Terri
Réalisé par Azazel Jacobs (2012)
| Durée | 106 minutes |
| Sortie | 08/08/2012 |
| Note | 6/10 |
Terri n’a pas d’amis. Il vit seul avec son oncle, atteint de phases d’amnésie sévère. Terri cherche à ne pas faire de vagues, pour éviter que ses camarades de classe l’agressent par leurs remarques désobligeantes sur sa corpulence impressionnante, à cause de laquelle il porte des pyjamas à l’école. Un jour, il doit comparaître devant le proviseur adjoint, monsieur Fitzgerald, à cause de ses retards répétitifs. Ce conseiller pédagogique croit voir en Terri un jeune perturbé, qu’il souhaite prendre sous son aile par le biais d’une série d’entretiens informels tous les lundis matins.
Les critiques
Par Mulder 28/09/2011
Jacob Wysocki, comédien non professionnel, s'en tire plus que bien pour son premier film en exploitant ses défauts apparents de manière convaincante. Le film repose sur ses épaules et sur celles de John C. Reilly (rencontré à Deauville l'année dernière). Ce film exploite ainsi au maximum les faibles moyens mis à sa disposition (une école, une forêt, un restaurant, une maison) et se dévoile comme une œuvre attachante et minimaliste.
Ce film illustre ce que devrait être le cinéma indépendant américain, soit des œuvres touchantes, sans concession et illustrant la véritable nature de la vie de la grande majorité de la population américaine. Société dont la mauvaise alimentation est trop fréquente (récits d'obésité), l'accès à la culture difficile (droits d'entrée universitaire trop élevés) et qui se dévoilé très vulnérable aux maux de notre société actuelle.
Ce film simple et efficace mérite toute sa place au sein de la sélection officielle, même s’il ne devrait pas être récompensé.
Vu le 7 septembre 2011, au C.I.D., Deauville, en VO
Par Tootpadu 08/09/2011
Terri a beau avoir une poitrine qui le fait rivaliser avec les plus grosses paires de seins du lycée et un tour de taille digne d’un hippopotame, il n’est pas pour autant un monstre. Sa personnalité est au contraire excessivement sensible à toute forme de discrimination, ce qui l’a incité à vivre comme un solitaire, à l’écart de tous ceux qui ne perçoivent pas en dessous des kilos de graisse en trop un individu capable de ressentir les choses comme les personnes aux attributs physiques ordinaires. Cette lucidité des sentiments, d’ailleurs souvent à fleur de peau, ne le préserve pas toujours de quelques rares erreurs de jugement. Celles-ci peuvent surgir tels les vestiges d’une innocence enfantine a priori perdue à jamais, chaque fois que cet adolescent meurtri ose baisser la garde. Or, le récit s’emploie justement à percer la carapace de ce personnage plus intelligent qu’il ne paraît. Cette démarche ludique vise à lui faire prendre conscience de la vérité éternelle, selon laquelle la balance penche toujours en faveur des moments enrichissants, au détriment des déceptions et autres humiliations, lorsqu’on fait preuve de courage et qu’on s’ouvre au monde dans le but d’interagir d’une façon constructive et sans préjugés avec lui.
Décrit de cette manière sans doute trop verbeuse, l’essence de ce film risque de paraître comme un hymne sirupeux à la différence et à toutes ses déclinaisons, aussi étranges soient-elles. La mise en scène veille cependant à une sobriété du ton, qui ne permet ni méchanceté gratuite, ni optimisme démesuré. Elle sait adroitement nous ramener à l’évidence que la vie vaut la peine d’être vécue, peu importe que l’on soit exceptionnellement petit ou grand, maigre ou gros. Dans la médiocrité ambiante de la plupart des films que l’on voit ces jours-ci à Deauville et dans un flou moral encore aggravé par des ambitions formelles moyennement exécutées, on se doit de saluer, et même d’applaudir, pareille assurance en des lendemains qui ne chantent peut-être pas, mais qui sauront être embellis par une recherche décomplexée de la rencontre avec l’autre !
Vu le 7 septembre 2011, au C.I.D., Deauville, en VO