d’un comédien sachant totalement s’investir dans son rôle. Le reste du casting est également au diapason avec Benjamin Walker (Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (2012)) , Ben Whishaw (Cloud Atlas (2012), 007 Spectre (2015)..), Brendan Gleeson, Tom Holland (le prochain Spider-man..) et Cillian Murphy (Batman Begins (2005), Inception (2010), Red Lights (2012)..).
Ron Howard nous propose donc non seulement le meilleur film d’aventures de cette année mais également une relecture originale du mythe de Moby Dick. Son film n’est pas un nouveau film de Monstre mais plutôt un de survie. Sa collaboration avec Charles Leavitt est complètement fusionnelle. Ils ont ainsi su donner au public un récit palpitant, magistralement interprété et surtout une histoire humaine émotionnellement forte. Les effets spéciaux présents ici sont uniquement présents pour renforcer la tonalité du film. Pour ces raisons, nous vous encourageons à découvrir ce film évènement de fin d’année.
Vu le 2 décembre 2015, à la Salle Warner Bros en VO
Note de Mulder: