Rio sex comedy

Réalisé par Jonathan Nossiter (2011)

Satire
Rio sex comedy
Durée 112 minutes
Sortie 23/02/2011
Note 4/10

La célèbre chirurgienne esthétique Charlotte s’est installée précipitamment à Rio de Janeiro, pour offrir ses services aux plus pauvres, tout en dissuadant les riches à passer sous le bistouri. Le nouvel ambassadeur américain William ne se sent pas en mesure d’accomplir ses fonctions et s’évade dans une favela, où le guide touristique Fish l’aide à demeurer incognito. Enfin, l’anthropologue française Irène cherche à s’ouvrir à la civilisation brésilienne en menant une série d’entretiens auprès de femmes de ménage.

La critique

Par Tootpadu 09/02/2011

Pendant le générique de ce film, Charlotte Rampling se promène sur un pas enlevé et avec la démarche gracieuse qui est la sienne dans les rues de Rio. C’est hélas le seul moment inspiré de cette satire sans doute bien intentionnée, qui se nourrit essentiellement d’une confrontation caricaturale entre des stéréotypes brésiliens et étrangers. Le regard que le réalisateur et scénariste Jonathan Nossiter porte sur la vie foisonnante dans cette métropole d’un pays émergeant n’est en effet pas avare en idées reçues. L’aspect tendancieux de son point de vue est encore accru par le choix des personnages de l’hémisphère nord, qui envahissent le Brésil sous prétexte de lui apporter toute la sagesse et tout le savoir-vivre dont ils disposent.
Le projet de la chirurgienne anglaise est encore le plus lucide, dans un tel contexte idéologique potentiellement condescendant. Sauf que sa volonté de permettre aux femmes de vieillir dignement se heurte simultanément à son propre travail reconnu à travers le monde et à la mentalité brésilienne, qui banalise volontairement les modifications du visage, des seins, voire du sexe. Les deux autres volets de Rio sex comedy n’ont même pas cette feuille de vigne de la mise en question personnelle pour cacher leur vacuité passablement agaçante. Alors que la fuite du diplomate ressemble à s’y méprendre à la crise des nerfs du sénateur dans l’infiniment plus subversif Bulworth de Warren Beatty, la propension du personnage français à chercher un sens social et les germes d’une révolution prolétaire auprès des personnes exclues de la prospérité matérielle du pays est supplantée d’une manière expéditive par un besoin pressant d’assouvir ses pulsions sexuelles.
Les films qui se délectent des déboires d’étrangers arrogants en plein dépaysement, comme Lost in translation de Sofia Coppola, ne nous ont jamais paru comme un moyen cinématographique très utile pour faire progresser la connaissance de cultures lointaines et la tolérance envers elles. En dépit d’un ton dérisoire marqué, ce film ne va jamais jusqu’au bout des problèmes que le Brésil devra résoudre avant qu’il ne puisse intégrer le cercle fermé des puissances majeures de notre planète.
La structure narrative particulièrement bancale, incapable de nous impliquer durablement dans une des trois histoires qui évoluent la plupart du temps en parallèle, empêche toute progression dramatique vers une critique cinglante du système brésilien ou de son exploitation éhontée par des opportunistes étrangers. A l’image des personnages qui portent les prénoms des comédiens qui les jouent, ce film fourmille de fausses bonnes idées. Ces dernières tombent sans exception à plat. Elles en disent plus long sur la difficulté du réalisateur de cerner le sujet plutôt abstrait qu’il cherche à explorer que sur les visages multiples d’un sub-continent, qui aurait mérité mieux en termes d’un portrait acide que cette succession navrante de situations artificiellement incongrues.

Vu le 3 février 2011, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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