Aloïs Nebel

Réalisé par Tomas Lunak (2012)

Animation
Aloïs Nebel
Durée 85 minutes
Sortie 14/03/2012
Note 5/10

En septembre 1989, Aloïs Nebel est le chef de gare de Bily Potok, à la campagne tchèque. Comme son père avant lui, il exerce ce métier sans état d’âme et se perd régulièrement dans les souvenirs du passé, quand les habitants allemands du village ont été évacués de force à la fin de la guerre. Son égarement mental devient si sévère qu’il est admis dans une clinique psychiatrique, où il fait la connaissance d’un étranger muet, venu dans la région pour un règlement de compte qui a, lui aussi, trait au passé.

La critique

Par Tootpadu 24/04/2012

Les films d’animation de qualité, techniquement et esthétiquement parlant, ne sont plus la chasse gardée de quelques mastodontes américains et japonais. Grâce à différents procédés numériques, il est désormais à la portée de pays à la production cinématographique aussi modeste que celle de la République Tchèque, de créer des films animés qui peuvent rivaliser sans gêne avec les prouesses visuelles des studios Pixar / Disney et Ghibli. Les images en noir et blanc de Aloïs Nebel sont ainsi d’une beauté renversante. Elles permettent une plongée presque enivrante dans le vocabulaire visuel éclectique du réalisateur Tomas Lunak, qui confère un aspect décidément lugubre à ce conte intimiste de la chute du rideau de fer.
Hélas, l’excellence du dessin n’est point suivie par la même ambition du côté du fond de cette histoire nébuleuse. Clairement destinée à un public adulte, l’intrigue reste figée dans une conception abstraite et distante des rapports entre les personnages, qui ne nous incite guère à vouloir en savoir plus sur eux. Le sort du chef de gare, dépassé par l’avènement d’une nouvelle ère alors qu’il est toujours hanté par le traumatisme de son enfance, nous indiffère autant que celui des personnages secondaires, de petits profiteurs d’un système qui s’écroule ou des justiciers forcenés d’un passé qu’il est grand temps de jeter aux oubliettes. Aucune dynamique fascinante ne se dégage ainsi d’un récit, qui peine horriblement à remplir ses belles images d’un peu de sens et de rythme dramatiques.
Nous n’irons pas jusqu’à qualifier ce film d’animation tchèque d’occasion ratée pour prouver qu’il existe un univers complémentaire aux enfantillages ironiques ou poétiques des repères incontournables, cités plus haut. Toujours est-il que le décalage flagrant entre la beauté manifeste du cadre et le minimalisme de son contenu n’est pas prêt à nous convaincre de la naissance d’un nouveau génie dans le monde compétitif de l’animation.

Vu le 24 avril 2012, au Cinéma des Cinéastes, Salle 1, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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