Dernière piste (La)
Réalisé par Kelly Reichardt (2011)
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 22/06/2011 |
| Note | 7/10 |
En 1845 dans l’Oregon, trois familles se séparent d’une caravane vers l’Ouest. Afin d’atteindre plus rapidement la terre promise, elles engagent Stephen Meek, un trappeur qui est censé connaître un raccourci. Au bout de quelques jours, le groupe est désespérément perdu dans un désert de pierre, sans le moindre espoir d’y trouver prochainement un point d’eau. Alors que la tension monte et que les pionniers se demandent sérieusement s’ils peuvent encore faire confiance à leur guide, une des femmes aperçoit un Indien.
La critique
Par Tootpadu 07/06/2011
Par son ton qui se dirige imperceptiblement vers un cynisme à peine voilé, La Dernière piste ressemble au diptyque de Lars von Trier sur les Etats-Unis, Dogville et Manderlay. Dans un décor minimaliste et à travers une action qui ne l’est pas moins, ces films ont la témérité d’interroger la bonté de l’âme américaine. Après un tel sacrilège, la conscience nationale doit bien sûr laisser des plumes, et les pionniers de ce récit nullement édifiant n’ont pas du tout gagné en assurance à la fin de leur périple. Au contraire, ils sont arrivés au bout de leurs forces et des vestiges de leur bienséance, importée tout comme leurs convictions religieuses simplistes de la côte Est, pour se trouver obligés de confier désormais leur destin à la définition même de l’étranger, dont ils ne parlent pas la langue et dont les motivations dépassent leur entendement borné.
Les corps ont beau être pris dans l’engrenage d’un mouvement perpétuel, en se traînant jour après jour dans l’ombre des chariots bâchés, les esprits des personnages de ce film austère n’évoluent guère au cours de leur aventure à l’issue incertaine. L’étroitesse du cadre de la caméra peut alors être comprise à la fois comme un hommage au western original, qui se passait très bien du format large comme la plupart des films du maître John Ford l’attestent, et en tant que prison d’un groupe d’individus courageux pour entreprendre, certes, mais peut-être pas assez ingénieux lorsqu’il s’agit d’improviser et d’explorer de nouveaux chemins dans une situation précaire. La mise en scène de Kelly Reichardt et les interprétations très sobres d’un ensemble d’acteurs exemplaire ne démentent à aucun moment ce regard sans complaisance sur le quotidien éprouvant et monotone d’une conquête de l’Ouest, qui n’a probablement pas été aussi héroïque et spectaculaire que le souvenir collectif veut nous le faire croire.
Vu le 26 mai 2011, au Club Marbeuf, en VO