Jack et la mécanique du coeur

Jack et la mécanique du coeur
Titre original:Jack et la mécanique du coeur
Réalisateur:Stéphane Berla, Mathias Malzieu
Sortie:Cinéma
Durée:92 minutes
Date:05 février 2014
Note:

Jack naît le jour le plus froid du monde. Sa mère a tout juste le temps de parvenir jusqu’à la bicoque de Madeleine, un docteur que certains qualifieraient de sorcière, avant de donner naissance. Mais à cause des températures glaciales, le cœur du bébé est gelé. Madeleine invente alors un mécanisme sophistiqué à base d’horloge pour le remplacer. C’est elle qui élèvera finalement Jack. Pour que son bricolage magique fonctionne, le garçon doit impérativement respecter trois règles : ne pas toucher à ses aiguilles, maîtriser sa colère et surtout ne jamais tomber amoureux.

Critique de Tootpadu

Grâce à l’informatique, il n’existe plus de vraies limites à ce que l’on peut montrer dans un film d’animation. Or, même si tout paraît désormais possible, cela ne veut hélas pas dire que ces moyens techniques soient toujours employés à bon escient. Il ne suffit pas de maîtriser la forme pour cacher un fond uniforme ou bâclé, comme bon nombre de productions nous l’ont prouvé récemment. D’où la très agréable surprise de ce film français à l’esthétique à première vue froide et artificielle, qui a néanmoins su nous subjuguer à travers son imagination débordante.

Jack et la mécanique du cœur nous emmène dans un tourbillon doux-amer qui nous propulse vers le sommet en termes de transitions ingénieuses, tout en provoquant à intervalles réguliers ces petits pincements au cœur dus à une poésie filmique à l’état pur. Contée sur fond de mélodies dans la droite lignée de la chanson française, l’histoire de ce garçon à la santé fragile fait ainsi autant pour nous attendrir que pour nous divertir. Les décors parfois lugubres auraient de quoi nous rappeler l’univers de Tim Burton, si ce n’est que les réalisateurs Mathias Malzieu et Stéphane Berla s’approprient ce monde enchanteur, initialement décliné sous forme écrite et chantée, avec une désinvolture narrative rarement à la portée du père de Frankenweenie. Le rythme endiablé du récit passe ainsi en revue une panoplie de personnages pittoresques, sans que se perde une certaine innocence enfantine, jamais plus touchante que lors de la conclusion mélancolique.

 

Vu le 29 janvier 2014, à l’Elysées Biarritz

Note de Tootpadu:

Critique de Mulder

Avant d’être un film Jack et la mécanique du cœur est d’abord un livre homonyme écrit par Mathias Malzieu et un album de son groupe Dionysos. Ce n’est donc pas un hasard si la musique du film d’animation  Jack et la mécanique du cœur a été composée intégralement par ce groupe. Pour ce conte musical de nombreuses personnalités comédien(ne)s (Jean Rochefort, Rossy De Palma..) et chant(eurs)/ (euses) (Grand Corps Malade, feu Alain Bashung, Arthur H, Dani, Olivia Ruiz, Babet..) y ont également participé . Les nombreuses chansons du film sont une pure invitation à un voyage intense où l’amour et la mort dansent ensemble.

Le film de Stéphane Berla, Mathias Malzieu est l’exemple parfait que le cinéma français peut proposer de grands films d’animation et rivaliser contre les mastodontes que sont Disney, Pixar, Dreamworks animation.. Mais c’est surtout le soin apporté autant à l’’écriture du film qu’ à sa conception qui marque notre mémoire. Nous sommes donc loin de ces films d’animation  uniquement faits pour distraire intelligemment ou non les spectateurs. On ne peut que saluer la qualité artistique de ce film tant visuelle que musicale de cet univers rappelant la poésie de l’œuvre de Tim Burton. Cette tonalité poétique et mélancolique de cette œuvre originale et façonnée avec un amour véritable nous ensorcelle par sa justesse. Nous sentons à chacun des plans que cette œuvre écrite et co-réalisée par Mathias Malzieu  est non seulement une déclaration d’amour à la différence, aux êtres blessés et au Cinema : le personnage de  Georges Méliès , l’un des pionniers du cinéma, un des premiers à utiliser des effets spéciaux au cinéma tient ainsi un rôle important dans l’histoire. Jean Rochefort est un choix judicieux pour interpréter un tel personnage.

Mais ce qui nous frappe littéralement dans ce film est l’approche très adulte . Nous sommes loin ici des films d’animation exclusivement réalisés pour un jeune public. Le climat du film nous ramène à la dure réalité de la vie. Le héros abandonné par sa mère qui se voit remplacer son cœur défectueux par une horloge mécanique et qui doit respecter trois lois pour rester en vie (ne pas toucher à ses aiguilles, maîtriser a colère, ne jamais tomber amoureux) représente à lui tout seul le personnage maudit par excellence. C’est pourtant guidé par l’amour que Jack va quitter sa maison, son exil pour vivre sa vie. Son voyage lui fera rencontrer des personnes pittoresques et surtout donnera à ce grand film d’animation une épaisseur rare . Mathias Malzieu secondé  par Stéphane Berla s’impose dès son premier film comme un conteur hors pair. Il est non seulement capable de respecter sa création mais de lui donner vie .

La musique occupe une part importante dans ce film et permet de s’immerger totalement dans un univers digne des grands films Burtoniens. La voix de Olivia Ruiz fait des merveilles et s’apparente telle une muse pour non seulement le personnage de Jack mais aussi dans la création tout simplement de cette œuvre. Enfin, la présence de Luc Besson qui a permis de donner à ce film toutes ses chances témoigne une nouvelle fois que ce réalisateur, producteur permet de donner sa chance à des projets ambitieux et trop rares en France.

Se démarquant ainsi non seulement des œuvres d’animation actuelles, Jack et la mécanique du cœur s’impose tout simplement comme le meilleur film d’animation français de l’année.

Vu le 27 janvier 2014, au Club Marbeuf, en VO

Note de Mulder: