Chop shop

Réalisé par Ramin Bahrani (2008)

Drame
Chop shop
Durée 84 minutes
Sortie 15/10/2008
Note 7/10

Sans parents, le jeune Alejandro vit de petits boulots dans la banlieue défavorisée de New York. Lorsqu'il obtient un poste fixe dans le garage de Rob, il fait venir sa soeur aînée Isamar pour qu'elle vive avec lui dans la petite chambre au-dessus de l'atelier. Alejandro rêve d'acheter une vieille camionnette de l'oncle de son ami Carlos, afin d'en faire un snack qu'il exploitera avec sa soeur.

La critique

Par Tootpadu 09/10/2008

L'Amérique, le pays de toutes les opportunités. Une fois de plus, après son premier film remarquable Man Push Cart, le réalisateur Ramin Bahrani interroge ce mythe avec une virulence, qui se manifeste moins par le ton, presque poétique ici, que par un attachement fort au réalisme. L'intérêt du cinéaste envers les exclus de la société de consommation et d'aisance matérielle est d'ailleurs si grand, qu'on serait tenté de rapprocher sa démarche du mouvement néo-réaliste italien de la fin des années 1940. Comme dans les films de Vittorio De Sica ou de Roberto Rossellini, le héros entreprend chez Bahrani une lutte constante contre la misère sociale, qui finira forcément par l'engloutir corps et âme.
La particularité de Chop shop est qu'il s'articule autour d'un destin d'enfant. Pas le genre d'enfant qui est un pion sans protection, malmené par la cruauté du monde des adultes, mais un petit idéaliste débrouillard, qui maîtrise tous les rouages de la jungle urbaine. L'optimisme avec lequel Alé affronte les défis de sa vie courante très modeste agirait presque comme du baume au coeur, si ce n'était pour l'accumulation de contretemps, qui va rapidement mettre des bâtons dans la mécanique de ses rêves inabordables. Ce ne sont pas des coups exagérés du destin, qui vont anéantir l'utopie du garçon précoce, mais la réverbération, plus laide parce que moins scrupuleuse, des combines grâce auxquelles Alejandro espérait lui-même échapper à sa condition sociale. La décence et le sens des affaires n'ont plus cours, lorsqu'il s'agit de gagner de l'argent par n'importe quel moyen !
Au lieu de se morfondre dans un misérabilisme de circonstance, Ramin Bahrani explore avec douceur l'aspect humain de son histoire. A la précarité d'un environnement social de prédateurs, il oppose la dignité du lien familial, auquel son personnage principal croit malgré tout. Et il se sert de son film comme d'une profession de foi, en préservant le coeur d'enfant d'Alé, conciliant et optimiste, en dessous d'une couche épaisse d'abus humiliants et exténuants.
La narration de Ramin Bahrani, sans pathos mais avec une impressionnante poésie visuelle, ne serait qu'une enveloppe formelle jolie à regarder, si ce n'était pour le jeu désarmant du jeune comédien Alejandro Polanco. Son énergie et sa conviction en la nécessité de l'action de son personnage renforcent encore la beauté du message d'espoir que nous transmet ce film magnifique.

Vu le 9 octobre 2008, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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