Avant que j'oublie

Avant que j'oublie
Titre original:Avant que j'oublie
Réalisateur:Jacques Nolot
Sortie:Cinéma
Durée:109 minutes
Date:17 octobre 2007
Note:
Pierre ne s'accommode pas de sa vieillesse. Alors qu'il vient d'acquérir une pierre tombale commune avec son ami de trente ans Toutoune, il ne le supporte plus. Il craint de commencer une trithérapie et les coups avec de jeunes gigolos ne l'excitent plus. Enfin, les séances chez le psy ne font que le réconforter dans ses craintes, à l'approche de ses soixante ans.

Critique de Tootpadu

Jacques Nolot est une créature à part dans le paysage cinématographique français. D'abord, parce qu'il ne se cache pas du tout de son homosexualité. Et puis, parce qu'il incorpore cette préférence pour les hommes d'une façon très naturelle dans les films qu'il réalise : des oeuvres intimistes, qui jettent un regard fortement décomplexé sur le quotidien des gays, parfois jeunes ou plus souvent vieux. Comment oublier en effet le ton étrangement fascinant de La Chatte à 2 têtes, son film précédent sur les activités plus ou moins charnelles dans la salle d'un cinéma de porno ?
Ici, la crudité est également à l'ordre du jour, à travers l'exposition à nu du corps de Nolot, au début de la décrépitude, et un coup qui vascille entre l'aspect glauque de la soumission et les impératifs de la vie réelle, pas dépourvus d'un humour absurde. Mais l'intrigue minimaliste s'éloigne assez rapidement de ce rapport cru au corps, pour sonder avec une ténacité pas moins éprouvante les affres de la vieillesse. La perte progressive de tout : du désir, des amis, de la santé, et surtout de la volonté de vivre, est filmée ici avec une sensibilité sans oeillères. La solitude de Pierre n'est nullement embellie, pas plus que son quotidien plutôt déprimant, dicté principalement par des considérations financières ou sexuelles.
Cependant, Avant que j'oublie dégage une volonté irrésistible d'affronter la vie de face, même si elle n'a plus rien à offrir. Le portrait sans complaisance d'un homme, qui n'a plus que son narcissime pour survivre, est ainsi profondément bouleversant. Il montre une partie de la communauté gaie, loin de la jeune génération plus confiante et moins discriminée, qui a au mieux droit à quelques vieux pervers salaces dans le cinéma français grand public. Et il se contente d'enregistrer un quotidien, dont le drame en filigrane est infiniment plus touchant que d'éventuels coups de théâtre artificiels.

Vu le 18 septembre 2007, au Club de l'Etoile

Note de Tootpadu: