Poussière du temps (La)

Réalisé par Theo Angelopoulos (2013)

Drame
Poussière du temps (La)
Durée 128 minutes
Sortie 13/02/2013
Note 6/10

Le réalisateur A tourne à Rome un film sur la vie de ses parents Eleni et Spyros. Ceux-ci s’étaient connus brièvement à Tachkent, avant que le destin et la Guerre froide ne les séparent. Pendant qu’Eleni avait été envoyée en Sibérie avec son ami juif Jacob, Spyros avait été incarcéré avant de s’exiler aux Etats-Unis. Le tournage du film est perturbé par les problèmes personnels d’A : sa fille adolescente Eleni a fugué à Berlin, où son père part à sa recherche, alors que ses parents viennent lui rendre visite afin de célébrer le passage au nouveau millénaire avec lui.

La critique

Par Tootpadu 29/01/2013

Non, ceci n’est pas le dernier film de Theo Angelopoulos, celui pendant le tournage duquel il est tombé victime d’un accident mortel de la route il y a pratiquement un an. Le réalisateur n’est donc pas le bénéficiaire de l’honneur douteuse d’une sortie posthume à l’image de ses confrères disparus récemment, comme Raoul Ruiz et Claude Miller. Il s’agit de son dernier film achevé et sorti dans le reste du monde il y a quatre ans, que l’on découvre donc très tardivement en France. Ce décalage ne nous fait cependant pas bouder le plaisir de voir une dernière fois ce grand cinéaste européen à l’œuvre. Il nous donne même l’espoir que d’autres films sortiront un jour des tiroirs des distributeurs, au lieu d’être bradés directement sur le marché de la vidéo.
La Poussière du temps est un film tout à fait représentatif de l’œuvre de son créateur. Opaque, énigmatique et étrangement enivrant, il ne se laisse pas déchiffrer facilement. Quelques détails lorgnent même vers la prétention artistique à peine déguisée. Et pourtant, sa puissance visuelle, jamais plus saisissante que lors de ces nombreux plans depuis le point de vue divin, et l’aisance avec laquelle il abolit les règles les plus élémentaires du temps et de l’espace le rendent plus fascinant que frustrant. Theo Angelopoulos y est le maître incontesté d’un univers très personnel, au-delà de la fiction ou de la mise en abîme, qui est cependant à l’affût des bouleversements historiques du passé et du présent. Sa narration se montre plus à l’aise avec l’évocation des goulags russes qu’avec celle de la menace terroriste qui a remplacé cet antagonisme d’antan. Mais comme Manoel De Oliveira dans Un film parlé, il saisit parfaitement la continuité de ces différentes manifestations de la barbarie humaine au fil du temps.
Seulement quelques éléments du film ne s’intègrent pas dans ce mouvement enchanteur de la suspension de nos repères habituels. D’abord, une légère propension à la grandiloquence du ton, soutenue par un emploi régulier de la musique classique. Et puis surtout les effets de vieillissement ou de rajeunissement des comédiens, qui paraissent plus comme des faiblesses techniques qu’en tant que brouillon volontaire entre les différentes époques passées en revue par ce faux film-testament d’une force esthétique redoutable.

Vu le 28 janvier 2013, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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