Ciel peut attendre (Le)

Ciel peut attendre (Le)
Titre original:Ciel peut attendre (Le)
Réalisateur:Ernst Lubitsch
Sortie:Cinéma
Durée:112 minutes
Date:28 août 1946
Note:
Après une vie riche en conquêtes féminines et péchés mignons, Henry Van Cleve ne se fait guère d'illusions sur sa destination finale. Il se présente auprès du diable afin d'être admis en enfer. Mais l'histoire de sa vie, de l'enfance gâtée, en passant par sa jeunesse insouciante, jusqu'à la rencontre décisive avec Martha Strabel, la fiancée de son cousin exemplaire, n'est peut-être pas vraiment de celles qui vous ammènent directement en enfer ...

Critique de Tootpadu

Des critiques et théoriciens du cinéma bien plus instruits et doués que nous-mêmes se sont déjà cassé les dents au fameux "Lubitsch touch", un style personnel aussi complexe et difficile à cerner que le suspense chez Hitchcock. Et en fin de compte, il vaut mieux se laisser divertir royalement par ce genre de comédie pétillante que de chercher à en disséquer le moindre détail. Chaque étape dans la vie mouvementée du protagoniste, charmant mais irréductible, recèle ainsi son lot d'observations ironiques et de commentaires cinglants sur la guerre des sexes et les rapports intergénérationnels. Le discours qui s'en dégage n'a rien perdu de sa superbe, puisqu'il adresse des sujets aussi universels que l'amour, la responsabilité et la nature immuable des hommes.
Le ton nostalgique et pourtant lucide avec lequel Van Cleve raconte sa vie, dans un dispositif qui peut rappeler l'aspect fantastique d'Une question de vie ou de mort, la rend profondément attachante. Cet homme est probablement encore plus emblématique de notre époque que de la sienne, en tant qu'enfant adulte qui sacrifie tout à l'amour, ou à défaut au plaisir charnel. Puisqu'il est conscient de l'état de son caractère, il ne cherche pas à embellir les ravages de sa quête hédoniste. Mais grâce à la générosité et l'élégance de Lubitsch et à la bienveillance de certains membres de sa famille, son histoire, qui aurait pu décrire la déchéance d'un homme dévoré par le péché de la chair, se termine dans une chaleur sentimentale irrésistible.
La mise en scène exquise d'Ernst Lubitsch, le scénario amusant et sage, la photo splendide, une Gene Tierney plus belle que jamais et un Don Ameche très convaincant en tombeur de filles jusqu'à l'âge avancé, les raisons ne manquent pas pour chérir ce film, pour nous le plus beau de son réalisateur ! Seulement, la musique s'applique un peu trop à adapter des chansons populaires, comme "By the Light of the Silvery Moon", qui, faute d'être originales, servent néanmoins bien l'histoire.

Revu le 26 mai 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

Note de Tootpadu: