Argent de la vieille (L')
Réalisé par Luigi Comencini (1977)
| Durée | 114 minutes |
| Sortie | 30/11/1977 |
| Note | 6/10 |
Tout le monde la croyait morte et enterrée, mais comme chaque année, une vieille milliardaire vient se reposer quelques semaines dans sa villa avec vue sur la ville éternelle. Au pied de sa demeure luxueuse se trouve un quartier populaire où habitent Peppino et Antonia, qui fréquentent depuis longtemps la vieille dame excentrique, avec laquelle ils jouent au Scopone scientifico, un jeu de cartes très sophistiqué. Leur vœux le plus cher de dérober quelques millions de lires à la vieille, en gagnant contre elle et son chauffeur, sera-t-il enfin exaucé cette fois-ci ?
La critique
Par Tootpadu 01/07/2013
L’argent ne fait pas le bonheur. Il est pourtant au cœur de toutes les convoitises dans cette farce savoureuse, sortie à l’époque avec cinq ans de retard en France. Plutôt que de nous initier aux règles pointues du jeu auquel les quatre personnages principaux s’adonnent soir après soir, le réalisateur Luigi Comencini y dresse le portrait criard de la société italienne du début des années 1970. Contrairement à son contemporain Affreux, sales et méchants de Ettore Scola, qui plongeait sans la moindre retenue dans les bas-fonds et ses excès caricaturaux, ce film-ci entretient savamment la dichotomie entre les gens d’en haut, la villa et son cérémonial hypocrite, et ceux d’en bas, qui regardent avec une jalousie certaine à travers la clôture qui les sépare de la béatitude matérielle à l’autre extrémité du spectre économique.
Un humour corrosif règne sur le ton de L’Argent de la vieille. Il nous permet de ne pas trop nous émouvoir des nombreux revers que le couple malchanceux doit encaisser, avant de pouvoir prétendre le temps d’une nuit entre la vie et la mort, entre la victoire et la défaite, à la richesse et par conséquent à l’ascension sociale, qui équivaudrait au départ de leur bidonville. Le couple a beau élaborer des stratagèmes, ils sont anéantis sans faute par le hasard ou par cette cruelle fatalité qui veut que ce soit toujours la maison qui gagne, et donc la vieille qui donne chaque soir l’aumône de la mise à ses partenaires, jusqu’à ce qu’ils jouent avec leur propre argent. Or, l’état misérable de Peppino et Antonia – sans même parler de leur ribambelle de gamins, des travailleurs précoces – se nourrit étroitement de leur environnement, tout en leur donnant un cachet d’authenticité qui les distingue clairement des petits escrocs, partis dévaliser d’une façon malhonnête la vieille. Bien qu’ils œuvrent pour le bien de leur propre famille, la solidarité entre pauvres veut qu’ils soient le symbole de la lutte des classes, les vengeurs de l’injustice que la milliardaire et sa fortune disproportionnée font subir à la communauté des sans-le-sou.
Aussi malicieusement divertissante cette comédie soit-elle, elle ne serait guère plus qu’une satire à l’italienne, de la période faste du cinéma transalpin pendant les années 1970, sans la participation de deux monstres sacrés américains, Joseph Cotten et surtout Bette Davis. Tandis que le rôle du premier personnifie à lui seul la soumission inconditionnelle à l’amour par voie de l’argent, à laquelle Peppino et Antonia savent résister malgré tout, notamment grâce à leur pragmatisme social, la seconde brille dans une interprétation qui fait coexister le côté mondain et généreux du personnage avec sa vilaine face cachée, marquée par l’avarice quitte à y laisser sa vie.
Vu le 27 juin 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO