
| Titre original: | Amants électriques (Les) |
| Réalisateur: | Bill Plympton |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 77 minutes |
| Date: | 23 avril 2014 |
| Note: |
Initialement, la belle Ella, plongée dans sa lecture, ne comptait que traverser la foire. L’invitation insistante d’un animateur la fait changer d’avis et elle se retrouve au centre de toutes les attentions dans un stand d’auto-tamponneuses. Elle a failli y laisser sa peau, si ce n’était pour l’intervention in extremis du pompiste Jake. C’est le coup de foudre entre eux et les amants électriques filent un parfait amour, en termes sentimentaux et sexuels, jusqu’au jour où la voisine jalouse et d’autres garces se mettent à séduire systématiquement Jake.
Bill Plympton occupe une place importante dans le cinéma d’animation américain indépendant. Ses nombreux courts métrages d’animation depuis 1977 (Lucas the Ear of Corn (1977)) lui ont permis également de réaliser six films depuis 1992 (The Tune). Sa renommée et son talent indéniable lui ont valu de recevoir un bel hommage de la part du réalisateur Quentin Tarantino dans Kill Bill et dans deux épisodes de la série culte animée Les Simpsons (saison 23 épisode 18 et saison 24 épisode 15). Ses dessins animés sont tout de suite identifiables par leur forme entre le dessin et une animation différente de celle des grands studios d’animation.
Entre son précédent film Des idiots et des anges (2009) et Les amants électriques cinq années se sont passées mais son style est resté entier. Au lieu de vouloir rentrer dans le moule des grands studios, cet auteur de génie produit, scénarise et dessine ses films. Cette totale indépendance lui permet de livrer sans aucune entrave les films sans avoir à rendre des comptes à personne. Certes ces films ne sont pas distribués sur d’aussi grands réseaux de distribution mais sa renommée et sa totale indépendance sont saluées. Le film Les amants électriques peut autant plaire que décevoir car il s’agit d’un film d’animation très poétique sans dialogue et avec une animation à l’ancienne. On sent que le réalisateur tire de son expérience personnelle matière à donner vie à la relation entre Jake et Ella. Marié depuis décembre 2011, on sent que sa nouvelle vie lui donne une vision différente du monde qui l’entoure. La thématique de l’amour est donc le moteur principal de son nouveau chef d’œuvre. Par moment nous avons ainsi comme l’impression d’être dans une galerie et que les tableaux que nous contemplons prennent vie. La disproportion des traits des personnages rajoute un cachet poétique à ce film.
A l’image de certains films de science-fiction, découvrir un film de Bill Plympton est une vraie expérience aussi sensorielle qu’intellectuelle. Ainsi, il faut un certain temps pour se laisser entraîner dans un univers poétique, lyrique et ressemblant à un rêve éveillé. C’est cela que devrait être le cinéma, sans cesse vouloir inventer, divertir intelligemment et éviter les décalques. Nous sommes donc loin du cinéma Hollywoodien et plus proche d’un cinéma européen expérimental. Un cinéma que défend ardemment Tootpadu et pour lequel j’aime être étonné, bousculé et qu’il me permette d’ouvrir mon horizon cinématographique vers un cinéma moins commercial mais tout aussi intéressant.
La vie est donc omniprésente dans ce film d’animation propre à un auteur poète et dernier rempart contre l’ère des films d’animations réalisés par ordinateurs et qui a transformé à jamais la manière de faire des films d’animation. Bill Plympton nous montre que malgré une animation qui semble daté d’un âge révolu la beauté d’un excellent scénario, des images vivantes et originales ont toujours leur place. Pour cela, on ne peut que défendre un tel film.
Vu le 20 février 2014 au cinéma Le Balzac, Salle 01, en VO
Note de Mulder:
Au risque de nous répéter par rapport à notre critique du film précédent du réalisateur, nous sommes toujours aussi amplement subjugués par l’imagination sans bornes de Bill Plympton ! Ses films expriment un sens aigu de la poésie cinématographique, ainsi qu’une liberté de ton et des formes plastiques que l’on ne retrouve hélas nulle part ailleurs dans le genre de l’animation. Alors que les productions des studios américains se suivent et se ressemblent avec une monotonie affligeante et que le cinéma asiatique d’animation se résume ces jours-ci à un chant de cygne de Hayao Miyazaki après l’autre, Bill Plympton sait admirablement rester fidèle à lui-même, c’est-à-dire à un versant subversif de son domaine qui jouit d’une cohérence interne exemplaire. Tout paraît possible dans cet univers, qui fuit la normalité et les images carrées comme la peste. La digression y est fortement encouragée, à la fois du côté du contenu, plus sensuel, voire érotique que jamais dans le cas présent, et de la forme qui s’apparente à un festin enivrant de transitions jubilatoires.
La première séquence des Amants électriques est peut-être ce que nous avons vu de plus poétique dans un film d’animation depuis longtemps. La marche d’Ella, d’abord à travers la rotonde, puis en se faufilant parmi les différentes attractions de la fête foraine, y devient le fil conducteur d’un magnifique mouvement sans but apparent, mais soutenu par une musique en parfaite adéquation avec ce dépaysement immédiat. D’emblée, il n’y a pas de doute : nous sommes bel et bien face à un nouveau coup de maître de la part de Bill Plympton. Bien sûr, l’enchantement initial ne tarde pas à se transformer en cette horreur subtile dont le réalisateur a le secret. Mais cette introduction magistrale suffit d’ores et déjà à nous transporter au septième ciel du cinéma !
Si la suite s’avère moins poétique, elle a néanmoins l’immense avantage de nous réconforter dans notre admiration pour l’audace créative du réalisateur. Non seulement, ce dernier s’y adonne une fois de plus à un feu d’artifice de motifs qui se muent miraculeusement en des édifices imaginaires et tout à fait représentatifs du monde fou de Bill Plympton, mais il réussit également à évoquer la volupté charnelle sans tomber dans la vulgarité la plus plate. Bien que le prétexte de l’intrigue ne soit à la base qu’une vilaine méprise, ce que le trait inimitable de Plympton en fait est une plongée vertigineuse dans les méandres de la vie en couple, rythmée par des infidélités et un cercle infernal de soupçons plus ou moins fondés. Enfin, autant nous nous laissons entraîner volontairement dans ce tourbillon d’idées prodigieuses, autant nous savons gré au réalisateur de ne pas prolonger le spectacle ébouriffant au-delà d’une bonne heure de film. Car la richesse esthétique et narrative du style de ce cinéma d’animation à nul autre pareil est telle, que l’on friserait probablement l’indigestion des sens si on y était soumis pendant une durée plus importante.
Vu le 19 mars 2014, au Balzac, Salle 1, en VO
Note de Tootpadu:
L’imagination de Bill Plympton est-elle sans limites ? C’est en tout cas la question que l’on peut se poser au vu du formidable travail qu’il accomplit depuis de nombreuses années. A travers sa filmographie, l’artiste a su développer un univers dérangé et surtout un style visuel étonnant, si bien qu’il s’est peu à peu imposé comme l’un des maîtres du cinéma d’animation indépendant. De grands noms du cinéma actuel n’hésitent pas à clamer leur admiration pour son œuvre, et on ne s’étonnera pas d’entendre Terry Gilliam dire que Bill Plympton est son réalisateur de films d’animation préféré. En effet, le style de ce dernier n’est pas sans rappeler les passages animés qui foisonnaient dans les films des Monty Pythons, ou bien Storytime (1968), le premier court métrage d’animation de Gilliam. Pourtant, force est de constater que l’art de Plympton est bien trop méconnu du grand public français. Son nouveau long métrage est peut-être l’occasion pour certains de découvrir une œuvre incontournable.
Les Amants électriques est une love-story passionnée et sensuelle qui aborde le thème de l’adultère à travers une intrigue somme toute assez classique et réaliste : l’homme qui pense avoir été trompé se venge, ignorant qu’il s’agit d’un malentendu. Toutefois, l’intrigue sait également être complètement originale et fantastique par moment, comme en témoigne la présence de l’étrange machine Trans-âme d’El Merto. Evidemment le récit est surtout un prétexte, et le réel intérêt se trouve bien entendu dans la forme et non dans le fond. On y retrouve la principale qualité du cinéma de Bill Plympton : une image magnifique, dont l’aspect quelque peu artisanal nous laisse percevoir chaque coup de crayon. Les Amants électriques nous offre un peu plus d’une heure de poésie visuelle délicieusement accompagnée de la musique de Nicole Renaud, collaboratrice de longue date du cinéaste.
On se laisse également séduire par les trouvailles visuelles qui sont réellement légion dans ce film. Ici, l’exagération semble être le maître mot de tant les corps sont disproportionnés, les sentiments exacerbés, et les mouvements amplifiés.Il n’y a pas un seul instant où Plympton ne joue pas avec les espaces, les distances, les perspectives, les ombres ou encore les angles de vue, ce que permet aisément le cinéma d’animation. En exploitant au maximum ses possibilités, le réalisateur nous prouve ainsi que ce domaine cinématographique manque souvent cruellement d’audace. Les idées de mise en scène sont toutes plus brillantes les unes que les autres, et le montage rythmé et intelligent contribue à un résultat très réussi.
A la fois beau, drôle et très osé, Les Amants électriques ne peut que nous donner envie de nous plonger dans la filmographie d’un homme qui n’a de cesse de nous prouver qu’il est un grand monsieur de l’animation.
Vu le 19 mars 2014, au Balzac, en VO.
Note de Noodles: