Malveillance
Réalisé par Jaume Balaguero (2011)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 28/12/2011 |
| Note | 7/10 |
Le concierge César n’a jamais su être heureux. A son nouveau poste dans un immeuble de standing, il s’applique à détruire petit à petit le bonheur des locataires, et plus particulièrement celui de Clara, une jeune femme à la bonne humeur inaltérable.
Les critiques
Par Mulder 07/12/2011
Malveillance s'apparente plus à une étude sociologique qu’à un film d'horreur classique. Le réalisateur appuie tout son film sur ce personnage de César, qui prend un plaisir malsain à tourmenter son entourage. La force du film est de rendre l’action crédible et de capter l'attention des spectateurs, malgré un rythme très lent. Autant les précédents films de Jaume Balaguero portaient plus leur attention sur le cadre de l'histoire et sur une évolution croissante de l'horreur, autant Malveillance dresse le portrait d'un sociopathe amoureux de sa voisine. Ce film pourrait donc avoir deux niveaux de lecture, soit celui d'une approche romantique exacerbée d'un homme reclus sur lui-même, soit celui d'un tueur ordinaire, un laissé-pour-compte que la société a poussé à la transgression. Toute la force de ce film provient donc d'un scénario décrivant parfaitement et en profondeur des personnages certes classiques, mais ayant tous une faille plus ou moins profonde.
Jaume Balaguero semble donc plus s’ancrer dans la lignée des thrillers hitchcockiens, que dans celle des films du renouveau hispanique de l'horreur classique. En changeant de style, il montre qu'il est un réalisateur jouissant d'une connaissance cinéphile très large, qui cherche à tenter de nouveaux genre pour que son art puisse s'exprimer librement.
Ce film est certes une œuvre mineure, comparée aux maîtres du genre John Carpenter, George A. Romero, et Joe Dante, mais il montre que le cinéma espagnol est un cinéma original, qui cherche à agrandir ses fondations classiques pour imposer de nouveaux auteurs.
Vu le 28 novembre 2011, au Club 13, en VO
Par Tootpadu 31/10/2011
Or, grâce à la narration adroite, il est désormais trop tard pour rompre notre lien affectif avec cet homme, qui provoque peut-être autant de sympathie chez nous, parce que la petite guerre qu’il mène contre pratiquement toutes les personnes de son entourage – de Clara à la vieille dame aux clébards, en passant par la femme de ménage et son fils effronté – pourrait être comprise comme une croisade dérisoire contre le caractère hypocrite de notre civilisation. Avant d’atteindre le point de non-retour, sa démarche se caractérise en effet par une petitesse qui borde à la ringardise, tellement ses différents actes de sabotage pourraient au mieux servir de point de départ à un enchaînement de conséquences plus graves. A la limite, il aurait été préférable d’un point de vue dramatique de laisser cet individu maladivement malheureux piétiner à son propre niveau de frustration et de médiocrité accablante, au lieu d’engager le récit dans une surenchère involontaire d’actes de violence, qui confère une certaine grandeur monstrueuse à ce méchant sans scrupules, duquel même sa propre mère aimerait s’enfuire, si elle n’était pas obligée d’écouter ses confessions à peine voilées sur son lit d’hôpital.
L’aspect visuel très soigné du film, en contraste évident avec les mouvements de caméra de plus en plus désordonnés dans l’univers de REC, souligne le décalage entre la banalité du quotidien dans un immeuble bourgeois et les manœuvres malveillantes qui se trament en son sein. La mise en scène y entreprend avec une subtilité fascinante le jeu du chat et de la souris, avec un échange perpétuel des rôles entre le spectateur et le protagoniste, ainsi que ce dernier et ses proies successives, qui n’aurait certainement pas déplu à l’infatigable maître du genre, Alfred Hitchcock.
Vu le 26 octobre 2011, au Club 13, en VO