Medianeras
Réalisé par Gustavo Taretto (2011)
| Durée | 95 minutes |
| Sortie | 01/06/2011 |
| Note | 7/10 |
La ville de Buenos Aires, avec son architecture disparate et son espace urbain étouffant, est à l’origine de tous les maux de ses habitants. C’est en tout cas ce que croit Martin, un concepteur de sites web, qui vit cloîtré chez lui dans un petit appartement de l’Avenue Santa Fe. Quelques immeubles plus loin habite Mariana, qui travaille comme décoratrice de vitrines, en attendant d’oublier l’échec de sa dernière relation sentimentale et de percer enfin en tant qu’architecte. Martin et Mariana ne se connaissent pas, mais dans une métropole comme la leur, peuplée de promeneuses de chiens, de nageurs démotivés, et de pianistes mystérieux, ils devraient bien finir par se rencontrer.
La critique
Par Tootpadu 03/05/2011
Ici, nous assistons plutôt à une dissection savoureuse et ironique des rapports superficiels qui priment à l’heure de moyens de communication virtuels multiples et performants – sauf en cas d’une coupure de courant inopinée –, mais qui ne rendent pas pour autant la compréhension et l’échange humain plus aisés. Alors que Martin et Mariana paraissent passablement absorbés dans leur quête d’un partenaire, quitte à enchaîner les rencontres insatisfaisantes, la narration ne se montre jamais tout à fait dupe du côté dérisoire de leur démarche. Ce regard doucement moqueur passe simultanément par l’évocation de presque tous les supports virtuels à la disposition d’individus socialement handicapés, dépendants de leur écran d’ordinateur ou de téléphone portable, et par une certaine distance avec laquelle la caméra observe les déboires sentimentaux des deux protagonistes dans un environnement urbain moins hostile qu’intrinsèquement indifférent aux joies et aux peines des citadins.
Le langage visuel, d’une beauté et d’une fonctionnalité fascinantes, à travers lequel le réalisateur conte son histoire réussit ainsi l’acte de balance inouï de mettre en valeur la topographie disparate de la ville de Buenos Aires, tout en posant un regard malgré tout attachant sur ses personnages malmenés, et surtout en intégrant une modernité nullement rassurante des liens sociaux dans son équation concluante sur l’amour en fin de compte impossible dans le quotidien fourre-tout, typique de ce début du 21ème siècle. Car la dernière séquence, avec l’affichage ostentatoire du bonheur présumé du nouveau couple sur youtube au rythme trop facilement galvanisant d’une chanson phare des amoureux et autres activistes idéalistes à travers la planète, est avant tout un clin d’œil malicieux à l’égard des spectateurs, qui prendraient ce film plus ambigu qu’il ne paraît pour une énième ode à l’épanouissement de deux amoureux mal assortis, et – pris séparément – mal dans leur peau.
Vu le 2 mai 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO