Aventure de Mme Muir (L')
Réalisé par Joseph L. Mankiewicz (1948)
| Durée | 104 minutes |
| Sortie | 26/05/1948 |
| Note | 6/10 |
Après avoir porté le deuil auprès de sa belle-famille pendant un an, la jeune veuve Lucy Muir décide de s’installer seule, avec sa fille et sa bonne, sur la côte anglaise. Contre l’avis de son agent immobilier, elle y loue une maison hantée par son ancien propriétaire, le capitaine Daniel Gregg qui se serait suicidé quelques années plus tôt. Lucy ne se laisse point décourager par cette malédiction, jusqu’à ce qu’elle rencontre le fantôme de Gregg le jour de son arrivée. Elle lui tient tête et s’arrange avec lui, afin de pouvoir continuer à habiter dans cette demeure qui lui a plu dès qu’elle y est entrée. Au fil du temps, il s’établit même une complicité entre Lucy et Gregg, que l’on pourrait qualifier d’amour, si les deux amants appartenaient au même monde.
La critique
Par Tootpadu 26/03/2012
A la fois un faux film d’épouvante, puisque la menace se transforme très tôt en soutien moral et indirectement financier, et une fausse comédie fantastique, en raison du nombre réduit de moments loufoques qui rythmaient des films plus légers comme Le Couple invisible de Norman Z. McLeod, le récit emprunte sans trop d’hésitation la voie de l’amour impossible, d’ailleurs pas sans lien de parenté avec un univers aussi édulcoré que celui de Twilight. Ici, la romance s’étend sur trois actes inégaux : le bonheur d’une rencontre improbable, la concurrence d’un rival réel, et enfin en guise d’épilogue assez consensuel, l’attente exténuante de la mort qui signifiera la réunion des amants pour l’éternité. Seule la première partie du film nous paraît réellement à la hauteur de la complexité intellectuelle et sentimentale par laquelle les meilleures films de Joseph L. Mankiewicz se distinguent, tandis que la suite de cette histoire gentiment fantastique se conforme davantage à un modèle mélodramatique sensiblement moins ingénieux.
En dépit de la musique magistrale de Bernard Herrmann, du charme irrésistible du vieux loup des mers interprété par Rex Harrison, et de la beauté de Gene Tierney dans le rôle d’une femme au moins partiellement en avance sur son temps, nous ne sommes donc pas entièrement dupes de l’idéal romantique, désuet et soumis, que le film cherche à colporter à tout prix. C’est peut-être même son excès de sophistication qui nous empêche d’adhérer corps et âme à cette belle histoire, trop éthérée pour déchaîner les passions.
Revu le 24 mars 2012, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO