Suspiria

Suspiria
Titre original:Suspiria
Réalisateur:Dario Argento
Sortie:Cinéma
Durée:99 minutes
Date:18 mai 1977
Note:
La jeune Américaine Suzy Bannion se rend en Allemagne pour parfaire son éducation de danseuse dans l'Académie de Fribourg. Arrivée en pleine nuit au cours d'un orage, elle n'est pas admise à l'école. Elle voit cependant s'en échapper une jeune femme, effarée. Le lendemain, lors de son admission, Suzy apprend que cette ancienne élève a été sauvagement assassinée au cours de la nuit. Les incidents étranges et inquiétants se multiplient alors.

Critique de Tootpadu

Les années 1970 étaient le véritable âge d'or du film d'horreur. Avec des réalisateurs comme John Carpenter, David Cronenberg, Brian De Palma et Dario Argento au sommet de leur art, cette période a produit un nombre impressionnant de chefs-d'oeuvre du genre. Ce que nous vivons ces dernières années n'est, en comparaison, qu'une renaissance timide. Il y a certes actuellement l'influence asiatique en plus, mais sa récupération commerciale à Hollywood ne donne guère de l'espoir pour que ce style particulier s'impose.
Aucun film récent ne procure en effet une immersion aussi totale dans le délire horrifique d'un réalisateur que Suspiria. Dario Argento ne fait pas dans la dentelle pour créer un spectacle complet : violent, démesuré, baroque, éprouvant et enivrant en même temps. Son excès formel fonctionne néanmoins à merveille, tellement il opère une stylisation artistique outrancière. Personne ne manie la palette des couleurs avec autant de brio téméraire que lui. Et personne, à l'exception de Carpenter, ne travaille autant sur la bande son, qui fait naître à elle seule l'horreur.
L'histoire abracadabrante de sorcières et les grands gestes théâtraux des acteurs se soumettent ainsi docilement au projet artistique du réalisateur. L'orgie de couleurs, le rouge en premier, crée un espace filmique en quelque sorte magique, de cette magie détournée qui revêt la perfidie et la peur la plus grotesque d'une forme tellement belle et abstraite qu'elle les sublime au plus haut point.

Vu le 23 novembre 2007, au Publicis Cinémas, Salle 1, en VO

Note de Tootpadu:

Critique de Mulder

Le festival de Gérardmer permet chaque année de redécouvrir des films anciens marquants et en relation avec son actualité. Dans le cas présent, Dario Argento fut le président de ce 18ème festival et le très attendu Black swan de Darren Aronofsky renvoie directement à ce film par le côté diabolique et malsain d'une école de danse prestigieuse.

Sorti dans nos salles en 1977, Suspiria permit à Dario Argento de se bâtir une carrière internationale. Ce n'est pas l'intrigue qui retient ici notre attention, car trop basique, mais le climat angoissant parfaitement rendu, ainsi que la musique angoissante du groupe attitré du réalisateur, Goblin. La très belle photographie de ce film, son découpage, sa manière de faire monter le crescendo de l'angoisse tout au long font de cette œuvre un chef-d'œuvre horrifique.

Suspiria nous présente un thème récurrent de Dario Argento, soit l'affrontement entre le beau (Jessica Harper) et le laid (école de danse diabolique), le bon et le mal. La thématique entre le monde réel et le monde de l'enfer est aussi abordé et sera repris dans ce qui est à mes yeux son meilleur film : Inferno. Il serait alors facile de faire un comparatif entre John Carpenter et Dario Argento, tant ces deux "masters of horror" ont marqué de leur patte le cinéma de genre, en portant différentes casquettes : réalisateur, scénariste, musicien.

Ce film montre surtout que réussir un film d'horreur ne se résume pas à avoir un budget confortable. Au contraire, le manque financier doit pousser le réalisateur à maximiser celui-ci en recherchant l'originalité et l'efficacité à contrario du démonstratif. Suspiria est à ce niveau l'exemple parfait et à l'image de son réalisateur surdoué un film captivant, violent, et baroque.

Certes, le film n'a pas traversé les années sans perdre de son cachet, mais il reste à mes yeux un film marquant d'un des plus grands réalisateurs italiens. Cette œuvre fait partie de la grande période faste et luxuriante de ce réalisateur, comparée à ces derniers films comme Giallo ou Mother of tears.

Revu le 27 janvier 2011, à l’Espace Lac, Gérardmer, en VO

Note de Mulder: