Ile du bout du monde (L')

| Titre original: | Ile du bout du monde (L') |
| Réalisateur: | Edmond T. Gréville |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 105 minutes |
| Date: | 08 mars 1959 |
| Note: | |
Le journaliste français Patrick et trois femmes, deux infirmières, une anglaise et l'autre italienne, et une secrétaire canadienne, sont les seuls survivants du naufrage d'un bateau de la croix rouge au sud de l'Australie. Sur leur rafiot de secours, ils arrivent à atteindre une petite île déserte, loin des routes navales. Alors que Patrick promet au début d'être galant avec les femmes, il ne peut pas résister aux avances de l'une ou de l'autre au fil du temps. La jalousie rend la vie paisible sur l'île impossible.
Critique de Tootpadu
L’anticipation suscitée par la prémisse joyeusement salace de ce film a été en grande partie satisfaite. L’érotisme est en effet bien présent dans cette longue odyssée d’un homme seul, face à trois femmes. Les rapports en fin de compte conflictuels entre les deux sexes sont cependant traités avec suffisamment d’humour et de finesse pour ne pas tomber dans l’exploitation graveleuse. Dès son sauvetage dans le petit bateau, Patrick ne peut pas s’empêcher d’exprimer son étonnement émerveillé face à ses nouvelles compagnes (« Oh, des femmes ! »), et il n’y a guère plus à voir ici qu’un bout de sein furtif ou un sexe masculin dessiné en dessous d’un maillot de bain improvisé. Ce sont ainsi plutôt les mœurs qui deviennent licencieuses ici, une fois que la femme la plus impulsive et sauvage aura osé rompre l’entente pudique entre les quatre habitants de l’île. Les images désignées en tant que symbole de l’acte sexuel perdent de même progressivement de leur douceur, avec les vagues violentes qui se brisent sur la côte qui succèdent aux nénuphars qui s’entrechoquent délicatement.
L’Île du bout du monde est plus une étude malicieuse sur l’impossibilité de la vie en société close qu’un film de pornographie douce. En tant que récit de la guerre des sexes sur une île déserte, il réussit largement plus son pari risqué que le Vers un destin insolite … de Lina Wertmüller, refait récemment comme une bouse avec Madonna. Si l’attirance sexuelle est ici le déclencheur des affrontements, elle n’est en fin de compte qu’une des manifestations des tensions qui s’accumulent entre les survivants. Dans un équilibre social aussi instable que le leur, il suffit d’un coup de pulsion ou d’un seul membre dégénéré de la chaîne pour précipiter tout l’édifice vers sa chute. Alors que les contenances morales se décomposent, toutes les femmes succombent à l’attraction sexuelle de l’homme qui, lui, n’est pas non plus maître de son harem officieux. Car le libertinage raisonnable cache avant tout l’incapacité de l’homme de se soustraire aux avances des femmes, qu’il sait pourtant empoisonnées. La fin reflète d’ailleurs assez curieusement cette impuissance mentale et sociale de l’homme, qui reste au bout du monde et au bout du compte seul parce qu’il n’a pas su prendre le rôle du coq dominant.
Pour son conte subversif, Edmond T. Gréville fait confiance à l’érotisme sulfureux de son histoire et à la force brute de son décor naturel. Il réussit ainsi l’acte d’équilibriste délicat d’éviter à la fois la débauche improbable (tout le monde couche avec tout le monde) et le discours social plombant. Et il sait clore sa guerre des sexes parfois déchaînée sur une note plus méditative, à l’opposée de quelques éléments malgré tout bien dans l’air du temps d’un cinéma français très populaire. Enfin, la musique intrigue moins par son efficacité irréprochable que par la composition improbable de ses auteurs, parmi lesquels on trouve Charles Aznavour et Eddie Barclay.
Vu le 24 mai 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois
Note de Tootpadu: