Mon Roi

Mon Roi
Titre original:Mon Roi
Réalisateur:Maïwenn
Sortie:Cinéma
Durée:124 minutes
Date:21 octobre 2015
Note:

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer …

Critique de Mulder

Mon Roi marque la quatrième réalisation de Maïwenn. Après l’excellent Polisse en 2011 dont elle avait également co- signé le scénario (avec Emmanuelle Bercot) et qu’elle avait réalisée, elle nous livre cette fois-ci une œuvre poignante et forte sur un couple en pleine crise. Comme pour beaucoup de scénaristes et réalisateurs, le cinéma semble être pour cette réalisatrice un moyen d’exorciser ses démons. Nous suivons donc l’évolution de ce couple, de sa première rencontre, des premiers moments heureux à des autres nettement moins chaleureux. La mise en scène très inspirée de Maïwenn suit donc de manière intime ses deux adultes et nous montre à quel point une passion peut se révéler aussi dangereuse que destructrice. Il y a dans les personnages campés par Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel une véritable tension faite d’amour et de haine palpable à chaque scène.

On reconnaît également dans Mon Roi la patte indéniable de la réalisatrice par son approche quasi documentaire des relations humaines d’un couple en pleine crise. Elle laisse ainsi au public de prendre sa propre position et surtout d’essayer de mieux comprendre psychologiquement le lien fort unissant ces deux personnages marqués par leur passé et cherchant à travers le regard de l’autre à exister. Les blessures personnelles de la réalisatrice prennent ainsi une part importante à la réflexion et à l’analyse de ce film. La reconstruction autant morale que physique de l’héroïne suite à une chute grave en ski lui permet de mieux appréhender son futur et de tirer des enseignements des erreurs de son passé. La fin volontairement ouverte nous rappelle que la vie est faite de plaisir et de tristesse et que les deux sont comme ce couple intrinsèquement lié.

A travers ce film, l’analyse de notre société actuelle occupe une grande part. Elle prolonge ainsi la volonté de la réalisatrice de continuer à dresser des portraits sans phare de notre société. Après sa vision du métier d’acteur (Le bal des actrices (2009)), celui d’une Brigade de Protection des Mineur (Polisse), cette fois-ci on sent à travers ce film la tonalité forte que ressent Maiwenn envers la vie de couple qui est pour elle un signe d’épanouissement important mais aussi de blessures et d’adaptation. C’est ce regard d’une véritable réalisatrice, ce cinéma typiquement anglais d’un cinéma social qui ressort une nouvelle foi de la créativité de Maiwenn.

Enfin, on retiendra la force du jeu de deux grands comédiens qui semblent lâcher prise et se livrer autant intimement que émotionnellement pour donner vie à ses deux personnages addictifs entre eux. C’est surtout la présence de la comédienne Emmanuelle Bercot qui mérite effectivement le prix d’interprétation qu’elle a recueilli à Cannes en mai dernier. Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons que vous encourager à découvrir ce film réussi d’une réalisatrice à suivre…

Vu le 13 octobre 2015 au Publicis Cinémas, Salle 3

Note de Mulder: