Détective

Détective
Titre original:Détective
Réalisateur:Jean-Luc Godard
Sortie:Cinéma
Durée:98 minutes
Date:10 mai 1985
Note:
L'inspecteur Neveu enquête avec son oncle William, un ancien détective, sur le meurtre d'un prince dans un hôtel parisien. Dans le même établissement, le promoteur de boxe Jim Fox Warner tente de monter un combat pour son poulain Tiger Jones, alors qu'il est criblé de dettes. Parmi ses créanciers comptent la mafia et le couple Chenal, lui, un pilote qui assure tous les remplacements qu'il peut trouver, elle, une jeune femme qui ne reste avec son mari que pour le sexe, en dépit d'une liaison avec Jim Fox Warner.

Critique de Tootpadu

L'essence même du cinéma selon Jean-Luc Godard se déploie magistralement dans ce policier absurde, fascinant et déconcertant. Le cinéaste y emploie ses effets stylistiques habituels, comme un travail accru sur le son et une bande originale qui vise les coupures abruptes au détriment d'un fond sonore docile et confortable. Les références à la littérature et au cinéma prennent également une place importante, tout comme l'approche novatrice pour l'époque de la vidéo et de l'informatique. Mais tous ces éléments sont soumis à la narration très particulière de Godard, qui enfreint les conventions du cinéma pour mieux les démontrer.
Ainsi, l'intrigue initiale est des plus floues et anodines, avec cette enquête depuis une chambre d'hôtel qui est le prétexte pour beaucoup de choses, mais certainement pas pour une filature suivie. Ou cette quête permanente de récupération de dettes qui donne lieu à des rendez-vous plus ou moins romantiques, à des rapprochements et des éclats de violence. Comme dans Alphaville, mais encore de façon plus abstraite et stimulante, Godard joue avec les règles du genre, jusqu'à les tirer vers la comédie burlesque (le personnage de Jean-Pierre Léaud). Il est cependant impossible d'attribuer une seule tonalité à cette oeuvre foisonnante, qui fait de la rupture à l'apparence aléatoire un art.
Enfin, Détective est un des films les plus sensuels, avec un penchant marqué pour la vulgarité, du cinéaste. Bien au delà des actrices et acteurs qui se mettent presque sans exception partiellement à poil, cette association entre le plaisir charnel et intellectuel crée une oeuvre étrangement stimulante, perturbante et énigmatique. Et tout l'intérêt du travail de Godard réside là, à notre avis, à construire des films à l'extérieur de la norme qui ne démeurent pas pour autant hermétiques à un début de compréhension.

Vu le 26 avril 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois

Note de Tootpadu: