Souvenirs perdus
Réalisé par Christian-Jaque (1950)
| Durée | 124 minutes |
| Sortie | 11/11/1950 |
| Note | 6/10 |
Quatre histoires inspirées par des affaires qui ont atterri au bureau des objets perdus de Paris : deux amants se retrouvent le jour du réveillon, des années après s’être quittés, et tentent de rallumer la flamme de leur amour passé en faisant croire l’un à l’autre qu’ils ont fait fortune ; un policier est secrètement amoureux d’une veuve épicière dont le fils sans talent apprend le violon ; l’héritier excentrique d’une famille aisée s’évade de l’asile psychiatrique et assassine ceux qu’il considère comme responsables de son internement, tout en sauvant la vie à une jeune femme suicidaire ; un riche bon vivant qui enchaîne les conquêtes se fait passer pour mort auprès d’une ex-copine qui vient le tuer chez lui.
La critique
Par Tootpadu 17/05/2013
En dépit des événements plus ou moins heureux qui rythment le récit en quatre temps parfaitement symétriques d’une demi-heure chacun, tout est mis en œuvre ici pour rassurer le spectateur. Ce dernier est mis en confiance dès les premiers plans du film, qui montrent des monuments emblématiques de la capitale, pour finir sur un bâtiment administratif peu accueillant. Son aspect désert, voire fantomatique, ne prépare toutefois pas le terrain pour un crime sordide, mais pour un enchaînement de contes globalement pittoresques et en tout cas tributaires d’une conception de la France de l’après-guerre qui s’occupe gaiement de ses petits problèmes personnels. En effet, le scénario ne cherche guère à tirer un signal d’alarme face à une précarité matérielle et affective à laquelle la débrouillardise et la résignation françaises sauront toujours trouver un remède. On notera certes que le harcèlement sexuel y est mentionné avec une certaine gêne, mais aucun des dénouements ne vise à s’insurger contre les réponses douces-amères dont les personnages s’accommodent respectivement, afin de continuer à vivre dans une fiction filmique à cent lieues de la réalité.
En même temps, le charme majeur de ce film découle justement de son attachement à l’utopie d’un Paris folklorique, où le moindre cliché sur la plus belle ville du monde a droit de cité sans apparaître comme un mensonge opportuniste. Que ce soient les vendeurs à la sauvette au Louvre, les musiciens de rue dans les quartiers populaires, les suicidaires sur les berges de la Seine, ou bien les adieux rocambolesques à l’ombre de l’église de la Trinité, la capitale française participe activement à l’illustration de sa légende cinématographique. Et que l’on croise un nombre important d’acteurs de renom ici, de Edwige Feuillère et Pierre Brasseur, à François Périer et Suzy Delair, en passant par Bernard Blier, Yves Montand, Gérard Philipe et Danièle Delorme, ne fait que renforcer le plaisir que procure la découverte d’un film séduisant précisément parce qu’il correspond à l’idéal abstrait d’un cinéma « normal ».
Vu le 16 mai 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Jean Epstein