Fin de la pauvreté ? (La)

Réalisé par Philippe Diaz (2009)

Documentaire économique
Fin de la pauvreté ? (La)
Durée 105 minutes
Sortie 16/12/2009
Note 6/10

Actuellement, plus d'un milliard de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour et toutes les trois secondes, une personne meurt de faim. Le déséquilibre entre la richesse d'une minorité de l'humanité et la pauvreté de la majorité n'a jamais été plus grand. Même des décennies après leur indépendance, la plupart des pays de l'hémisphère sud de notre planète continuent de payer indirectement le prix d'un colonialisme, qui les a rendus plus que jamais économiquement dépendants des puissances européennes et des Etats-Unis. A travers l'exemple de la Bolivie, dont les mines ont été pillées par les conquistadors et dont la fourniture en eau potable a failli être privatisée récemment, du Kenya et du Brésil, les ravages du néolibéralisme sont dénoncés comme la continuité de l'exploitation coloniale.

La critique

Par Tootpadu 21/10/2009

La prospérité et le confort relatif dans lesquels nous nous complaisons n'est pas le fruit du hasard. Pour que nous puissions nous épanouir tant soit peu dans une société de consommation avancée, d'autres peuples doivent subvenir plus laborieusement à leurs besoins. Ce constat relève des simples limites écologiques de notre planète, comme le mentionne ce documentaire américain. Ce dernier va cependant encore plus loin dans son raisonnement accablant, puisqu'il élabore toute une théorie sociale et économique à partir des conséquences du colonialisme, dont nous, les pays riches, profitons jusqu'à ce jour.
Même avant que la crise actuelle ne plonge la conjoncture mondiale dans le rouge, il était clair que la répartition des richesses parmi les plus de six milliards d'habitants de la Terre n'avait rien d'égalitaire ou de juste. Le fossé entre les plus pauvres, qu'ils soient africains, latino-américains ou asiatiques, et les plus riches, les hommes d'affaires, les entrepreneurs impitoyables ou toute autre aristocratie de l'argent, était en train de se creuser. Et le système socio-économique adopté par les puissants de ce monde, communément appelé néolibéralisme, avait toutes les cartes en main pour exacerber encore plus l'écart entre le luxe et la misère. Après la dégringolade boursière de ces derniers mois, le mouvement s'est accéléré. Il rend désormais les riches plus bénéficiaires des failles du système et les pauvres encore plus dépendants de la main des propriétaires, qui se tend avec de moins en moins de spontanéité en leur direction. Car le fait de voir notre propre existence douillette vaciller sous la menace du chômage et d'autres inconvénients sociaux et matériels nous rend a priori moins réceptifs au malheur des autres, instinct de survie et égoïsme humain obligent.
Réalisé visiblement avant l'éclatement de la bulle immobilière américaine et tout ce qui s'est ensuivi, La Fin de la pauvreté ? propose néanmoins des moyens adéquats pour analyser la crise et le fonctionnement défectueux, d'un point de vue social et moral, de notre civilisation. Pour cela, le réalisateur Philippe Diaz et sa brochette plutôt éclectique d'intervenants remontent en quelque sorte à l'origine du mal, à savoir le pillage du nouveau monde par les colonisateurs il y a un demi-millénaire. En détaillant les différents stratagèmes de l'époque pour assujettir les peuples indigènes et leurs ressources naturelles, le documentaire procède à une mise en abîme assez révélatrice des raisons pour l'état actuel désastreux du monde. Par contre, le bagage idéologique de la démarche de Diaz, visiblement de gauche, tend parfois à simplifier un processus historique complexe, qui ne se laisse pas exclusivement expliquer par l'avarice fourbe et l'aveuglement religieux de nos ancêtres. D'ailleurs, les faits que le documentaire dénonce impressionnent plus par leur mise en perspective que par leur nouveauté. Mais leur agencement assez efficace et leur importance primordiale pour la survie de l'humanité à long terme permettent de soulever quelques questions essentielles.
Car ce documentaire poignant et bien intentionné ne réussit pourtant pas d'apporter ne serait-ce qu'un début de réponse ou de solution précise au problème qu'il étudie. Le fonctionnement de notre société économique est si détraqué, qu'il faudrait un sursaut global des déshérités pour en venir à bout. Mais les garde-fous des puissants sont si sophistiqués, à commencer par les assassins économiques comme John Perkins, qui raconte essentiellement la même chose ici que dans Let's make money de Erwin Wagenhofer, et la léthargie des pauvres est si persistante, que toute tentative de rébellion, qui abolirait le statu quo en fin de compte néfaste pour tout le monde, devra hélas rester une douce utopie.

Vu le 21 octobre 2009, au Cinéma des Cinéastes, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques